Taxe de séjour en SCI : collecter et reverser sans erreur (2026)
La taxe de séjour n'appartient pas à votre SCI. Elle ne fait que la traverser. Le voyageur la paie, la commune l'encaisse, et votre société sert de guichet entre les deux. Quelques semaines, parfois six mois : l'argent dort sur le compte de la SCI sans jamais lui appartenir une seconde. C'est précisément là que ça dérape. Je vois passer chaque année des balances où la taxe de séjour a été créditée en 706, collée au loyer. Le chiffre d'affaires enfle, le rendement affiché prend quelques dixièmes de point, et personne ne remarque rien — jusqu'au jour où un acquéreur, un banquier ou un agent de la commune ouvre le grand livre.
Ce guide ne traite que la taxe de séjour, mais il la traite entièrement : qui la vote, comment elle se calcule en 2026, ce que les plateformes prélèvent vraiment à votre place, ce qui reste malgré tout à votre charge, et comment l'enregistrer sans polluer vos comptes. Le régime fiscal de la location saisonnière elle-même — bascule à l'IS, amortissements, plus-values — relève d'un autre sujet, traité dans notre guide SCI et location saisonnière.
Rédigé par Quentin Hagnéré, fondateur de sci-ai.app, et vérifié contre les sources officielles (CGCT, barème DGCL 2026, CGI, BOFiP). Mis à jour le 4 août 2026.
Sommaire
- Le cadre : une taxe communale que la SCI encaisse pour autrui
- Le barème 2026 : tarif par catégorie et tarif proportionnel
- Les taxes additionnelles : ce que le tarif communal ne dit pas
- Les exonérations : une liste courte et fermée
- Les plateformes : ce qu'elles collectent, ce qu'elles ne font pas
- Vos obligations concrètes de collecteur
- La comptabilisation : une dette, jamais un produit
- Le point qui fâche : meublé de tourisme et bascule à l'IS
- Cas chiffré : un meublé non classé loué 120 nuits
- Les 5 erreurs qui reviennent tout le temps
- FAQ
1. Le cadre : une taxe communale que la SCI encaisse pour autrui
Tout part des articles L2333-26 et suivants du Code général des collectivités territoriales (CGCT). Ce n'est pas un impôt d'État, et c'est la clé pour comprendre le reste : la taxe de séjour est une ressource locale et facultative, que chaque commune ou établissement public de coopération intercommunale (EPCI) décide d'instituer — ou pas. Il existe donc autant de règles du jeu que de collectivités.
Qui la vote, et quand
Toutes les communes n'y ont pas droit. L'article L2333-26 du CGCT réserve la faculté d'instituer la taxe aux communes touristiques et stations classées, aux communes littorales, aux communes de montagne, à celles qui mènent des actions de promotion du tourisme ou de protection des espaces naturels, et aux EPCI relevant des mêmes catégories.
Le calendrier de la délibération, lui, est verrouillé : adoptée avant le 1er juillet de l'année N, elle s'applique à compter du 1er janvier N+1. Traduction pratique : le tarif que vous appliquez cet été a été voté au plus tard le 30 juin de l'année dernière, et il ne bougera pas d'ici décembre. Une bonne nouvelle pour qui paramètre ses annonces une fois pour toutes.
Même délibération, autre paramètre à ne pas rater : la période de perception (art. L2333-28 du CGCT). Certaines collectivités taxent 365 jours par an, d'autres uniquement du 1er avril au 30 septembre. Hors de cette fenêtre, rien n'est dû, et encaisser quand même revient à percevoir une somme indue auprès du voyageur.
Deux régimes, à ne surtout pas confondre
Un seul nom, deux mécaniques juridiquement opposées. Le conseil municipal choisit laquelle s'applique, nature d'hébergement par nature d'hébergement. Regardez la colonne « redevable » : c'est elle qui commande tout le reste.
| Critère | Taxe de séjour au réel | Taxe de séjour forfaitaire |
|---|---|---|
| Redevable | Le voyageur (art. L2333-29) | L'hébergeur, donc la SCI (art. L2333-40) |
| Assiette | Par personne et par nuitée réellement passée | Capacité d'accueil × nombre de nuitées de la période d'ouverture |
| Logement vide | Aucune taxe | Taxe due quand même |
| Exonérations personnelles | Oui (art. L2333-31) | Sans objet |
| Abattement | — | 10 % à 80 % voté par la collectivité (art. L2333-41) |
| Collecte par les plateformes | Oui, obligatoire dans certains cas | Non |
| Nature comptable | Dette de transit (compte de tiers) | Charge de la SCI (compte 63) |
Pour vos comptes, tout se joue là. Au réel, la taxe ne touche jamais votre résultat : elle entre, elle sort. Au forfaitaire, elle devient une charge déductible de la SCI, assise sur la capacité d'accueil même si le logement est resté vide tout l'été. Un studio de 4 couchages ouvert 150 jours peut coûter plusieurs centaines d'euros de taxe forfaitaire sans avoir vu un seul voyageur franchir la porte.
Le cas particulier des hébergements sans classement
Bonne nouvelle pour la plupart des lecteurs : l'article L2333-26 du CGCT écarte du régime forfaitaire les hébergements en attente de classement ou sans classement. Ceux-là relèvent obligatoirement du réel. Or les SCI ne demandent presque jamais de classement Atout France pour leur meublé. Conclusion : dans la quasi-totalité des cas, votre taxe de séjour est au réel — donc une dette de transit, pas une charge. Le reste de ce guide part de cette hypothèse, et signale les points où le forfaitaire change la donne.
Comment savoir ce qui s'applique à votre bien
Aucun barème national ne vous dira ce que doit payer un voyageur à Sarlat ou à Étretat : chaque collectivité vote le sien. Trois sources fiables, par ordre de solidité décroissante.
- La délibération elle-même, publiée sur le site de la commune ou de l'EPCI. Tapez « délibération taxe de séjour » suivi du nom de la collectivité : elle sort en général dans les trois premiers résultats. C'est le seul document opposable, et le seul à archiver.
- Le portail de télédéclaration de la collectivité, quand il en existe un. Il affiche les tarifs par catégorie et sert ensuite à déposer l'état déclaratif : autant s'y inscrire avant la première réservation.
- Le service « taxe de séjour » de l'office de tourisme ou de l'EPCI. Ces services répondent vite, souvent dans la journée. Posez la question par écrit, et gardez le courriel : c'est votre justificatif si un contrôle vous reproche un tarif erroné.
Au-dessus de tout ça, la direction générale des collectivités locales (DGCL) publie chaque année le barème des tarifs plancher et plafond, diffusé sur collectivites-locales.gouv.fr et relayé par les préfectures. Ce n'est pas votre tarif : c'est la boîte dans laquelle la délibération de votre commune doit tenir. Voyons ce qu'elle contient pour 2026.
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2. Le barème 2026 : tarif par catégorie et tarif proportionnel
L'article L2333-30 du CGCT enferme chaque catégorie d'hébergement dans une fourchette plancher-plafond, et la collectivité choisit son tarif à l'intérieur. Ces bornes suivent l'indice des prix à la consommation hors tabac : pour 2026, la revalorisation retenue est de + 1,8 % (IPC 2024, source INSEE). Autant dire que d'une année sur l'autre, les écarts sont de l'ordre du centime — sauf sur le haut du barème.
Barème 2026 des tarifs plancher et plafond
| Catégorie d'hébergement | Plancher | Plafond |
|---|---|---|
| Palaces | 0,70 € | 4,90 € |
| Hôtels, résidences et meublés de tourisme 5 étoiles | 0,70 € | 3,60 € |
| Hôtels, résidences et meublés de tourisme 4 étoiles | 0,70 € | 2,60 € |
| Hôtels, résidences et meublés de tourisme 3 étoiles | 0,50 € | 1,70 € |
| Hôtels, résidences et meublés 2 étoiles, villages de vacances 4 et 5 étoiles | 0,30 € | 1,00 € |
| Hôtels, résidences et meublés 1 étoile, villages de vacances 1 à 3 étoiles, chambres d'hôtes, auberges collectives | 0,20 € | 0,80 € |
| Campings et caravanages 3, 4 et 5 étoiles, aires de camping-cars et parcs de stationnement touristiques (par tranche de 24 h) | 0,20 € | 0,60 € |
| Campings et caravanages 1 et 2 étoiles, terrains équivalents, ports de plaisance | Tarif unique : 0,20 € | |
Source : barème « Taxe de séjour — Barème applicable pour 2026 », publié par la direction générale des collectivités locales (collectivites-locales.gouv.fr), montants par personne et par nuitée, en euros. Par rapport à 2025, seuls les plafonds des deux tranches les plus élevées (palaces et 5 étoiles) ont été relevés.
Le tarif proportionnel des hébergements non classés
Voilà le mécanisme qui vous concerne, vous, dans neuf cas sur dix. Pour un hébergement en attente de classement ou sans classement — en dehors des catégories du tableau ci-dessus, donc hors chambres d'hôtes et hors campings — l'article L2333-30 du CGCT abandonne le tarif fixe et bascule sur un pourcentage du prix :
Le texte en vigueur dispose que « le tarif applicable par personne et par nuitée est compris entre 1 % et 5 % du coût par personne de la nuitée, dans la limite du tarif le plus élevé adopté par la collectivité », le coût de la nuitée correspondant au prix de la prestation d'hébergement hors taxes. Le pourcentage est fixé par la collectivité, et le plafond est le tarif le plus élevé qu'elle a elle-même voté, toutes catégories confondues.
Attention à une erreur qui circule encore partout. Jusqu'en 2020, le texte ajoutait un second plafond : celui des hôtels 4 étoiles. Cette référence a été supprimée par l'article 124 de la loi de finances pour 2021, avec effet au 1er janvier 2021. Il n'existe donc plus aucun plafond national de 2,30 € ou 2,60 € pour les hébergements non classés : le seul plafond est le tarif le plus élevé voté par votre collectivité. La différence n'est pas théorique — à Paris, où le tarif le plus élevé voté atteint 4,90 € et où s'ajoutent 225 % de taxes additionnelles, le plafond des non classés s'établit à 15,93 € par personne et par nuitée en 2026, soit six fois le « plafond » que répètent encore beaucoup d'articles en ligne.
La phrase du code est courte, et pourtant elle contient trois pièges. Je les ai tous vus se refermer.
- « Par personne. » Divisez d'abord, appliquez le pourcentage ensuite. Une nuit facturée 120 € pour 4 voyageurs, c'est 30 € par personne, pas 120 €. Appliquer les 5 % au prix du logement entier multiplie la taxe par quatre — et le voyageur, lui, ne dira rien.
- « Hors taxes. » Si votre SCI relève de la TVA — para-hôtellerie avec au moins trois des quatre services de l'article 261 D 4° du CGI —, retenez le prix hors TVA, pas le montant encaissé. Le détail du régime est dans notre guide SCI et TVA.
- « Hors taxes » ne signifie pas « hors ménage ». La base, c'est le prix de la prestation d'hébergement. Les frais de ménage facturés à part et la commission de service de la plateforme n'en font pas partie. Les collectivités ne sont pas toutes d'accord sur ce point : en cas de doute, écrivez-leur et conservez la réponse.
Faut-il faire classer le meublé ?
Le classement en meublé de tourisme (procédure Atout France, 1 à 5 étoiles) vous fait sortir du pourcentage pour entrer dans un tarif fixe par nuitée. L'arbitrage n'a rien d'idéologique : c'est une soustraction. Encore faut-il l'ancrer sur votre délibération, puisque le plafond des non classés en dépend. Prenons une collectivité qui a voté 1,00 € en 3 étoiles et dont le tarif le plus élevé, toutes catégories confondues, est de 4,90 € — c'est donc lui, et lui seul, qui plafonne le tarif proportionnel.
| Situation | Prix / personne / nuit | Non classé (5 %) | Classé 3 étoiles (tarif 1,00 €) |
|---|---|---|---|
| Petit budget | 15 € | 0,75 € | 1,00 € |
| Moyen | 40 € | 2,00 € | 1,00 € |
| Élevé | 80 € | 4,00 € | 1,00 € |
| Très élevé | 150 € | 4,90 € (plafonné) | 1,00 € |
Comment lire ce tableau : le point de bascule est atteint dès que le tarif proportionnel dépasse le tarif fixe de la catégorie visée, ici à partir de 20 € par personne et par nuitée (20 € × 5 % = 1,00 €). Au-delà, le classement fait baisser la taxe supportée par le voyageur, donc le prix total qu'il voit s'afficher à côté de celui de votre concurrent.
Mais refaites le calcul avec vos chiffres, pas avec les miens. Les deux paramètres qui commandent tout — le tarif de la catégorie visée et le tarif le plus élevé voté par la collectivité — sortent de votre délibération. Prenez une commune modeste qui n'a voté que jusqu'à 1,00 €, son plafond le plus haut : le tarif proportionnel des non classés y est plafonné à 1,00 €, exactement le même montant qu'un classement 3 étoiles. Le classement ne rapporte alors rien du tout sur le terrain de la taxe de séjour, quel que soit votre prix à la nuitée. Conclusion inverse dans une commune qui a voté jusqu'à 4,90 €. Et le classement produit par ailleurs d'autres effets fiscaux, sans lien avec la taxe de séjour, qui ne concernent pas une SCI à l'IS.
Un mot avant de tourner la page. Le tarif que vous venez de calculer, classé ou non, n'est pas encore le montant à encaisser. Il manque des majorations, et le barème national n'en dit pas un traître mot.
3. Les taxes additionnelles : ce que le tarif communal ne dit pas
Le tarif voté par la commune est un point de départ, pas un montant final. Des taxes additionnelles viennent s'y greffer, calculées en pourcentage de la taxe communale et collectées par le même circuit, à la même échéance. Rassurez-vous : aucune démarche supplémentaire ne vous attend. Mais si vous ne les encaissez pas, vous reverserez moins que ce que vous devez, et le complément sortira de la poche de la SCI.
| Taxe additionnelle | Taux | Base légale | Périmètre |
|---|---|---|---|
| Départementale | 10 % | Art. L3333-1 CGCT | Départements l'ayant instituée par délibération, ainsi que la métropole de Lyon |
| Régionale — Société des grands projets | 15 % | Art. L2531-17 CGCT | Île-de-France |
| Île-de-France Mobilités | 200 % | Art. L2531-18 CGCT | Île-de-France |
Le cas de l'Île-de-France
Ici, l'empilement ne modifie pas le montant à la marge : il change d'ordre de grandeur. Une taxe communale de 2,60 €, majorée de 10 %, puis de 15 %, puis de 200 %, dépasse 8 € par personne et par nuitée. Pour une famille de quatre adultes sur une semaine, on parle de plus de 220 € de taxe. C'est ce qui explique les montants parisiens, que les propriétaires venus de province prennent régulièrement pour un bug de la plateforme.
La règle que je répète le plus souvent : ne reconstituez jamais votre tarif de tête à partir du barème national. Le montant à encaisser, c'est le tarif communal majoré des additionnelles en vigueur, tel qu'il figure noir sur blanc sur la délibération ou sur le portail de la collectivité. Ce montant-là, et lui seul, doit apparaître sur le décompte remis au voyageur.
4. Les exonérations : une liste courte et fermée
Quatre catégories de personnes échappent à la taxe de séjour au réel, pas une de plus. L'article L2333-31 du CGCT les énumère de façon limitative :
| Catégorie exemptée | Ce que cela implique pour la SCI |
|---|---|
| Les personnes mineures | Compter les occupants majeurs uniquement. C'est l'exonération la plus fréquente et la plus souvent mal appliquée sur les séjours familiaux. |
| Les titulaires d'un contrat de travail saisonnier employés dans la commune | Demander une copie du contrat et la conserver : c'est la pièce justificative attendue en cas de contrôle. |
| Les personnes bénéficiant d'un hébergement d'urgence ou d'un relogement temporaire | Cas rare en meublé de tourisme, fréquent en cas de convention avec une collectivité ou une association. |
| Les personnes occupant des locaux dont le loyer est inférieur à un montant fixé par le conseil municipal | Seuil variable d'une collectivité à l'autre, parfois fixé à zéro (donc inopérant). À vérifier dans la délibération. |
La liste s'arrête là. Ni les seniors, ni les personnes handicapées, ni les étudiants, ni les demandeurs d'emploi, ni votre cousin de passage ne bénéficient d'une exonération. Un voyageur qui refuse de payer en invoquant l'un de ces motifs a tort. Et si vous cédez pour éviter la discussion sur le pas de la porte, c'est votre SCI qui comblera le trou au moment du reversement — sur ses fonds propres, sans possibilité de le déduire.
Le voyageur qui part sans payer
Ça arrive, et le texte l'a prévu. En cas de départ furtif d'un assujetti, l'article L2333-35 du CGCT vous décharge à une double condition : avoir avisé le maire dans les huit jours, et avoir déposé entre ses mains une demande en exonération adressée au juge du tribunal judiciaire. Le maire la transmet dans les vingt-quatre heures, et il est statué sans frais. Les professionnels visés aux I et II de l'article L2333-34 — les plateformes, notamment — bénéficient d'un régime plus large : deux mois à compter de la facturation du séjour pour présenter la même demande, s'ils justifient n'avoir pas pu obtenir le paiement. Huit jours, c'est court. Passé ce délai, la taxe reste due et c'est la trésorerie de la SCI qui la paie.
Reste la question que tout le monde me pose en premier : si Airbnb ou Booking prélève déjà la taxe, qu'est-ce qui m'incombe encore ? Réponse : bien plus que ce qu'on imagine.
5. Les plateformes : ce qu'elles collectent, ce qu'elles ne font pas
Depuis le 1er janvier 2019, l'article L2333-33 du CGCT met la collecte de la taxe au réel à la charge des professionnels qui, par voie électronique, assurent un service de réservation, de location ou de mise en relation et qui sont intermédiaires de paiement pour le compte de loueurs non professionnels. Airbnb, Booking, Abritel : sur la majorité des annonces de particuliers et de petites structures, ils cochent toutes les cases.
Deux situations, deux régimes
- La plateforme est intermédiaire de paiement : elle est obligée de collecter la taxe auprès du voyageur et de la reverser à la collectivité, aux mêmes conditions qu'un hébergeur, avec deux échéances légales — au plus tard le 30 juin et le 31 décembre (art. L2333-34 du CGCT).
- La plateforme n'est pas intermédiaire de paiement (simple mise en relation, paiement direct au propriétaire) : elle peut être préposée à la collecte et aux formalités déclaratives, mais uniquement si elle y a été habilitée par le loueur. À défaut, c'est vous qui collectez.
Ce que la plateforme ne fait pas à votre place
« Airbnb s'en occupe » : c'est la phrase que j'entends le plus, et c'est celle qui coûte le plus cher. La collecte par la plateforme n'est pas une décharge générale. Voici précisément ce qu'elle ne prend pas en charge.
- Ses propres réservations, et rien d'autre. Une nuit vendue en direct, réservée par téléphone, passée par une agence locale ou par un canal sans intermédiation de paiement reste intégralement à votre charge : collecte, déclaration, reversement. Une SCI qui vend 30 % de ses nuits en direct a 30 % de taxe à gérer elle-même.
- Le bon tarif. Les plateformes appliquent ce qu'elles ont paramétré. Délibération modifiée, bien reclassé, capacité d'accueil changée : l'écart est pour vous. Sur le plan des sanctions, la plateforme qui a l'obligation légale de collecter répond elle-même de son manquement — c'est elle qui encourt l'amende de 750 à 2 500 € des II et III de l'article L2333-34-1 du CGCT, et le contentieux Airbnb / île d'Oléron l'a assez démontré. Aucun texte ne fait « redescendre » la dette sur le logeur. En pratique, en revanche, la collectivité qui constate un trou dans ses recettes s'adresse d'abord à l'hébergeur, et c'est à lui de produire le décompte prouvant que ces nuitées relevaient bien de la plateforme.
- Les exonérations dans le détail. Le décompte des mineurs dépend de ce que le voyageur a saisi au moment de réserver. Un séjour enregistré « 4 voyageurs » sans distinction d'âge sera taxé sur 4 personnes, même s'il s'agit de deux parents et deux enfants.
- L'archivage. Les décomptes de reversement, c'est à vous de les télécharger et de les conserver. Personne ne vous les enverra spontanément trois ans plus tard — voir notre guide sur les documents à conserver en SCI.
Il reste une zone grise, et je préfère la signaler plutôt que de faire comme si elle n'existait pas. Le texte vise les plateformes intermédiaires de paiement pour le compte de loueurs non professionnels. Or une SCI est une société immatriculée : certaines collectivités en déduisent que le loueur n'est pas « non professionnel » au sens de l'article, et que la collecte lui incombe donc directement. La pratique varie d'un EPCI à l'autre. Posez la question par écrit à votre collectivité avant la première saison. Cinq minutes de courriel contre une amende à quatre chiffres : l'arbitrage est vite fait.
6. Vos obligations concrètes de collecteur
Afficher le tarif
C'est une obligation que presque personne ne respecte, et pourtant elle tient en une ligne. L'article R2333-49 du CGCT impose que le tarif soit affiché chez les logeurs, hôteliers, propriétaires et autres intermédiaires, et tenu à disposition en mairie. Le même article oblige par ailleurs la commune à fournir aux opérateurs numériques les informations nécessaires à la collecte. Pour un meublé, cela veut dire : une mention dans le livret d'accueil, et idéalement une ligne dans la description de l'annonce.
Faire apparaître le montant distinctement sur le document remis au voyageur, séparé du prix du séjour, ne résulte en revanche d'aucun article du CGCT : c'est une recommandation du guide pratique de la DGFiP, déduite du fait que la taxe est perçue en sus du prix du séjour. Recommandation à suivre sans hésiter, cela dit : c'est ce qui rend la ventilation comptable évidente, et ce qui vous évite d'avoir à démontrer, un an plus tard, quelle part du prix encaissé était de la taxe.
Tenir l'état des nuitées
Le fameux « registre du logeur » de l'article R2333-51 du CGCT n'existe plus : il a été abrogé par le décret n° 2019-1062 du 16 octobre 2019. Une bonne moitié des articles qui traînent en ligne l'ignorent encore et vous demandent de tenir un document supprimé depuis 2019. Ne vous réjouissez pas trop vite pour autant : l'obligation n'a pas disparu, elle a changé de nom. C'est aujourd'hui l'état déclaratif de l'article L2333-34 du CGCT, remis à la collectivité au moment du reversement, qui doit comporter, pour chaque hébergement et chaque perception :
- la date à laquelle débute le séjour et la date de la perception ;
- l'adresse de l'hébergement ;
- le nombre de personnes ayant séjourné et le nombre de nuitées constatées ;
- le prix de chaque nuitée réalisée lorsque l'hébergement n'est pas classé ;
- le montant de la taxe perçue ;
- le cas échéant, le numéro d'enregistrement de l'hébergement (celui délivré au titre de la déclaration de meublé de tourisme, art. L324-1-1 du code du tourisme) et le motif d'exonération.
Autrement dit : un tableau, tenu au fil de l'eau, une ligne par séjour. Appelez-le « registre », « état déclaratif » ou « suivi des nuitées », peu importe — ce qui compte, c'est qu'il existe. C'est aussi votre seule arme pour contester le décompte d'une plateforme, et croyez-moi, ça sert.
Déclarer et reverser
Les dates de reversement sont fixées par la délibération (art. L2333-34 du CGCT) : une à deux échéances annuelles le plus souvent, trimestrielles voire mensuelles dans les communes très touristiques. Aucun calendrier national ne vient harmoniser tout ça. Pour un gérant qui détient des biens dans trois départements, c'est la source d'oubli numéro un. Inscrivez ces dates dans votre calendrier fiscal SCI, au même rang que l'échéance de la liasse.
Dernier point, souvent négligé : même avec zéro nuitée sur la période, la plupart des collectivités attendent une déclaration à zéro. Ne pas la déposer vous expose formellement à l'amende pour défaut de déclaration. Deux minutes sur le portail, et le sujet est clos.
Les sanctions
| Manquement | Amende (art. L2333-34-1 CGCT) |
|---|---|
| Défaut de déclaration dans les délais | 750 € à 12 500 € |
| Omission ou inexactitude constatée dans la déclaration | 150 € par omission ou inexactitude, dans la limite de 12 500 € par déclaration |
| Défaut de collecte de la taxe auprès du voyageur | 750 € à 2 500 € |
| Défaut de reversement de la taxe collectée | 750 € à 2 500 € |
Ces amendes ne tombent pas d'un logiciel : elles sont prononcées par le président du tribunal judiciaire, statuant en la forme des référés, à la demande de la commune qui a institué la taxe, et leur produit lui revient. Espérer qu'elles soient un jour censurées serait une mauvaise stratégie. Saisi par les plateformes (Airbnb, Booking.com, Le Bon Coin, UNPLV) à l'occasion du contentieux qui les oppose à la communauté de communes de l'île d'Oléron, le Conseil constitutionnel a jugé conforme à la Constitution, le 31 juillet 2026 (décision n° 2026-1214/1215 QPC), l'amende de 750 à 2 500 € sanctionnant le défaut de perception de la taxe (II de l'art. L2333-34-1), en écartant à la fois le grief tiré de la disproportion du plancher de 750 € et celui tiré de l'absence de plafond global en cas de cumul. Chaque manquement se sanctionne donc séparément. Précision utile : le Conseil n'était saisi que de ce II — les amendes pour défaut de déclaration et pour défaut de reversement n'ont pas été soumises à son contrôle.
La mise en demeure et la taxation d'office
L'amende n'arrive pas sans prévenir. En amont, il y a la procédure de recouvrement forcé de l'article L2333-38 du CGCT. Défaut de déclaration, paiement absent ou en retard : le maire commence par une mise en demeure en recommandé avec accusé de réception. Vous avez trente jours pour régulariser. Passé ce délai, un avis de taxation d'office motivé vous est adressé, au moins trente jours avant la mise en recouvrement, et les sommes dues sont majorées d'un intérêt de retard de 0,20 % par mois. Ce qui laisse, en pratique, deux fenêtres pour éviter le pire.
Sachez aussi que le maire contrôle les déclarations et peut exiger la production des pièces comptables correspondantes (art. L2333-36 du CGCT). Les réclamations, elles, sont instruites par la commune : trente jours pour une réponse motivée (art. L2333-37). Et si le désaccord persiste, le contentieux se juge comme en matière de droits d'enregistrement (art. L2333-39). Autant dire qu'un tableau de nuitées propre vaut mieux qu'un bon avocat.
Oublier de déclarer est une chose. Garder l'argent en est une autre. Encaisser la taxe auprès du voyageur puis ne pas la reverser, ce n'est plus une négligence déclarative : c'est conserver une somme reçue pour le compte d'autrui. L'amende devient alors le moindre des soucis du gérant, qui se retrouve sur un terrain nettement moins confortable. Notre guide sur la responsabilité du gérant de SCI détaille ce qu'il risque exactement.
7. La comptabilisation : une dette, jamais un produit
Nous y voilà. Le raisonnement tient en trois propositions. La taxe de séjour au réel est due par le voyageur. La SCI n'est qu'un collecteur pour le compte d'un tiers public. Donc l'encaissement n'a aucune contrepartie économique pour la société : il n'augmente pas ses capitaux propres, il ne rémunère aucune prestation, il ne correspond à rien qu'elle ait vendu. Un produit, par définition, est autre chose.
Le bon compte
La taxe encaissée va dans un compte de tiers, sous-compte du 44 « État et autres collectivités publiques ». Le plus lisible, pour vous comme pour celui qui relira vos comptes dans cinq ans, reste un sous-compte dédié :
| Compte | Intitulé | Usage |
|---|---|---|
| 4471 | Taxe de séjour à reverser | Dette envers la collectivité, créditée à l'encaissement, débitée au reversement |
| 706 ou 752 | Prestations de services / Revenus des immeubles | Le loyer seul, taxe exclue |
| 622 | Rémunérations d'intermédiaires et honoraires | Commission de la plateforme ou de l'agence |
| 637 (ou 635) | Autres impôts, taxes et versements assimilés — autres organismes | Uniquement en régime forfaitaire, où la taxe est une charge de la SCI. Le 637 est le sous-compte adapté, la taxe étant versée à une collectivité et non à l'administration fiscale (compte 635) |
Une seule ligne de partage à mémoriser : au réel, compte de tiers ; au forfaitaire, compte de charge. Tout le reste en découle mécaniquement. Pour situer ces comptes dans l'ensemble, voyez notre plan comptable SCI.
Les écritures
1. Encaissement d'un séjour en direct — loyer 900 €, taxe de séjour collectée 49,50 € :
| Compte | Libellé | Débit | Crédit |
|---|---|---|---|
| 512 | Banque — encaissement séjour | 949,50 € | — |
| 706 | Location meublée — nuitées | — | 900,00 € |
| 4471 | Taxe de séjour à reverser | — | 49,50 € |
2. Reversement à la collectivité — échéance semestrielle de 594 € :
| Compte | Libellé | Débit | Crédit |
|---|---|---|---|
| 4471 | Taxe de séjour à reverser | 594,00 € | — |
| 512 | Banque — virement collectivité | — | 594,00 € |
3. Séjour encaissé via une plateforme qui collecte et reverse elle-même — nuitées 900 €, commission 15 % (135 €), taxe de séjour prélevée par la plateforme et versée directement à la collectivité :
| Compte | Libellé | Débit | Crédit |
|---|---|---|---|
| 512 | Banque — versement net de la plateforme | 765,00 € | — |
| 622 | Commission plateforme | 135,00 € | — |
| 706 | Location meublée — nuitées | — | 900,00 € |
Vous avez remarqué ? La taxe de séjour n'apparaît nulle part dans cette écriture. C'est normal, et c'est même la seule écriture juste : l'argent n'a jamais touché le compte de la SCI. Ni produit, ni dette. Conservez tout de même le décompte de la plateforme : c'est lui qui justifie, en cas de contrôle, ce que vous n'avez pas eu à reverser. Une exception à connaître : si la plateforme vous reverse la taxe au lieu de la payer directement à la collectivité, alors elle transite bel et bien par vos comptes, et on repasse au 4471.
Le contrôle de cohérence à la clôture
Avant d'arrêter les comptes, trois vérifications qui prennent dix minutes et évitent des mois de discussion.
- Le 4471 doit être créditeur, ou à zéro. S'il est débiteur, vous avez reversé plus que collecté. Deux causes possibles : une erreur de ventilation, ou un séjour dont la taxe a été supportée par la SCI — départ furtif non signalé au maire, exonération accordée un peu vite.
- Le solde créditeur doit s'expliquer, à l'euro près. Il représente la taxe encaissée sur les nuitées de la période dont l'échéance de reversement n'est pas encore tombée. Rapprochez-le de votre état des nuitées, ligne à ligne. Si ça ne tombe pas juste, la réponse est dans le tableau, pas dans le grand livre.
- Le collecté doit égaler le déclaré, plateformes comprises. Taxe collectée en direct (4471) + taxe collectée par les plateformes (décomptes) = taxe due sur la période. Un écart trouvé en janvier se corrige ; le même écart trouvé par la commune deux ans plus tard se paie.
Ces trois contrôles ont leur place dans la check-list de clôture d'une SCI, juste à côté du rapprochement bancaire. Et si la mécanique générale d'enregistrement des recettes locatives vous échappe encore, commencez par nos écritures de loyers en SCI.
Une dette de transit toujours juste, sans y penser
SCI-AI ventile automatiquement loyer, commission et taxe de séjour à partir de vos encaissements bancaires, et vous alerte quand le solde à reverser ne correspond plus à vos nuitées.
8. Le point qui fâche : meublé de tourisme et bascule à l'IS
Autant le dire franchement, parce que beaucoup de gérants découvrent le problème en même temps que la taxe de séjour : une SCI qui loue en meublé de tourisme exerce une activité commerciale. L'article 206-2 du CGI soumet à l'impôt sur les sociétés les sociétés civiles qui se livrent à une exploitation ou à des opérations de nature commerciale au sens des articles 34 et 35 du CGI. La location meublée en fait partie. Point final.
La SCI à l'IR qui met un bien en location saisonnière meublée bascule donc de plein droit à l'IS. Sans option à cocher, sans formalité, souvent sans que personne s'en aperçoive. Et cette bascule emporte les conséquences d'une cessation d'entreprise (art. 202 ter du CGI).
Là, une précision s'impose, parce que beaucoup d'articles agitent le spectre d'une taxation immédiate qui n'a pas lieu d'être. L'article 202 ter, I, alinéa 2 prévoit une atténuation conditionnelle : les bénéfices en sursis d'imposition et les plus-values latentes ne sont pas imposés immédiatement, à la double condition qu'aucune modification ne soit apportée aux écritures comptables et que leur imposition demeure possible sous le nouveau régime. C'est précisément le cas d'une SCI qui devient passible de l'IS : les immeubles sont inscrits au bilan d'ouverture pour leur valeur d'origine, avec mention des amortissements qui auraient été déduits, bilan à déposer dans les soixante jours du changement de régime (art. 202 ter, II). Pas de chèque à signer le jour de la bascule, donc.
Le vrai coût est ailleurs, et il est définitif : la SCI perd le régime des plus-values des particuliers, donc les abattements pour durée de détention de l'article 150 U du CGI. À la revente, la plus-value se calcule en régime professionnel, sur la valeur d'origine, amortissements réintégrés. Pour un immeuble détenu depuis quinze ans et promis à l'exonération, la facture ne tombe pas tout de suite — mais elle est bien plus lourde quand elle tombe.
Il existe heureusement un filet. L'administration admet une tolérance lorsque les recettes de nature commerciale ne dépassent pas 10 % des recettes totales hors taxes de la société (BOI-IS-CHAMP-10-30, § 320). Ce seuil s'apprécie année par année, et non en moyenne. Le lissage existe, mais comme filet de second rang : en cas de franchissement au titre d'une année, la société n'est pas soumise à l'IS si la moyenne des recettes commerciales de l'année en cause et des trois années antérieures reste sous les 10 % (§ 330). Un été exceptionnel n'emporte donc pas tout, à condition que les trois précédents aient été calmes.
Ne polluez pas le ratio. La taxe de séjour n'est pas une recette de la SCI : ni au numérateur (recettes commerciales), ni au dénominateur (recettes totales). L'y glisser gonfle artificiellement les recettes commerciales et peut vous faire conclure à un franchissement du seuil qui n'a jamais eu lieu. Voilà la première conséquence très concrète de la règle « dette, jamais produit » — et elle se chiffre en milliers d'euros d'impôt.
Et la taxe de séjour, dans tout ça ? Elle est due quel que soit le régime fiscal. C'est une taxe locale assise sur l'hébergement de personnes, pas sur un résultat : IR, IS, SCI déficitaire, SCI en franchise de TVA, la question ne se pose même pas. Pour trancher entre les deux régimes en connaissance de cause, voyez notre comparatif SCI à l'IS ou à l'IR ; et pour comprendre pourquoi une SCI à l'IR n'est pas « transparente » mais translucide, la nuance vaut le détour.
Les trois autres obligations qui arrivent avec le meublé de tourisme
- La CFE. Aux yeux de la cotisation foncière des entreprises, la location meublée est une activité professionnelle : votre SCI y est assujettie, alors qu'en location nue d'habitation elle en serait exonérée. Seule la première année de création échappe à la règle. Voir notre guide CFE et SCI.
- La TVA. La location meublée nue de services reste exonérée. En revanche, dès que la SCI fournit au moins trois des quatre services para-hôteliers (petit-déjeuner, nettoyage régulier, fourniture de linge, réception de la clientèle), elle entre dans le champ de la TVA au taux de 10 %. La frontière est plus mince qu'on ne le croit. Voir la déclaration de TVA en SCI et la franchise en base.
- Le changement d'usage. Dans les communes qui l'ont instauré, transformer un local d'habitation en meublé de tourisme exige une autorisation (art. L631-7 du CCH). L'amende civile va jusqu'à 100 000 € (art. L651-2 du CCH), et la loi n° 2024-1039 du 19 novembre 2024 a nettement durci le dispositif d'enregistrement. Notre guide changement d'usage en SCI détaille commune par commune ce qui s'applique.
Symétriquement : si votre SCI loue en meublé longue durée ou en colocation classique, oubliez la taxe de séjour. Elle vise l'hébergement de personnes non domiciliées dans la commune, c'est-à-dire le touriste et le voyageur de passage. Un colocataire qui a établi sa résidence sur place n'entre pas dans le champ. Nos guides SCI et location meublée et SCI et colocation traitent ces deux configurations.
Assez de principes. Posons les chiffres sur un cas réel, du calcul de la taxe jusqu'à son effet sur le rendement affiché.
9. Cas chiffré : un meublé non classé loué 120 nuits
Les données
Le cas type que je croise le plus souvent : un couple, une SCI, un T2 racheté en bord de côte.
- SCI à l'IS détenant un T2 en zone touristique, loué en meublé de tourisme non classé.
- 120 nuitées louées dans l'année, 2 adultes en moyenne par nuitée, soit 240 nuitées-personnes.
- Prix moyen de la nuitée : 90 € pour le logement entier, hors frais de ménage, sans TVA (pas de services para-hôteliers).
- Délibération de l'EPCI : tarif proportionnel de 5 % pour les hébergements non classés.
- Tarif le plus élevé voté par l'EPCI, toutes catégories confondues : 2,60 € (sa catégorie 4 étoiles). C'est ce montant, et lui seul, qui plafonne le tarif proportionnel.
- Taxe additionnelle départementale de 10 % instituée. Pas de taxe régionale (hors Île-de-France).
Le calcul, étape par étape
| Étape | Calcul | Résultat |
|---|---|---|
| Coût de la nuitée par personne | 90 € ÷ 2 personnes | 45,00 € |
| Tarif proportionnel communal | 45,00 € × 5 % | 2,25 € |
| Vérification du plafond | 2,25 € < 2,60 € (tarif le plus élevé voté par l'EPCI) | Non plafonné |
| Taxe communale sur l'année | 240 nuitées-personnes × 2,25 € | 540,00 € |
| Taxe additionnelle départementale | 540,00 € × 10 % | 54,00 € |
| Total à collecter et reverser | 540,00 € + 54,00 € | 594,00 € |
Traduction pour le voyageur : 2,48 € par personne et par nuitée, en supplément du prix du séjour. Traduction pour la SCI : elle a vu passer 11 394 € sur son compte, dont 10 800 € de nuitées et 594 € de taxe. Son chiffre d'affaires, lui, est de 10 800 €. Pas un centime de plus.
La variante qui déclenche le plafond
Même appartement, mais on est le 10 août : la nuitée passe à 130 € pour 2 personnes.
- Coût par personne : 130 € ÷ 2 = 65,00 €
- Tarif proportionnel théorique : 65,00 € × 5 % = 3,25 €
- Plafond applicable : le tarif le plus élevé voté par l'EPCI, soit 2,60 € dans nos hypothèses
- Tarif effectivement applicable : 2,60 €, plus 10 % de taxe départementale, soit 2,86 €
Le plafond fait tomber le tarif communal de 3,25 € à 2,60 €. Soit 0,65 € par personne et par nuitée que vous n'avez pas le droit d'encaisser — 0,715 € une fois l'additionnelle départementale prise en compte. Sur trois semaines de haute saison à deux personnes, c'est-à-dire 21 nuits × 2 personnes, ça fait 30,03 € prélevés en trop — invisibles pour le voyageur, mais bien réels dans vos comptes. Une SCI qui applique 5 % en pilote automatique surfacture ses clients et se retrouve avec plus de taxe collectée que de taxe due. Attention : ce plafond de 2,60 € n'a rien d'un montant national, il vient de la délibération retenue ici. Dans une collectivité qui a voté jusqu'à 4,90 €, le tarif de 3,25 € s'applique intégralement, sans aucun écrêtement. Bonne nouvelle : quand la taxe a été acquittée à titre provisionnel auprès d'une plateforme habilitée à collecter, l'article L2333-34, II du CGCT ouvre à l'assujetti un droit à restitution, à exercer dans les quatre ans à partir du premier jour de l'année suivant celle du paiement. Encore faut-il s'en apercevoir.
Ce que ça change sur le rendement
594 € sur 10 800 € de nuitées : 5,5 % du chiffre d'affaires qui n'a jamais appartenu à la SCI. Le gérant qui a comptabilisé la taxe en produit croit avoir fait 11 394 € et calcule son rendement là-dessus. Sur un bien acheté 180 000 €, le rendement brut réel de 6,0 % s'affiche à 6,3 %. Trois dixièmes de point, diront certains. Sauf qu'on décide d'un achat, qu'on négocie un taux et qu'on convainc un futur associé avec ces trois dixièmes-là.
10. Les 5 erreurs qui reviennent tout le temps
Erreur 1 : comptabiliser la taxe de séjour en produit
L'erreur mère, celle dont toutes les autres découlent. La taxe atterrit en 706 avec le loyer. Le chiffre d'affaires gonfle, le résultat imposable suit tant que le reversement n'est pas passé, puis le reversement tombe en charge et creuse un décalage artificiel entre deux exercices. Résultat : deux années de comptes qui ne veulent plus rien dire. Ce qu'il faut faire : reventiler les encaissements, créditer un 4471 dédié, rapprocher le solde de l'état des nuitées.
Erreur 2 : oublier de tenir l'état des nuitées
L'abrogation du registre du logeur en 2019 a fait croire à beaucoup de propriétaires qu'il n'y avait plus rien à tenir. Erreur de lecture : l'état déclaratif de l'article L2333-34 du CGCT réclame exactement les mêmes informations. Sans ce tableau, vous ne pouvez ni déclarer juste, ni contester le décompte d'une plateforme, ni répondre au maire qui vous demande vos pièces. Ce qu'il faut faire : une ligne par séjour, tenue au fil de l'eau, avec dates, nombre de personnes, nuitées, prix de la nuitée et taxe collectée. Un tableur suffit — les cinq premières minutes suffisent à s'y tenir.
Erreur 3 : croire que la plateforme dispense de tout
« Airbnb s'en occupe » : vrai pour ce qui passe par Airbnb, faux pour tout le reste. Locations en direct, réservations via une agence, canaux sans intermédiation de paiement : rien de tout cela n'est couvert. Et même sur son propre périmètre, la plateforme ne vous transfère ni la responsabilité du bon tarif, ni celle des exonérations. Ce qu'il faut faire : segmenter vos canaux de réservation, vérifier chaque décompte, et reverser vous-même la part que personne n'a collectée.
Erreur 4 : appliquer le tarif d'une commune voisine
Tarif, pourcentage pour les non-classés, période de perception, seuils d'exonération : chaque collectivité vote les siens. Deux communes séparées par une rivière peuvent afficher du simple au triple. Reprendre « ce que fait le voisin », ou pire, un montant lu sur un forum de location saisonnière, produit des écarts dans les deux sens — trop collecté ici, pas assez là. Ce qu'il faut faire : récupérer la délibération applicable, la dater, l'archiver avec les baux et les documents de la SCI.
Erreur 5 : oublier les taxes additionnelles
Le tarif communiqué par la commune est parfois le tarif communal seul, sans mention des majorations. Vous collectez ce montant, et vous laissez de côté les 10 % départementaux — voire, en Île-de-France, les 15 % et les 200 % régionaux. Le reversement se retrouve inférieur à la taxe due, et l'écart sort de la trésorerie de la SCI. Ce qu'il faut faire : demander explicitement le tarif toutes taxes additionnelles comprises. C'est celui-là, et pas un autre, qui doit figurer sur le décompte du voyageur.
11. FAQ — Taxe de séjour en SCI
Ma SCI loue en meublé longue durée : la taxe de séjour s'applique-t-elle ?
Non. La taxe de séjour est établie sur les personnes qui ne sont pas domiciliées dans la commune (art. L2333-29 du CGCT) : elle vise l'hébergement touristique ou de passage. Un locataire en bail meublé classique, en bail mobilité ou en colocation qui a établi sa résidence dans la commune n'y est pas soumis.
Faut-il facturer la taxe de séjour à part ou l'inclure dans le prix ?
À part, sans hésiter. L'affichage du tarif est une obligation (art. R2333-49 du CGCT) ; faire figurer le montant sur une ligne distincte du document remis au voyageur n'est en revanche imposé par aucun texte du CGCT, c'est une bonne pratique recommandée par le guide DGFiP, la taxe étant perçue en sus du prix du séjour. L'inclure silencieusement dans le prix du séjour vous prive de la possibilité de la traiter en compte de tiers et brouille la base de calcul du tarif proportionnel, qui se détermine sur le prix de la prestation d'hébergement.
Les frais de ménage entrent-ils dans la base du tarif proportionnel ?
La base est le coût de la nuitée, c'est-à-dire le prix de la prestation d'hébergement hors taxes. Les frais de ménage facturés distinctement et les frais de service de la plateforme ne constituent pas la prestation d'hébergement. La pratique des collectivités n'est toutefois pas uniforme : faites confirmer par écrit et conservez la réponse comme justificatif.
Un enfant compte-t-il dans le calcul ?
Non pour la taxe : les personnes mineures sont exemptées (art. L2333-31, 1° du CGCT). Attention, l'exemption porte sur la personne, pas sur la réservation : un séjour de 2 adultes et 3 enfants se taxe sur 2 personnes. En revanche, en régime forfaitaire, la notion de personne exemptée n'a pas cours — l'assiette est la capacité d'accueil.
Que faire si un voyageur refuse de payer la taxe ?
La taxe reste due par lui. Si le séjour se termine sans paiement, l'article L2333-35 du CGCT vous impose d'informer le maire dans les huit jours et de demander à être déchargé. Un professionnel peut aussi demander à en être exonéré dans un délai de deux mois s'il justifie de l'impossibilité de percevoir la taxe. Sans démarche, la SCI la supportera sur ses fonds propres.
La taxe de séjour est-elle déductible du résultat de la SCI ?
Au régime réel, non : elle n'est ni un produit ni une charge, elle transite par un compte de tiers. Au régime forfaitaire, oui : elle est due par l'hébergeur, donc par la SCI, et constitue une charge déductible enregistrée en compte 637 (ou 635). Voir nos charges déductibles en SCI.
Ma SCI possède des biens dans trois communes : une seule déclaration ?
Non, et c'est fastidieux. Chaque collectivité qui a institué la taxe a son tarif, son calendrier de reversement et son portail. Trois communes, c'est trois suivis, trois déclarations, trois dates dans l'agenda. Statistiquement, c'est le troisième bien qu'on oublie.
Faut-il déclarer même sans aucune nuitée ?
Oui, dans la plupart des collectivités : une déclaration à zéro reste attendue à l'échéance. L'amende de l'article L2333-34-1 du CGCT sanctionne le défaut de déclaration dans les délais, indépendamment du montant collecté. Vérifiez le point sur le portail de votre collectivité et déposez systématiquement, même sur une saison blanche.
La taxe de séjour et la taxe foncière, c'est lié ?
Rien à voir, malgré le mot « taxe » commun aux deux. La taxe foncière frappe le propriétaire au titre de la détention du bien : charge de la SCI, déductible. La taxe de séjour frappe l'occupant au titre de son séjour : dette de transit, jamais déductible puisqu'elle n'est pas une charge. Même bien, deux logiques opposées.
Peut-on encore régulariser plusieurs saisons oubliées ?
Oui, et n'attendez pas qu'on vienne vous le demander. Reconstituez vos états de nuitées à partir des relevés bancaires et des historiques de réservation, appelez le service taxe de séjour de la collectivité, proposez un reversement. Une démarche spontanée change complètement le ton de la conversation — j'ai vu des dossiers de trois saisons se régler en un courriel. Voir aussi notre guide rattrapage comptable.
Une SCI peut-elle relever de la taxe forfaitaire ?
Seulement si son hébergement est classé et si la collectivité a retenu le régime forfaitaire pour cette nature d'hébergement. Les hébergements en attente de classement ou sans classement relèvent obligatoirement du régime réel (art. L2333-26 du CGCT). Dans la grande majorité des SCI qui louent un meublé non classé, la question ne se pose donc pas.
La taxe de séjour figure-t-elle dans la liasse fiscale ?
Au régime réel, elle apparaît uniquement au bilan, dans les dettes, pour le montant collecté et non encore reversé à la clôture — jamais au compte de résultat. Au régime forfaitaire, elle figure au compte de résultat parmi les impôts et taxes. Un solde de dette anormalement élevé est un signal d'alerte lors d'une revue de comptabilité SCI.
Le classement du meublé fait-il baisser la taxe ?
Souvent, oui, dès que le prix par personne et par nuitée dépasse une vingtaine d'euros. Le classement substitue un tarif fixe par nuitée au pourcentage de 1 à 5 %. Le gain se calcule commune par commune : comparez le tarif voté pour la catégorie visée au tarif proportionnel appliqué à votre prix moyen par personne, après application du plafond — qui est le tarif le plus élevé voté par votre collectivité, et non un montant national. Dans une commune dont le tarif maximal voté est faible, le plafond écrête déjà le pourcentage et le classement ne rapporte rien.
Dois-je autoriser la plateforme à collecter à ma place ?
Quand la plateforme est intermédiaire de paiement, la collecte est une obligation légale et non une option. Quand elle ne l'est pas, elle ne peut collecter que si vous l'y habilitez. Dans ce second cas, l'habilitation simplifie la vie mais ne transfère pas votre responsabilité de contrôle : vérifiez toujours les décomptes.
Louer en saisonnier via une SCI, est-ce vraiment une bonne idée ?
Ça se décide avant l'achat, pas trois ans après. Bascule à l'IS de l'article 206-2 du CGI, CFE, plus-value professionnelle à la revente, autorisation de changement d'usage : quatre paramètres qui, ensemble, retournent l'équation. Ce n'est ni bon ni mauvais en soi, c'est un montage à choisir en connaissance de cause. Notre guide SCI et location saisonnière déroule le sujet de bout en bout.
Combien de temps conserver les états de nuitées et les décomptes ?
Alignez-vous sur la règle comptable la plus longue : dix ans pour les pièces justificatives (art. L123-22 du Code de commerce). Le droit à restitution de la taxe acquittée à titre provisionnel auprès d'une plateforme habilitée s'exerce par ailleurs pendant quatre ans à compter du premier jour de l'année suivant celle du paiement (art. L2333-34, II du CGCT), ce qui suppose de pouvoir retrouver le détail d'un séjour longtemps après. Voir notre guide sur les documents à conserver.
Cet article est informatif et ne remplace pas un conseil personnalisé. Les tarifs de la taxe de séjour résultent de délibérations locales : vérifiez toujours la délibération applicable à votre commune ou à votre EPCI avant de collecter.
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