SCI et panneaux photovoltaïques : quelle fiscalité ? (2026)
Installer des panneaux photovoltaïques sur un bien détenu par une SCI est une bonne idée patrimoniale et énergétique — à condition de comprendre un point qui échappe à la plupart des gérants : ce que vous faites de l'électricité produite peut faire basculer votre SCI à l'impôt sur les sociétés. Tout se joue sur une distinction : l'autoconsommation (l'électricité alimente le bâtiment) ne pose aucun problème, mais la revente d'électricité est une activité commerciale (BIC, article 35 du CGI). Or une SCI a un objet civil : au-delà d'une tolérance d'environ 10 % des recettes, ces recettes commerciales entraînent l'assujettissement à l'IS de plein droit (article 206-2 du CGI). J'ai vu des gérants signer un contrat de revente de surplus par réflexe, sans imaginer qu'ils venaient d'ouvrir une brèche dans le caractère civil de leur société. On reprend tout : le mécanisme, l'imposition des revenus de revente, la TVA, l'amortissement, les aides 2026, la question de savoir qui installe (bailleur ou locataire) et l'effet sur le DPE.
Rédigé par Quentin Hagnéré, fondateur de sci-ai.app, et vérifié contre les sources officielles (CGI, BOFiP, service-public.fr). Mis à jour le 14 juillet 2026.
Sommaire
- Autoconsommation vs revente : la distinction fondamentale
- La vente d'électricité, une activité commerciale (art. 35 CGI)
- Le risque de bascule à l'IS de plein droit (art. 206-2 CGI)
- L'exonération 3 kWc ne joue pas pour une SCI (art. 35 ter CGI)
- L'imposition des revenus de revente
- La TVA sur la vente d'électricité et l'installation
- Comptabilisation et amortissement des panneaux
- Les aides 2026 (tarif d'achat, TVA réduite, fin de la prime)
- Qui installe ? Bailleur, locataire et clauses de bail
- Impact sur le DPE et la valeur du bien
- Deux exemples chiffrés
- FAQ
1. Autoconsommation vs revente : la distinction fondamentale
Oubliez un instant la fiscalité. La seule question qui compte au départ, c'est : où part l'électricité que produisent vos panneaux ? Sa destination, et rien d'autre, commande le régime de votre SCI. Trois cas de figure, pas un de plus.
- Autoconsommation totale : toute l'électricité produite est consommée par le bâtiment détenu par la SCI (parties communes, ascenseur, éclairage, pompe à chaleur, local commercial loué…). Il n'y a aucune vente, donc aucune recette commerciale. La SCI réalise une simple économie de charges d'énergie.
- Autoconsommation avec vente du surplus : le bâtiment consomme d'abord l'électricité produite, et l'excédent non consommé est injecté sur le réseau et vendu (généralement à EDF OA dans le cadre de l'obligation d'achat). Il existe alors une recette commerciale, en principe modeste.
- Vente en totalité : toute l'électricité produite est injectée et vendue. L'installation est dimensionnée pour la revente, la recette commerciale devient significative.
La frontière fiscale tient en une phrase. Tant que vous consommez toute votre production, aucune recette commerciale, l'objet civil est intact. Dès que vous vendez, même une poignée de kilowattheures de surplus, vous créez une recette de nature commerciale qu'il va falloir suivre à la trace. C'est le nœud de tout le guide ; les chapitres 2 et 3 y reviennent en détail.
| Critère | Autoconsommation totale | Vente (surplus ou totalité) |
|---|---|---|
| Nature de l'opération | Économie de charge (civile) | Recette commerciale (BIC, art. 35 CGI) |
| Objet civil de la SCI | Préservé | Menacé au-delà du seuil de tolérance |
| Risque de bascule à l'IS | Aucun | Oui si > ~10 % des recettes (art. 206-2 CGI) |
| Aide type | Économie sur la facture d'électricité | Tarif d'achat du surplus (prime supprimée en 2026) |
| Complexité fiscale | Faible | Élevée (suivi du ratio, déclaration BIC) |
Point de vigilance : beaucoup de gérants signent un contrat de vente de surplus sans mesurer qu'ils créent, ce faisant, une activité commerciale dans une société civile. En SCI à l'IR, c'est le premier réflexe à avoir : la revente, même minime, doit être identifiée, suivie et déclarée correctement.
2. La vente d'électricité, une activité commerciale (art. 35 CGI)
Le socle juridique tient en une règle : produire et vendre de l'électricité est une activité commerciale. Les profits tombent dans les bénéfices industriels et commerciaux (BIC), au sens des articles 34 et 35 du CGI. Que le courant sorte de quelques panneaux sur un toit ou d'une centrale au sol ne change rien : à partir du moment où on vend de l'énergie, le fisc y voit un acte de commerce.
Cette qualification n'a rien d'anecdotique pour une SCI. Une société civile immobilière a, par définition, un objet civil : détenir et gérer un patrimoine immobilier, en percevoir des loyers. La location nue d'immeubles est une activité civile qui relève des revenus fonciers (art. 14 et 31 du CGI) lorsque la SCI est à l'IR. Introduire une activité de vente d'électricité, c'est greffer une activité commerciale sur une structure civile — exactement le type d'opération que le droit fiscal surveille.
Pourquoi l'autoconsommation échappe à cette qualification
À l'inverse, l'autoconsommation totale n'est pas une vente. La SCI ne cède rien à personne : elle utilise l'électricité pour son propre bâtiment, comme elle utiliserait celle achetée à un fournisseur. Il n'y a ni chiffre d'affaires, ni recette, ni acte de commerce. L'installation photovoltaïque autoconsommée est un simple équipement du bâtiment, au même titre qu'une chaudière performante. Elle réduit une charge, elle ne crée pas une activité. C'est pourquoi elle ne met jamais en cause l'objet civil de la SCI.
Vendre ou consommer pour soi : toute la mécanique fiscale part de là. C'est aussi ce qui explique un conseil que je répète souvent aux gérants attachés au statut civil : dimensionnez l'installation sur vos besoins réels, pas sur les mètres carrés de toiture disponibles. Une toiture pleine qu'on remplit de panneaux pousse mécaniquement vers la revente, donc vers le risque.
3. Le risque de bascule à l'IS de plein droit (art. 206-2 CGI)
C'est le risque central de ce guide. L'article 206-2 du CGI prévoit que les sociétés civiles qui se livrent à une exploitation ou à des opérations de nature commerciale au sens des articles 34 et 35 du CGI sont passibles de l'impôt sur les sociétés. Autrement dit, une SCI qui exerce une activité commerciale ne relève plus de la translucidité de l'article 8 du CGI : elle bascule à l'IS, de plein droit, sur l'ensemble de son résultat — y compris ses loyers, qui n'ont pourtant rien de commercial.
La tolérance des 10 %
Il existe heureusement une soupape. Par tolérance, l'administration (doctrine BOFiP rattachée à l'art. 206-2 du CGI) admet qu'une société civile exerçant accessoirement une activité commerciale ne devient pas passible de l'IS tant que le montant hors taxes de ses recettes commerciales n'excède pas environ 10 % du montant de ses recettes totales hors taxes. Surtout, un dépassement occasionnel n'entraîne pas la bascule : le BOI-IS-CHAMP-10-30 § 330 précise que la société civile n'est pas soumise à l'IS si la moyenne de ses recettes commerciales de l'année et des trois années précédentes n'excède pas 10 % de la moyenne de ses recettes totales sur la même période (lissage quadriennal). Pour une petite installation qui vend son surplus, cette marge fait toute la différence.
Prenons une SCI qui encaisse 40 000 € de loyers par an. Sa revente d'électricité reste tolérée tant qu'elle plafonne autour de 4 000 € par an. Un surplus vendu au fil de l'eau passe sans problème là-dessous. Une toiture entière branchée en vente totale, elle, crève le plafond sans effort.
| Situation | Recettes commerciales | Conséquence (SCI à l'IR) |
|---|---|---|
| Autoconsommation totale | 0 € | Reste à l'IR, objet civil intact |
| Vente de surplus modeste | < ~10 % des recettes | Reste à l'IR (tolérance), BIC à déclarer |
| Vente importante / en totalité | > ~10 % des recettes | Bascule à l'IS de plein droit (art. 206-2) |
Conséquence lourde et souvent irréversible : le passage à l'IS ne concerne pas que l'électricité. Il fait basculer toute la SCI à l'impôt sur les sociétés : comptabilité d'engagement, amortissements, imposition des loyers à l'IS et, en cas de revente d'immeuble, plus-value professionnelle nettement moins favorable que la plus-value des particuliers. Ce basculement subi est bien plus contraignant qu'un passage à l'IS choisi et préparé. Voir nos guides SCI IS ou IR et passer sa SCI de l'IR à l'IS.
4. L'exonération 3 kWc ne joue pas pour une SCI (art. 35 ter CGI)
Un particulier qui installe une petite centrale sur sa maison bénéficie d'une simplification bien connue : les produits de la vente d'électricité issue d'installations d'une puissance inférieure ou égale à 3 kilowatts-crête (kWc) sont exonérés d'impôt sur le revenu, en application de l'article 35 ter du CGI (sous conditions, notamment de raccordement au réseau public en deux points au plus et d'usage non professionnel).
Cette exonération est un piège pour les gérants de SCI : elle est réservée aux personnes physiques. Une SCI est une personne morale : elle n'entre pas dans le champ de l'article 35 ter du CGI, quelle que soit la puissance de son installation. Même en dessous de 3 kWc, les recettes de revente réalisées par une SCI :
- ne sont pas exonérées ;
- comptent intégralement comme recettes commerciales pour l'appréciation du seuil de 10 % (art. 206-2 CGI) ;
- doivent être déclarées selon le régime applicable (BIC en cas de maintien à l'IR, ou résultat IS en cas de bascule).
Le raccourci « petite installation = pas d'impôt » vaut pour le particulier sur sa maison, jamais pour la SCI. C'est l'un des contresens que je rencontre le plus souvent, et l'un des plus chers quand il pousse la société au-dessus du seuil de bascule sans que personne ne l'ait vu venir.
5. L'imposition des revenus de revente
La revente est commerciale, elle n'est pas exonérée pour une SCI : reste à savoir comment elle est imposée. Là encore, tout se joue sur un point : la SCI est-elle restée à l'IR en respectant la tolérance, ou a-t-elle basculé à l'IS ?
SCI maintenue à l'IR : une fraction BIC à isoler
Si les recettes de revente restent sous le seuil de tolérance, la SCI conserve son régime translucide (art. 8 du CGI). Mais attention : la fraction issue de la vente d'électricité ne relève pas des revenus fonciers. Les revenus fonciers (art. 14 et 31 du CGI) ne visent que les loyers d'immeubles. Le produit de la vente d'électricité, commercial par nature, relève des BIC. Il doit donc être identifié à part et déclaré selon les règles des BIC, ce qui suppose un traitement comptable distinct des loyers. Pour la déclaration des revenus fonciers de la SCI et la quote-part de chaque associé, voir déclaration 2072 de la SCI et quote-part et déclaration 2044.
SCI basculée à l'IS : tout au résultat
Si le seuil est franchi, la SCI passe à l'IS de plein droit. Le produit de la vente d'électricité rejoint alors le résultat imposable à l'IS, comme les loyers et toutes les autres recettes. Le taux applicable est de 15 % jusqu'à 42 500 € de bénéfice (sous conditions de l'art. 219-I-b du CGI), puis 25 % au-delà. En contrepartie, la SCI peut alors amortir l'installation et déduire l'ensemble de ses charges (voir chapitre 7). La déclaration se fait via la liasse 2065/2033 : voir déclaration 2065 en SCI à l'IS.
À retenir : pour une SCI à l'IR, la revente d'électricité crée deux difficultés cumulées — une fraction BIC à déclarer séparément, et un risque de bascule globale à l'IS. L'autoconsommation totale évite les deux d'un coup. C'est souvent le meilleur arbitrage patrimonial pour une SCI familiale.
6. La TVA sur la vente d'électricité et l'installation
La vente d'électricité est une livraison de biens entrant dans le champ de la TVA. Une SCI qui revend son électricité est, en principe, assujettie à la TVA à ce titre. Mais assujettissement ne signifie pas toujours facturation de TVA : la franchise en base peut s'appliquer.
La franchise en base de TVA
Tant que le chiffre d'affaires de vente d'électricité reste sous les seuils de la franchise en base de TVA, la SCI ne facture pas de TVA sur ses ventes — mais, en contrepartie, elle ne récupère pas la TVA supportée sur l'achat et la pose des panneaux. Au-delà des seuils, ou sur option pour la TVA, elle facture la TVA sur ses ventes et peut alors déduire la TVA d'amont sur l'installation. Les seuils de franchise et les taux évoluent : ils doivent être vérifiés pour 2026 sur les sources officielles.
La récupération de la TVA sur l'installation
La question de la récupération de la TVA sur les panneaux (souvent un poste lourd) dépend donc du régime TVA de la SCI :
- SCI qui autoconsomme et loue de l'habitation nue exonérée : pas d'activité soumise à TVA, donc pas de récupération. Les panneaux sont supportés TTC.
- SCI qui vend son électricité avec TVA (hors franchise ou sur option) : récupération de la TVA d'amont sur l'installation, dans les conditions de droit commun.
- SCI qui loue des locaux professionnels avec TVA (option art. 260-2° du CGI) ou des locaux imposables de plein droit : elle est déjà redevable et peut récupérer la TVA sur les travaux, y compris l'installation autoconsommée servant ces locaux.
Pour le cadre complet de la TVA en SCI (assujettissement, option, franchise, déclaration), reportez-vous à nos guides SCI et TVA, franchise de TVA en SCI et déclaration de TVA en SCI.
À vérifier pour 2026 : seuils de la franchise en base, taux de TVA applicables à la vente d'électricité et à l'installation, conditions d'option. Ces paramètres bougent régulièrement — validez-les sur impots.gouv.fr et avec votre conseil avant d'arrêter votre schéma.
7. Comptabilisation et amortissement des panneaux
Le traitement comptable de l'installation dépend, une fois encore, du régime de la SCI.
En SCI à l'IS : une immobilisation amortissable
En SCI à l'impôt sur les sociétés, l'installation photovoltaïque est une immobilisation corporelle inscrite à l'actif et amortie sur sa durée réelle d'utilisation. En pratique :
- les panneaux et la structure de production sont généralement amortis sur une durée de l'ordre de 20 à 30 ans, cohérente avec leur durée de vie technique et les garanties constructeur ;
- l'onduleur, qui se remplace plus fréquemment, est souvent isolé comme composant distinct amorti sur une durée plus courte (souvent autour de 10 ans) ;
- la dotation aux amortissements est déductible du résultat imposable à l'IS chaque exercice.
Cette approche par composants suit la logique générale de l'amortissement immobilier : voir nos guides amortissement en SCI et plan d'amortissement en SCI. Les écritures d'immobilisation et de dotation sont détaillées dans écritures d'amortissement et plan comptable SCI.
| Composant | Durée d'amortissement indicative | Déductible (IS) |
|---|---|---|
| Panneaux + structure | ~ 20 à 30 ans | Oui |
| Onduleur | ~ 10 ans | Oui |
| Pose / raccordement | Incorporé au coût de l'installation | Oui (via amortissement) |
Durées indicatives à titre pédagogique. La ventilation par composants et les durées d'usage doivent être arrêtées avec votre expert-comptable en fonction de l'installation réelle.
En SCI à l'IR : pas d'amortissement déductible
En SCI à l'IR relevant des revenus fonciers, l'amortissement n'est pas déductible : le régime foncier ne permet pas d'amortir le bien. Selon la nature des travaux, une partie du coût peut relever des dépenses déductibles des revenus fonciers si elle correspond à des travaux éligibles (art. 31 du CGI), tandis qu'une installation constitutive d'un équipement nouveau relèvera plutôt de la logique d'amélioration. Le classement travaux déductibles / non déductibles est délicat : voir charges déductibles en SCI, travaux en SCI et écritures de travaux.
Chez sci-ai.app, l'installation photovoltaïque est immobilisée et amortie automatiquement en SCI à l'IS (panneaux et onduleur ventilés par composants), les recettes de revente sont isolées des loyers, et le ratio de recettes commerciales est suivi. Disponible avec l'offre Autonomie à 229 €/an ou avec un expert-comptable dédié (349 €/an).
8. Les aides 2026 (tarif d'achat, TVA réduite, fin de la prime)
Plusieurs dispositifs soutiennent le photovoltaïque. Attention toutefois : certains sont pensés pour les particuliers, et leurs montants comme leurs plafonds de puissance évoluent chaque trimestre. Les chiffres doivent être vérifiés pour 2026 sur les sources officielles (service-public.fr, EDF OA, arrêtés tarifaires).
- La prime à l'autoconsommation : elle a été supprimée par l'arrêté tarifaire S21 (publié au JO du 4 juin 2026) pour toute demande complète de raccordement déposée à compter du 5 juin 2026. Seuls les contrats et demandes antérieurs la conservent. Il ne faut donc plus la compter dans le plan de financement d'un nouveau projet.
- Le tarif d'achat garanti (obligation d'achat, EDF OA) : l'électricité vendue (surplus ou totalité) est achetée à un tarif fixé par arrêté, garanti sur la durée du contrat (souvent 20 ans). C'est ce contrat de vente qui crée la recette commerciale évoquée plus haut.
- La TVA à taux réduit : depuis le 1er octobre 2025, une TVA à 5,5 % (art. 278-0 bis du CGI, arrêté du 8 septembre 2025) s'applique à la fourniture et à la pose d'installations résidentielles d'une puissance ≤ 9 kWc. Contrairement au taux de 10 % de l'art. 279-0 bis, qui vise les travaux portant sur des logements achevés depuis plus de deux ans (article abrogé au 1er septembre 2026 par la recodification de la TVA au CIBS), ce taux réduit ne comporte aucune condition d'ancienneté du logement : il vise le neuf comme l'ancien. Les conditions sont en revanche techniques, environnementales et cumulatives : puissance ≤ 9 kWc, association à un système de gestion de l'énergie (EMS) pilotant au moins deux usages électriques, et respect des critères de l'arrêté du 8 septembre 2025 (empreinte carbone plafonnée, faibles teneurs en argent, plomb et cadmium). À défaut (puissance supérieure, ou une seule condition non remplie), le taux normal de 20 % s'applique. Ce taux réduit vise les logements : une SCI louant de l'habitation peut y prétendre sous ces conditions, tandis qu'une installation sur un local professionnel relève du taux normal. Détail et critères à confirmer sur impots.gouv.fr pour votre cas.
Piège SCI : certaines aides, primes ou exonérations sont réservées aux personnes physiques (comme l'exonération d'IR des installations ≤ 3 kWc de l'art. 35 ter CGI, vue au chapitre 4). Une SCI, personne morale, n'y a pas toujours accès. Vérifiez systématiquement l'éligibilité d'une société civile avant de bâtir votre plan de financement, et ne reprenez pas tel quel un devis établi pour un particulier.
Pour situer ces aides dans l'ensemble des dispositifs énergétiques mobilisables par une SCI (rénovation, isolation, chauffage), voir notre guide SCI et rénovation énergétique.
9. Qui installe ? Bailleur, locataire et clauses de bail
Voilà une question stratégique que la plupart des gérants expédient en trente secondes : qui installe et exploite les panneaux, le bailleur (la SCI) ou le locataire ? Selon la réponse, ce n'est ni la même fiscalité ni le même porteur du risque de commercialité.
La SCI installe et exploite
C'est le cas le plus direct. La SCI finance l'installation, en tire l'économie (autoconsommation des parties communes) ou les recettes (revente), et en assume la fiscalité — avec le risque de commercialité si elle revend et qu'elle est à l'IR. En SCI à l'IS, elle amortit l'installation. L'avantage : la valeur créée reste dans la SCI. L'inconvénient : c'est elle qui porte le risque de bascule.
Le locataire installe et exploite
Alternative intéressante pour préserver l'objet civil : la SCI met le toit à disposition et c'est le locataire (souvent une société d'exploitation, dans un montage de type murs professionnels) qui installe, exploite et vend l'électricité. L'activité commerciale est alors chez le locataire, pas dans la SCI, qui reste purement civile. Ce schéma suppose un bail rigoureux précisant :
- la propriété de l'installation pendant le bail et son sort en fin de bail (démontage, reprise, indemnisation) ;
- la répartition des responsabilités d'entretien, d'assurance et de sinistre ;
- les modalités d'accès à la toiture et d'éventuelle redevance d'occupation ;
- l'articulation avec le raccordement et le contrat de vente d'électricité.
Ce type de montage se rencontre naturellement lorsque la SCI détient les murs d'une entreprise exploitée par ailleurs. Voir notre guide acheter les murs de son entreprise en SCI et, pour la relation bailleur professionnel, SCI et bail commercial. La bonne rédaction des clauses conditionne la sécurité juridique et fiscale de l'ensemble : un accompagnement est vivement conseillé.
10. Impact sur le DPE et la valeur du bien
Au-delà de la fiscalité, les panneaux photovoltaïques ont un intérêt patrimonial concret : ils peuvent améliorer le diagnostic de performance énergétique (DPE) du bâtiment. La production d'électricité, en particulier lorsqu'elle est autoconsommée, réduit la consommation d'énergie primaire prise en compte dans le calcul du DPE. Pour un bien classé F ou G — une « passoire thermique » —, ce gain peut s'avérer déterminant.
L'enjeu est réel : le calendrier d'interdiction progressive de louer les logements les plus énergivores frappe déjà les biens les plus mal classés. Une SCI qui loue de l'habitation a donc intérêt à surveiller le classement de ses biens et les leviers d'amélioration. Le photovoltaïque n'est qu'un levier parmi d'autres (isolation, chauffage), et son effet exact sur l'étiquette dépend de la méthode de calcul et de la part autoconsommée. Pour le calendrier locatif et la stratégie « passoire thermique », voir notre guide SCI et DPE / passoires thermiques.
Enfin, une installation en bon état, adossée à un contrat de vente d'électricité, peut valoriser le bien à la revente ou renforcer l'attractivité locative — un argument à mettre en balance avec le coût et la complexité fiscale du montage.
11. Deux exemples chiffrés
Les montants ci-dessous sont illustratifs et arrondis à des fins pédagogiques ; ils ne préjugent ni des tarifs, ni des seuils, ni des taux réels applicables à votre dossier, qui doivent être vérifiés pour 2026.
Exemple 1 — SCI familiale à l'IR, autoconsommation totale
Une SCI familiale à l'IR détient un petit immeuble de rapport et perçoit 36 000 € de loyers par an. Elle installe des panneaux pour couvrir la consommation des parties communes (éclairage, ascenseur) : toute la production est autoconsommée, sans revente.
- Recette commerciale : 0 €. Aucune vente, aucun risque de bascule à l'IS. L'objet civil est préservé.
- Effet fiscal : l'installation réduit une charge d'électricité. Elle n'ouvre pas droit à amortissement (SCI à l'IR), mais l'économie d'énergie améliore le résultat foncier net.
- Bonus : le DPE de l'immeuble peut progresser, sécurisant la location dans le temps.
Le verdict : pour une SCI patrimoniale à l'IR, difficile de faire plus simple ni plus sûr. Pas de commercialité à surveiller, pas de ratio à tenir à jour, une facture d'électricité qui baisse. On s'arrête là.
Exemple 2 — SCI à l'IR, vente du surplus, test du seuil de 10 %
La même SCI (36 000 € de loyers) installe cette fois une centrale plus grande, en autoconsommation avec vente du surplus. Elle vend pour 2 500 € d'électricité par an à EDF OA.
| Élément | Montant |
|---|---|
| Loyers annuels | 36 000 € |
| Vente d'électricité (surplus) | 2 500 € |
| Recettes totales | 38 500 € |
| Seuil de tolérance (~10 %) | ~ 3 850 € |
| Recettes commerciales / seuil | 2 500 € < 3 850 € → sous le seuil |
Avec 2 500 € de revente pour 38 500 € de recettes totales, la SCI reste sous le seuil de tolérance : elle ne bascule pas à l'IS. En revanche, elle doit déclarer ces 2 500 € comme recette BIC (et non foncière) et suivre le ratio. Si elle agrandissait l'installation pour vendre 5 000 € par an, elle dépasserait le seuil de l'année (5 000 € > ~3 850 €) ; la bascule à l'IS ne serait toutefois automatique que si ce dépassement n'est pas occasionnel, c'est-à-dire si la moyenne des recettes commerciales de l'année et des trois précédentes reste supérieure à 10 % des recettes totales (BOI-IS-CHAMP-10-30 § 330). En cas de franchissement durable, c'est bien toute la SCI qui passe à l'IS, loyers compris. Le dimensionnement de l'installation est donc un choix fiscal, pas seulement technique.
À noter (nouvel arrêté tarifaire) : pour les demandes complètes de raccordement déposées à compter du 5 juin 2026, un tarif unique de 1,1 c€/kWh s'applique jusqu'à 100 kWc, et la production injectée n'est rémunérée que dans la limite de 1 600 kWh/kWc par an — soit un maximum de l'ordre de 17,6 € par kWc et par an. Un surplus rapportant 2 500 €/an ne peut donc relever que d'un contrat de vente antérieur : sur une installation neuve, la recette de revente est sans commune mesure, et le risque de commercialité d'autant plus théorique.
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12. FAQ — SCI et panneaux photovoltaïques
Faut-il modifier l'objet social de la SCI pour poser des panneaux ?
Pour de l'autoconsommation, non : équiper le bâtiment d'une installation solaire pour ses propres besoins reste dans la gestion normale d'un patrimoine immobilier civil. Pour de la revente, la prudence commande d'examiner la rédaction de l'objet social, car la vente d'électricité est une activité commerciale. Attention : élargir l'objet social à une activité commerciale peut, en soi, fragiliser le caractère civil de la société. La décision doit être prise avec un conseil. Voir notre guide changer l'objet social d'une SCI.
La revente du surplus suffit-elle à faire passer ma SCI à l'IS ?
Pas nécessairement. Tant que les recettes de revente restent inférieures à environ 10 % des recettes totales de la SCI (art. 206-2 du CGI, tolérance doctrinale), la SCI conserve son régime IR. La vente d'un simple surplus, souvent modeste, passe généralement sous ce seuil. Un dépassement purement occasionnel ne fait pas basculer la SCI (le BOI-IS-CHAMP-10-30 § 330 lisse le seuil sur l'année et les trois précédentes) ; en revanche, une installation surdimensionnée qui franchit durablement le seuil fait passer toute la société à l'IS.
Puis-je autoconsommer et revendre en même temps ?
Oui, c'est le schéma « autoconsommation avec vente du surplus » : le bâtiment consomme d'abord, l'excédent est vendu. Sur le plan fiscal, seule la fraction vendue constitue une recette commerciale à intégrer au ratio de l'article 206-2 du CGI. L'autoconsommation, elle, reste une simple économie de charge. C'est une configuration fréquente, mais qui impose un suivi rigoureux de la part vendue.
Une SCI déjà à l'IS a-t-elle intérêt à revendre l'électricité ?
Pour une SCI déjà à l'IS, le risque de bascule ne se pose plus : elle est déjà à l'IS. La revente devient alors un choix purement économique. Avantage : elle peut amortir l'installation et déduire ses charges, et le produit de vente est simplement ajouté au résultat. La revente y est donc plus facile à gérer qu'en SCI à l'IR. Reste à comparer le rendement de la revente à celui de l'autoconsommation dans votre cas précis.
L'électricité autoconsommée est-elle imposable ?
Non. L'autoconsommation n'est pas une vente : il n'y a pas de recette, donc rien à imposer au titre de cette électricité. Économiquement, elle réduit la facture d'énergie de la SCI, ce qui améliore indirectement le résultat. Aucune déclaration de recette n'est requise pour la part autoconsommée — seule la part vendue, le cas échéant, est concernée.
Comment déclarer les revenus de vente d'électricité d'une SCI à l'IR ?
Ces revenus relèvent des BIC (art. 34 et 35 du CGI), et non des revenus fonciers. Ils doivent donc être identifiés à part des loyers et déclarés selon les règles des BIC, ce qui suppose un traitement comptable distinct. C'est un point technique où l'assistance d'un professionnel est utile, car une déclaration en revenus fonciers serait erronée. Voir déclaration 2072.
Peut-on récupérer la TVA sur des panneaux autoconsommés ?
Uniquement si la SCI est assujettie et redevable de la TVA sur une activité imposable. Une SCI qui autoconsomme pour un immeuble d'habitation loué nu (exonéré) ne récupère pas la TVA. En revanche, si la SCI loue des locaux professionnels avec option TVA (art. 260-2° du CGI) et que l'installation sert ces locaux, la récupération peut être possible. Le schéma dépend de chaque cas : voir SCI et TVA.
Sur combien d'années amortir une installation solaire en SCI à l'IS ?
La durée d'amortissement suit la durée réelle d'utilisation. En pratique, les panneaux et la structure sont souvent amortis sur environ 20 à 30 ans, et l'onduleur, qui se remplace plus vite, isolé comme composant sur une durée plus courte (souvent autour de 10 ans). Les durées exactes doivent être arrêtées avec votre expert-comptable. Voir amortissement en SCI et plan d'amortissement.
L'exonération 3 kWc peut-elle profiter aux associés de la SCI ?
Non, pas via la SCI. L'exonération de l'article 35 ter du CGI vise les personnes physiques détenant elles-mêmes l'installation. Lorsque l'installation appartient à la SCI (personne morale), l'exonération ne s'applique pas, quelle que soit la puissance, et les recettes de revente comptent intégralement pour le seuil de bascule à l'IS. Un particulier voulant bénéficier de l'exonération doit détenir l'installation en propre, hors SCI.
Le locataire peut-il installer des panneaux sur le toit de la SCI ?
Oui, si le bail l'autorise. C'est même une façon de préserver l'objet civil de la SCI : l'activité commerciale de vente d'électricité est alors portée par le locataire, pas par la SCI. Il faut toutefois un bail précisant la propriété de l'installation, l'entretien, l'assurance, l'accès à la toiture et le sort de l'installation en fin de bail. Voir SCI et bail commercial.
Les panneaux améliorent-ils vraiment le DPE ?
La production photovoltaïque, surtout autoconsommée, réduit la consommation d'énergie primaire prise en compte dans le DPE, ce qui peut faire gagner des points, voire une étiquette, pour un bien mal classé. L'ampleur dépend de la méthode de calcul et de la part autoconsommée. Ce n'est pas une solution miracle mais un levier réel, à combiner avec l'isolation et le chauffage. Voir SCI et passoires thermiques.
Quel est le risque concret si je néglige la commercialité ?
Le risque est un passage subi à l'IS. En cas de contrôle, l'administration peut constater que les recettes commerciales ont dépassé le seuil et requalifier la SCI à l'IS de plein droit (art. 206-2 du CGI), rétroactivement, avec toutes les conséquences : imposition des loyers à l'IS, remise en cause du régime des plus-values des particuliers, rappels et intérêts. Ce basculement subi est bien plus pénalisant qu'un passage à l'IS choisi. Voir contrôle fiscal d'une SCI.
Où trouver les textes officiels applicables ?
Les références de base sont l'article 35 du CGI (caractère commercial de la production/vente d'électricité, BIC), l'article 35 ter du CGI (exonération 3 kWc réservée aux personnes physiques), l'article 206-2 du CGI (assujettissement des sociétés civiles à l'IS en cas d'activité commerciale) et l'article 8 du CGI (translucidité de la SCI à l'IR), consultables sur Legifrance. La tolérance des 10 % et les modalités figurent dans la doctrine BOFiP. Les aides et tarifs relèvent des arrêtés tarifaires et de service-public.fr.
Combien coûte la gestion comptable d'une SCI avec photovoltaïque ?
Une SCI produisant de l'électricité en revente est souvent à l'IS, avec comptabilité d'engagement, amortissement de l'installation, suivi TVA et liasse 2033. Un cabinet facture fréquemment 800 à 2 000 € par an ce type de dossier. Avec sci-ai.app, la comptabilité, l'amortissement des panneaux, le suivi du ratio de commercialité et la liasse fiscale sont pris en charge à partir de 229 € par an (offre Autonomie), ou 349 € par an avec un expert-comptable dédié.
Photovoltaïque en SCI : ne laissez pas la revente vous piéger
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