Clause de tontine sur les parts de SCI : protéger le survivant (2026)
La clause de tontine transforme le coacquéreur survivant en seul propriétaire des parts, comme s'il l'avait toujours été. Pour deux concubins, c'est l'arme absolue : elle place les parts de la SCI hors succession et hors de la réserve héréditaire du premier décédé. Le survivant garde tout, les enfants du défunt ne peuvent rien réclamer. Sur le papier, difficile de faire mieux.
Sauf que cette efficacité se paie cash. Deux prix, en réalité : 60 % de droits entre non-parents (article 754 A du CGI), et un verrou intégral tant que les deux tontiniers respirent — impossible de vendre, de donner ou de sortir seul. J'ai vu des couples signer une tontine pour se protéger, se séparer trois ans plus tard, et rester ligotés l'un à l'autre jusqu'au décès. Ce guide vous montre exactement quand la tontine vaut le coup, quand elle est un piège, et par quoi la remplacer.
Rédigé par Quentin Hagnéré, fondateur de sci-ai.app, et vérifié contre les sources officielles (Code civil, CGI, BOFiP). Cet article est informatif et ne remplace pas un conseil personnalisé. Mis à jour le 23 juillet 2026.
Sommaire
- La tontine : le mécanisme de la clause d'accroissement
- Appliquer la tontine aux parts de SCI
- L'effet civil : hors succession et hors réserve
- La fiscalité : l'article 754 A du CGI
- Conditions de validité et donation déguisée
- La limite majeure : le blocage total
- Tontine, démembrement croisé ou assurance-vie ?
- Concubins, pacsés, mariés : qui a intérêt à la tontine ?
- FAQ
1. La tontine : le mécanisme de la clause d'accroissement
La tontine — ou clause d'accroissement — est une convention insérée dans un acte d'acquisition en commun. Deux (ou plusieurs) personnes achètent ensemble un bien en stipulant que, au décès de l'un, sa part reviendra au survivant, de telle sorte que le dernier vivant sera réputé avoir été seul propriétaire de la totalité depuis l'origine de l'acquisition.
Le mécanisme repose sur une fiction rétroactive assortie d'une double condition :
- Condition suspensive pour le survivant : il est réputé propriétaire de tout à condition de survivre à l'autre.
- Condition résolutoire pour le prémourant : son droit est anéanti rétroactivement par son décès — il est censé n'avoir jamais rien possédé.
La conséquence juridique est décisive : au premier décès, il n'y a aucune transmission au sens civil. Rien ne passe. Le bien ne transite pas par la succession du défunt, puisque, rétroactivement, il ne lui a jamais appartenu. Techniquement, ce n'est ni une donation ni un legs, mais un contrat aléatoire à titre onéreux : chacun paie sa part et parie sur sa propre survie, exactement comme deux joueurs qui misent sur une durée de vie. Retenez ce mot, aléa. C'est le pilier de tout l'édifice — enlevez-le, et la tontine s'écroule (on y revient à la section 5).
À retenir : la tontine n'est pas une donation ni un legs. C'est un pari sur la durée de vie. Le survivant ne « reçoit » rien juridiquement : il est réputé avoir toujours tout possédé. C'est précisément ce qui la rend redoutablement efficace pour échapper à la réserve héréditaire — et fragile si l'aléa fait défaut.
2. Appliquer la tontine aux parts de SCI
À l'origine, la tontine servait à acheter un immeuble à deux — le fameux « pacte tontinier » entre concubins pour la résidence principale, très en vogue dans les années 1980-90. Mais la clause d'accroissement n'a jamais été réservée à la pierre : on peut parfaitement la coller sur des parts sociales de SCI, souscrites ou rachetées à deux. C'est même, dans certains montages, plus malin que sur l'immeuble en direct. Voyons pourquoi.
Comment la mettre en place
Deux voies principales :
- À la constitution de la SCI : les deux concubins souscrivent ensemble un même bloc de parts « en tontine », la clause étant portée dans les statuts de la SCI ou dans un acte annexe à l'acte constitutif.
- Lors d'une acquisition de parts : les tontiniers achètent conjointement des parts existantes via un acte de cession de parts comportant la clause d'accroissement.
Un mot de prudence, et il est capital : la clause doit s'emboîter proprement dans les statuts (agrément, droits de vote, gérance). Ce n'est pas un copier-coller trouvé sur un forum. Une tontine mal rédigée, contradictoire avec les statuts, c'est la porte ouverte au contentieux et à la requalification — je ne connais pas de sujet où l'improvisation coûte plus cher. Notaire ou avocat spécialisé, sans discussion.
Pourquoi passer par une SCI plutôt qu'un achat direct en tontine ?
La tontine posée directement sur un immeuble fige tout : indivisibilité rigide, aucun pilotage possible. En glissant le bien dans une SCI et en tontinant les parts, on garde ce qui fait la force de la société : une gérance qui décide, une comptabilité, la possibilité de faire entrer plus tard un troisième associé sur d'autres parts. La clause ne verrouille que le bloc de parts du couple — l'immeuble, lui, reste piloté par la SCI. On sépare le patrimoine (les parts) de son outil de gestion (la société). C'est toute la différence.
Ce montage complète — sans le remplacer — l'analyse générale de la détention d'une SCI par un couple non marié et le régime propre aux concubins et partenaires de PACS.
3. L'effet civil : hors succession et hors réserve
C'est ici que réside toute la puissance de la tontine. Puisque le prémourant est réputé n'avoir jamais possédé les parts, celles-ci :
- échappent à l'indivision successorale : elles ne se partagent pas avec les héritiers du défunt ;
- échappent à la réserve héréditaire : les enfants du prémourant ne peuvent pas exiger leur réintégration à la masse de calcul de la réserve, car il ne s'agit pas d'une libéralité ;
- reviennent intégralement au survivant, qui devient seul associé du bloc de parts concerné.
Pour un concubin, aucun autre outil ne va aussi loin. Il faut bien mesurer sa situation de départ : aux yeux de la loi, le concubin survivant est un pur étranger. Ni époux, ni pacsé, aucun droit dans la succession. Le jour où son partenaire décède sans tontine, il se réveille en indivision sur les parts avec les enfants ou les frères et sœurs du défunt. J'ai vu des survivants sommés de racheter « leur » logement aux héritiers, ou poussés dehors. La tontine ferme cette porte-là.
Attention : l'immunité à l'égard de la réserve n'est acquise que si l'aléa est réel. Si les héritiers réservataires démontrent que la tontine dissimulait en réalité une donation (voir section 5), la protection tombe et les parts sont réintégrées à la succession. La tontine n'est pas un outil de spoliation des enfants : c'est un contrat de prévoyance mutuelle entre partenaires de vie.
Notez que la tontine règle le sort des parts détenues par le couple, mais pas nécessairement celui de la gérance : il reste prudent d'anticiper le décès du gérant dans les statuts, ainsi que le sort d'un associé décédé pour les autres parts éventuelles.
4. La fiscalité : l'article 754 A du CGI
Voilà où le rêve se heurte au mur. Civilement, la tontine est neutre — rien ne se transmet. Mais Bercy a bouché la faille il y a longtemps. L'article 754 A du CGI décide que les biens recueillis par le survivant grâce à une clause d'accroissement sont « réputés transmis à titre gratuit ». Traduction : on ressort les droits de succession, calculés sur le lien de parenté entre les deux tontiniers. Et là, tout se joue sur un mot : êtes-vous mariés, pacsés, ou simples concubins ?
Le barème selon le lien
| Lien entre les tontiniers | Abattement | Taxation sur la valeur des parts reçues |
|---|---|---|
| Époux | — | Exonération totale (art. 796-0 bis CGI) |
| Partenaires de PACS | — | Exonération totale (art. 796-0 bis CGI) |
| Concubins / personnes non parentes | 1 594 € | 60 % (barème « autres ») |
Le verdict tombe sans nuance : entre concubins (ni mariés ni pacsés), la valeur des parts qui revient au survivant est taxée à 60 %. Le taux plafond, celui réservé aux étrangers à la famille. L'abattement ? 1 594 € (le résidu de l'article 788 IV du CGI), autant dire une aumône. Prenez un couple de concubins et des parts valant 300 000 € : le survivant devra sortir près de 179 000 € pour garder ce qui, dans son esprit, était déjà à lui. C'est le chiffre qui refroidit, et à juste titre.
Un cas chiffré
| Étape | Concubins | Pacsés |
|---|---|---|
| Valeur des parts reçues par le survivant | 300 000 € | 300 000 € |
| Abattement | – 1 594 € | Exonéré |
| Base taxable | 298 406 € | 0 € |
| Droits dus (art. 754 A) | ≈ 179 044 € | 0 € |
L'exception des 76 000 € ne s'applique pas aux parts
Le même article 754 A cache une exception que beaucoup ont entendu vanter : quand la clause porte sur l'habitation principale commune des deux acquéreurs et que ce logement vaut moins de 76 000 € au global, on applique les droits de mutation à titre onéreux (les droits de vente, autrement plus doux) — et le survivant peut même choisir les droits de succession s'ils lui sont plus favorables. Une vraie soupape. Mais lisez bien la ligne suivante avant de vous réjouir.
Piège fréquent : cette exception vise l'immeuble d'habitation détenu en direct, pas les parts d'une SCI, même si la SCI détient le logement du couple. En interposant une société, on perd le bénéfice de l'exonération des 76 000 €. C'est un arbitrage à mesurer avant de loger sa résidence principale dans une SCI avec clause de tontine.
5. Conditions de validité et donation déguisée
On l'a annoncé plus haut, il faut maintenant le prendre au sérieux : pas d'aléa réel sur l'ordre des décès, pas de tontine. C'est le ticket d'entrée, et le fisc comme les héritiers évincés savent parfaitement où appuyer. Trois points sont passés au crible :
| Critère | Ce qui valide | Ce qui fragilise |
|---|---|---|
| Espérance de vie | Âges et état de santé comparables | Écart d'âge important, maladie grave connue d'un tontinier |
| Apports au financement | Chacun finance une part équivalente | Un seul tontinier paie la totalité des parts |
| Intention | Volonté réciproque de se protéger | Intention libérale manifeste au profit d'un seul |
Si l'aléa fait défaut, la clause encourt la requalification en donation déguisée. Les conséquences sont lourdes :
- Les parts sont réintégrées à la succession du prémourant.
- Elles sont soumises au rapport et à la réduction au titre de la réserve des héritiers réservataires.
- Les droits de mutation à titre gratuit sont dus, avec d'éventuelles pénalités.
La recette pour dormir tranquille tient en deux ingrédients : des tontiniers d'âge et de santé comparables, et surtout un financement 50/50 de l'achat des parts — chacun sortant sa moitié depuis son propre apport personnel, traçable, virement à l'appui. Neuf requalifications sur dix partent de là : un seul a payé, et l'administration y voit une donation habillée en pari. Gardez les justificatifs bancaires, ils valent de l'or le jour du contrôle.
6. La limite majeure : le blocage total
Voici le défaut que personne ne regarde en signant, et que tout le monde maudit ensuite : tant que les deux tontiniers vivent, aucun ne peut bouger une part sans l'autre. Zéro marge de manœuvre individuelle.
- Impossible de vendre seul sa quote-part de parts : les parts sont juridiquement indivisibles, toute cession exige l'accord unanime.
- Impossible de donner ou nantir seul ses parts.
- Pas d'action en partage : ce n'est pas une indivision, donc aucun tontinier ne peut demander en justice de « sortir » du montage. La sortie forcée classique de l'indivision (art. 815 C. civ.) est ici fermée.
Faites le calcul froidement. Un couple qui se met en tontine à 40 ans a, statistiquement, bien plus de chances de rompre que de perdre l'un des deux dans les vingt ans qui suivent. Et le jour de la séparation, le montage se retourne contre eux : soit ils vendent les parts à deux, main dans la main (bon courage après une rupture houleuse), soit ils négocient à l'amiable la dissolution de la clause. Pas d'accord ? Le blocage tient jusqu'au premier décès. On a alors deux ex-partenaires soudés à vie par une SCI dont ni l'un ni l'autre ne peut sortir. Le remède est devenu le poison.
Notre conseil : réservez la tontine aux couples stables, sans héritier réservataire à protéger d'un côté, et pour lesquels le risque « décès » prime clairement sur le risque « séparation ». Dans les autres cas, un démembrement croisé ou une assurance-vie offrent une protection comparable avec bien plus de souplesse. Un pacte d'associés peut aussi organiser les sorties.
7. Tontine, démembrement croisé ou assurance-vie ?
La tontine n'est jamais un passage obligé. Sur ma table, quand un couple non marié vient protéger le survivant, trois cartes sont toujours posées : tontine, démembrement croisé, assurance-vie. Le tableau suivant les met face à face sur ce qui compte vraiment — le coût, les droits des enfants, la liberté de sortir.
| Critère | Tontine sur parts | Démembrement croisé | Assurance-vie |
|---|---|---|---|
| Protection du survivant | Pleine propriété des parts | Usufruit (jouissance / revenus) | Capital hors succession |
| Fiscalité entre concubins | 60 % (art. 754 A) | Usufruit non taxé (art. 1133 CGI) | Abattement 152 500 € / bénéficiaire* |
| Droits des enfants du défunt | Écartés (hors réserve) | Préservés (nue-propriété) | Préservés (hors primes exagérées) |
| Souplesse / sortie | Blocage total | Moyenne | Élevée (rachat libre) |
| Risque de requalification | Donation déguisée (aléa) | Faible | Primes manifestement exagérées |
* Assurance-vie : abattement de 152 500 € par bénéficiaire pour les primes versées avant 70 ans (art. 990 I CGI), puis prélèvement de 20 % / 31,25 %.
Mon avis, sans détour : neuf fois sur dix, pour un concubin, le démembrement croisé de parts enterre la tontine. Le mécanisme est élégant — chacun est nu-propriétaire des parts de l'autre et usufruitier des siennes. Au décès, le survivant récupère l'usufruit sans un centime de droits (l'usufruit s'éteint, art. 1133 CGI), pendant que les enfants gardent la nue-propriété. On protège le survivant sans les 60 %, sans déshériter personne. La tontine ne reprend l'avantage que dans un cas précis : vous voulez donner au survivant la pleine propriété et rayer purement les héritiers de la carte. Objectif plus rare, plus brutal — et qu'il faut assumer.
Et l'assurance-vie ? Elle joue les seconds couteaux, mais des seconds couteaux redoutables. Adossée à une tontine, elle sert le capital hors succession qui permettra au survivant de régler les 60 % de droits sans brader les parts. Utilisée seule, elle remplace parfois la tontine à moindre coût. On détaille tous ces réglages dans le guide SCI et assurance-vie.
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8. Concubins, pacsés, mariés : qui a intérêt à la tontine ?
Concubins (ni mariés ni pacsés)
Le cœur de cible, celui pour qui la tontine a été pensée. Sans mariage ni PACS, le survivant est un étranger pour la succession : la tontine lui offre la pleine propriété des parts, hors réserve des enfants du défunt. La contrepartie, on la connaît maintenant par cœur — 60 % de droits, revente verrouillée. Mon conseil : posez toujours le démembrement croisé sur la table avant de signer une tontine. Il gagne souvent.
Partenaires de PACS
Ici, la tontine perd presque tout son sel. Le partenaire pacsé survivant est déjà exonéré de droits de succession (art. 796-0 bis CGI) : payer une tontine pour un résultat fiscal identique à un simple testament n'a pas de sens. Le seul plus qui reste est civil — écarter la réserve des enfants. Un testament dans la quotité disponible, ou un démembrement croisé, rend le même service sans le verrou.
Époux
Même logique, en pire pour la tontine. L'époux survivant est exonéré, et le droit matrimonial déborde d'outils plus fins : donation entre époux, aménagement du régime, communauté universelle avec attribution intégrale. Franchement, tontiner des parts quand on est marié, c'est se compliquer la vie pour rien. Quasiment jamais justifié.
SCI familiale avec enfants
La tontine est déconseillée entre parents et enfants : la fiscalité en ligne directe est déjà avantageuse (abattement de 100 000 € par enfant et par parent, tous les 15 ans), et la clause priverait les autres héritiers de leurs droits. Pour transmettre aux enfants, préférez la donation de parts de SCI ou le démembrement, bien plus adaptés à une SCI familiale.
FAQ — Clause de tontine sur parts de SCI
La tontine sur parts de SCI est-elle légale ?
Oui. La clause d'accroissement est un contrat aléatoire valablement reconnu, applicable aux parts sociales comme à un immeuble. Sa validité suppose un aléa réel sur l'ordre des décès (âges, état de santé et apports comparables). Une clause dépourvue d'aléa est requalifiable en donation déguisée.
Combien coûte fiscalement une tontine entre concubins ?
La valeur des parts revenant au survivant est taxée à 60 % après un abattement de 1 594 € (art. 754 A CGI, barème « autres »). Sur 300 000 € de parts, cela représente environ 179 000 € de droits. C'est le principal frein de la tontine entre personnes non parentes.
Le prémourant peut-il révoquer la clause de son vivant ?
Non, pas seul. La tontine est un contrat synallagmatique : sa dissolution exige l'accord des deux tontiniers. C'est ce qui garantit sa sécurité pour le survivant, mais aussi ce qui crée le blocage en cas de mésentente. On ne peut pas « sortir » unilatéralement d'une tontine.
La tontine fait-elle échapper les parts aux droits de succession ?
Sur le plan civil, oui : les parts ne transitent pas par la succession du prémourant. Mais l'article 754 A du CGI rétablit une taxation à titre gratuit : les droits de succession sont dus selon le lien de parenté. Entre concubins, c'est 60 % ; entre pacsés ou époux, exonération totale.
Peut-on mettre une clause de tontine sur une partie seulement des parts ?
Oui. Rien n'oblige à placer l'intégralité du capital en tontine. On peut réserver la clause au seul bloc de parts détenu conjointement par le couple, tout en laissant d'autres parts (détenues par d'autres associés, ou par un seul membre du couple) sous le régime de droit commun. La rédaction statutaire doit alors être précise.
Que deviennent les dettes de la SCI dans une tontine ?
La tontine porte sur les parts, pas sur l'actif ni le passif de la SCI. Au décès, le survivant devient seul titulaire du bloc de parts et supporte, à leur proportion, la responsabilité indéfinie et conjointe des associés (art. 1857 C. civ.) au titre de ces parts. La valeur des parts prise en compte pour les droits est la valeur nette, après déduction du passif social.
Tontine ou testament pour protéger mon concubin ?
Le testament ne peut léguer que la quotité disponible et reste soumis à la réserve des enfants ; la tontine place les parts entièrement hors succession. Mais la tontine coûte 60 % de droits et bloque toute revente, là où le testament est révocable et souple. En présence d'enfants réservataires, l'arbitrage se fait au cas par cas.
Le survivant doit-il payer les droits immédiatement ?
Les droits de l'article 754 A sont exigibles au décès, dans les délais de droit commun de la déclaration de succession (6 mois pour un décès en France). C'est pourquoi il est judicieux d'adosser une assurance-vie à la tontine : le capital transmis hors succession peut financer les 60 % de droits sans avoir à revendre les parts.
La clause de tontine est-elle compatible avec un emprunt bancaire ?
Oui, mais la banque exigera généralement une assurance emprunteur sur les deux têtes et pourra être réticente face au blocage des parts. En pratique, on distingue le financement de la SCI (emprunt souscrit par la société) de la détention des parts (tontine entre associés). Un accompagnement notarial est recommandé pour articuler les deux.
Que se passe-t-il si les deux tontiniers décèdent en même temps ?
En cas de décès simultané (comourants), aucun n'a survécu à l'autre : la condition de survie ne se réalise pour personne. La tontine est alors sans effet et chaque quote-part de parts est réglée dans la succession respective de chaque tontinier selon les règles de droit commun.
La tontine évite-t-elle l'IFI ?
Non. Tant que les deux tontiniers vivent, chacun déclare sa quote-part des parts de SCI à l'IFI (art. 965 CGI). Au décès, la totalité intègre le patrimoine taxable du survivant. La tontine ne réduit jamais l'assiette de l'IFI ; consultez notre guide sur la SCI et l'IFI pour la valorisation des parts.
Peut-on transformer une détention classique en tontine après coup ?
Difficilement. La clause d'accroissement doit en principe figurer dans l'acte d'acquisition initial des parts pour bénéficier de la fiction rétroactive. « Retontiniser » des parts déjà détenues suppose une nouvelle acquisition croisée, souvent analysée comme une opération à part entière, avec ses propres coûts et son risque de requalification. Un notaire est indispensable.
Le démembrement croisé est-il vraiment moins cher que la tontine ?
Pour des concubins, oui dans la majorité des cas. Au décès, le survivant récupère l'usufruit des parts sans droits de succession (extinction de l'usufruit, art. 1133 CGI), là où la tontine coûte 60 %. Le démembrement laisse toutefois la nue-propriété aux enfants du défunt, ce qui suppose une bonne entente familiale.
Une SCI avec tontine peut-elle être requalifiée en SCI fictive ?
Le risque de fictivité tient à l'absence de vie sociale réelle (pas d'AG, comptes personnels et sociaux mélangés, gérance de façade), pas à la présence d'une tontine. Une SCI avec tontine reste parfaitement valable dès lors qu'elle fonctionne normalement : comptabilité tenue, assemblées, décisions formalisées.
Faut-il informer les autres associés de la SCI de la clause de tontine ?
Oui, car la tontine interagit avec les clauses statutaires (agrément, préemption) et modifie le sort des parts au décès. Elle doit être connue et, idéalement, prévue dans les statuts ou dans un pacte d'associés. Une tontine « clandestine » incompatible avec les statuts génère de l'insécurité juridique.
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