Encadrement des loyers en SCI : plafonds, méthode de vérification et amende 2026
Votre SCI loue un appartement dans une grande ville. Le loyer que vous demandez est-il légal ? L'obstacle n'est pas le calcul : deux dispositifs différents portent le nom d'« encadrement des loyers ». Ils ne couvrent pas les mêmes communes : un logement peut relever de l'un, des deux, ou d'aucun. Vient ensuite ce que peu de bailleurs savent : si vous dépassez, votre société civile immobilière n'encourt pas l'amende d'un particulier. Elle est une personne morale, une société distincte de ses associés, et le plafond passe de 5 000 à 15 000 €.
Durée du bail, dépôt de garantie, diagnostics, congés, fiscalité des loyers : tout cela relève de notre guide sur le bail d'habitation en SCI et les obligations du bailleur en location nue. Ici, une seule question : combien votre SCI a-t-elle le droit de demander, et que perd-elle si elle demande plus ?
Rédigé par Quentin Hagnéré, fondateur de sci-ai.app. Vérifié sur les textes : loi du 6 juillet 1989, loi ELAN, décret du 20 juillet 2026, arrêtés préfectoraux. Mis à jour le 31 août 2026.
Sommaire
- Deux dispositifs portent le nom d'encadrement des loyers : lequel vous vise
- Quatre étapes pour savoir si votre logement est encadré, et par quoi
- Relocation en zone tendue : ce que le décret du 20 juillet 2026 autorise
- Loyer de référence, majoré, minoré : lire un arrêté préfectoral
- Le complément de loyer : ce qui le justifie, ce qui l'interdit
- Les mentions obligatoires du bail en zone encadrée, et le prix de leur oubli
- Sanction du dépassement : mise en demeure, restitution et amende de 15 000 €
- Encadrement des loyers et SCI : ce que la forme sociale ne change pas
- Fin de l'encadrement du niveau : le compte à rebours du 24 novembre 2026
- Les cinq erreurs d'encadrement qui coûtent le plus cher à une SCI
- Questions fréquentes sur l'encadrement des loyers en SCI
1. Deux dispositifs portent le nom d'encadrement des loyers : lequel vous vise
Le premier plafonne la hausse par rapport au loyer du locataire précédent. Il joue dans les communes classées en zone tendue, celles où l'offre de logements est officiellement jugée très inférieure à la demande. Le second plafonne le montant au mètre carré : une expérimentation, limitée à neuf territoires qui l'ont demandée. Les confondre coûte dans les deux sens : on cherche un loyer de référence là où il n'en existe aucun, ou l'on se croit libre parce que sa ville n'a pas d'arrêté.
| Critère de comparaison | Encadrement de l'ÉVOLUTION | Encadrement du NIVEAU |
|---|---|---|
| Ce qui est plafonné | La hausse par rapport au dernier loyer du sortant | Le loyer lui-même, en euros par m² |
| Texte fondateur | Art. 18 de la loi du 6 juillet 1989, appliqué par le décret n° 2017-1198 du 27 juillet 2017, reconduit chaque année | Art. 140 de la loi ELAN — évolution du logement, de l'aménagement et du numérique — du 23 novembre 2018, à titre expérimental |
| Texte en vigueur | Décret n° 2026-644 du 20 juillet 2026 | Un arrêté préfectoral par territoire, renouvelé chaque année |
| Territoires | Les communes du 1° de l'annexe du décret du 10 mai 2013 : les agglomérations de plus de 50 000 habitants | 9 territoires volontaires, 69 communes |
| Point de repère | Le dernier loyer appliqué au locataire précédent | Le loyer de référence majoré de votre catégorie : le loyer médian du secteur augmenté de 20 %, fixé par arrêté préfectoral |
| Validité actuelle | Du 1er août 2026 au 31 juillet 2027 | Expérimentation close le 24 novembre 2026 à minuit |
| Sanction | Aucune amende : le locataire agit devant le juge en restitution | Mise en demeure du préfet, puis amende de 5 000 € (particulier) ou 15 000 € (société) |
Trois villes, trois situations. À Marseille, votre SCI est en zone tendue : pas de hausse à la relocation, mais aucun plafond au mètre carré. À Paris, les deux dispositifs se cumulent. Dans une commune rurale, le loyer est libre à chaque relocation.
2. Quatre étapes pour savoir si votre logement est encadré, et par quoi
Aucune liste de villes ne remplace cette vérification : les périmètres bougent chaque année et se recouvrent mal. Comptez dix minutes.
Étape 1 — Votre commune est-elle en zone tendue ?
C'est ce qui déclenche le plafonnement de la hausse. Le simulateur officiel de service-public.gouv.fr répond à partir de la commune et de la date du bail. Zonage voisin de celui de la taxe sur les logements vacants — voir la taxe sur les logements vacants due par une SCI — sans se confondre avec lui.
Une nuance que presque personne ne signale. Depuis la loi de finances pour 2023, cette liste a deux étages. Le 1° de l'article 232 du code général des impôts vise les agglomérations de plus de 50 000 habitants ; le 2°, des communes ajoutées sans critère de population. Seul le premier étage plafonne la hausse : l'article 1er du décret de 2017 renvoie au 1° de l'annexe du décret n° 2013-392 du 10 mai 2013, actualisée par le décret n° 2025-1267 du 22 décembre 2025. Une commune du second étage peut devoir la taxe sans être plafonnée.
Étape 2 — Votre commune est-elle couverte par un arrêté d'encadrement du niveau ?
Au 31 août 2026, neuf territoires appliquent l'expérimentation : Paris, Lille (avec Hellemmes et Lomme), Plaine Commune, Est Ensemble, Lyon et Villeurbanne, Montpellier, Bordeaux, le Pays basque et Grenoble-Alpes Métropole. Soit 69 communes, parfois pour une partie seulement. Le simulateur officiel répond commune par commune.
Ne vous fiez à aucune annonce politique, ni même à un décret de périmètre. Marseille et l'agglomération d'Annemasse sont citées comme les prochaines entrantes. Elles ne le sont pas : aucun arrêté préfectoral n'y fixe de loyer de référence. Un décret délimite d'abord le périmètre ; le préfet publie ensuite l'arrêté qui chiffre les loyers. C'est le second qui crée l'obligation : tant qu'il n'existe pas, aucun plafond au mètre carré ne s'impose.
Étape 3 — Trouver la ligne de l'arrêté qui vous concerne
Un arrêté ne donne pas un plafond, il en donne des centaines. Quatre critères à croiser :
- le secteur géographique — à Paris, 14 secteurs regroupant les 80 quartiers administratifs ;
- le nombre de pièces principales, au sens de l'article R111-1 du code de la construction et de l'habitation que l'arrêté vise expressément : ni la cuisine ni la salle d'eau n'en sont ;
- l'époque de construction : avant 1946, 1946-1970, 1971-1990, après 1990 ;
- le régime meublé ou non meublé.
La grille parisienne du 1er juillet 2026 compte ainsi 224 lignes. Les arrêtés parisiens sont publiés par la direction régionale de l'hébergement et du logement d'Île-de-France ; ailleurs, au recueil des actes administratifs de la préfecture.
Étape 4 — Multiplier, et poser le chiffre
Le plafond est le loyer de référence majoré multiplié par la surface habitable, hors charges. Surface habitable au sens de l'article R156-1 du même code, et non surface Carrez : ce qui est sous 1,80 m de hauteur, les caves, les combles non aménagés, les balcons et les terrasses n'y entrent pas.
Un studio parisien de 22 m² : la ligne « secteur 8, une pièce, 1946-1970, location vide » de l'arrêté parisien du 12 juin 2026 affiche 33,60 €/m², soit un plafond de 22 × 33,60 = 739,20 €. C'est le secteur qui commande : sur cette même catégorie, l'arrêté va de 32,40 € au secteur 12 à 42,60 € au secteur 1. C'est le chiffre de votre secteur qui sera opposé à votre SCI, pas le loyer du voisin.
Un stationnement loué seul échappe aux deux dispositifs, faute d'être un logement (voir la location d'un parking ou d'un garage par une SCI) ; loué au même bail que l'appartement, il entre dans le loyer plafonné.
3. Relocation en zone tendue : ce que le décret du 20 juillet 2026 autorise
Le décret n° 2026-644 du 20 juillet 2026 reconduit jusqu'au 31 juillet 2027 le mécanisme du décret n° 2017-1198 du 27 juillet 2017. La règle tient en une phrase : le loyer du nouveau locataire ne peut pas excéder le dernier loyer appliqué au précédent. Sans révision depuis douze mois, ce loyer peut être indexé sur l'indice de référence des loyers, publié chaque trimestre par l'INSEE.
Une précision, sans quoi vous chercherez en vain : le décret de 2026 ne compte que trois articles. Les règles de fond sont restées dans celui de 2017, dérogations comprises — ce sont ses numéros d'article que nous citons.
Ne confondez pas avec la révision annuelle, qui joue pendant le bail : voir la révision du loyer en SCI.
Vérifiez d'abord que le décret vous concerne : il ne s'applique ni à une première mise en location, ni à un logement inoccupé depuis plus de dix-huit mois. Le loyer s'y fixe alors librement, sous deux réserves. Le plafond au mètre carré, là où l'encadrement du niveau s'applique. Et le gel des passoires. Dès lors qu'il y a eu un locataire précédent, un logement classé F ou G ne peut pas dépasser le dernier loyer que celui-ci payait. C'est le II de l'article 17 de la loi du 6 juillet 1989, issu de l'article 159 de la loi Climat et résilience. Cette règle-là joue partout en France, hors zone tendue comprise, et vingt mois de vacance n'y changent rien.
L'article 4 du décret de 2017 ouvre alors trois dérogations, et toutes trois se calculent.
Cas chiffré — un T3 à Marseille, relocation après travaux
- Dernier loyer du locataire sortant : 780 € hors charges, non révisé depuis douze mois
- Variation de l'indice de référence des loyers du 2e trimestre 2026, retenue ici à titre d'exemple : +1,2 % → plafond de droit commun : 780 × 1,012 = 789,36 €
- Loyer espéré par la SCI : 900 € → écart interdit de 110,64 €/mois, soit 1 327,68 € sur un an
- Dernière année de loyer : 780 × 12 = 9 360 €. La dérogation travaux suppose une amélioration d'au moins la moitié, soit 4 680 €
- Travaux réalisés : 8 000 € TTC → condition remplie. Majoration annuelle plafonnée à 15 % du coût réel : 8 000 × 15 % = 1 200 €/an, soit 100 €/mois
- Nouveau loyer licite : 789,36 + 100 = 889,36 €. Pas 900 €.
Pour atteindre légalement 900 €, il aurait fallu 1 327,68 ÷ 0,15 = 8 851,20 € de travaux. La dérogation ne se décrète pas : elle se calcule facture par facture, et la ventilation entre entretien et amélioration doit tenir devant un juge.
La deuxième dérogation vise le loyer manifestement sous-évalué : la hausse s'arrête à la moitié de l'écart avec les loyers du voisinage, pour des logements comparables. Déroulons-la sur le même T3 marseillais. Les comparables du quartier ressortent à 900 € : l'écart est de 900 − 780 = 120 €, la hausse permise de 60 €, le loyer licite de 840 €. Toujours sous les 900 € espérés, et 49,36 € en dessous des 889,36 € qu'ouvrait la voie des travaux. Sur ce dossier, c'est la dérogation travaux qui rapporte le plus.
La troisième, au 3° de l'article 4 du décret de 2017, est plus radicale : des travaux d'amélioration réalisés depuis moins de six mois et au moins égaux à la dernière année de loyer permettent de « librement réévaluer ». Sur notre exemple, il aurait fallu franchir 9 360 € de travaux, et non 4 680 €.
Attention au piège de la liberté retrouvée. Sortir du décret d'évolution ne libère pas le loyer là où l'encadrement du niveau s'applique : à Paris, l'arrêté préfectoral continue de plafonner. Et sur un logement classé F ou G au diagnostic de performance énergétique, aucune des trois dérogations ne joue. L'article 1-1 du décret de 2017 l'écarte de son champ — non pour le libérer, mais parce que le gel rappelé plus haut lui interdit déjà toute hausse. Le plafond reste 780 €, travaux ou pas. Calendrier détaillé dans le DPE et l'interdiction de louer une passoire thermique en SCI.
4. Loyer de référence, majoré, minoré : lire un arrêté préfectoral
Le loyer de référence est le loyer médian constaté par l'observatoire local des loyers pour une catégorie de logements. Le majoré vaut ce médian + 20 % : c'est votre plafond. Le minoré, le médian − 30 %.
Ce troisième chiffre n'est pas un plancher, contrairement à ce qu'on lit : il joue dans l'autre sens. Au renouvellement, un loyer inférieur au minoré ouvre une action en réévaluation, à condition de proposer le nouveau loyer six mois avant le terme. C'est le point d'appui d'une SCI qui loue sous le marché, à un proche par exemple. Mais cette action plafonne au minoré, pas au majoré : le VI de l'article 140 veut que le loyer proposé lui reste inférieur ou égal. Le majoré, lui, reste la référence à la fixation initiale, à la relocation et au renouvellement : un loyer de renouvellement qui le dépasse ouvre au locataire une action en diminution, au premier alinéa du même VI.
Sur la ligne parisienne du secteur 4 à 29,00 € de majoré, celle du chapitre suivant, l'arrêté affiche 24,20 € de référence et 16,90 € de minoré. Pour 60 m², la réévaluation s'arrête donc à 16,90 × 60 = 1 014 €, quand le majoré porte le plafond de fixation à 1 740 €. 726 € par mois séparent les deux bornes. L'action est en outre fermée, depuis le 24 août 2022, pour un logement classé F ou G.
L'amplitude est considérable. Prenez l'arrêté n° IDF-2026-06-12-00003 du 12 juin 2026, applicable à Paris du 1er juillet au 24 novembre 2026. Le loyer de référence majoré y va de 18,10 € le mètre carré en bas de grille, en location vide, à 52,20 € en haut, en meublé. Près du triple. Se tromper de secteur ou d'époque de construction n'est pas une approximation, c'est une erreur de plafond : sur 40 m², un euro d'écart fait 480 € par an.
Le plafond porte sur le loyer de base, hors charges et hors complément. Gonfler la surface habitable déclarée au bail revient à fabriquer soi-même la preuve du dépassement.
5. Le complément de loyer : ce qui le justifie, ce qui l'interdit
Le complément de loyer est le seul supplément admis au-dessus du plafond. Une idée reçue d'abord : il supposerait un loyer de base fixé au loyer de référence majoré. Les textes ne l'exigent pas — le B du III vise le loyer de base « tel que fixé au A », c'est-à-dire dans la limite du majoré. Mais les préfectures n'admettent en pratique un complément que sur un loyer de base porté au majoré : une exigence de contrôle, pas une règle légale.
La condition de fond, elle, est écrite. L'article 140 de la loi ELAN réserve le complément aux logements dont les caractéristiques de localisation ou de confort le justifient, par comparaison avec ceux de même catégorie du même secteur. L'article 3 du décret n° 2015-650 du 10 juin 2015 en ajoute trois, cumulatives. La caractéristique doit être absente du loyer de référence, déterminante, et ne donner lieu ni à récupération de charges ni à la contribution pour le partage des économies d'énergie. Le mot qui compte est « déterminante » : un ascenseur, une cuisine équipée, un ravalement récent ne le sont pas : trop ordinaires, ils sont déjà dans le loyer médian.
Depuis la loi n° 2022-1158 du 16 août 2022, dite loi pouvoir d'achat, certaines caractéristiques interdisent tout complément, quelles que soient les qualités du logement. Une seule suffit :
- sanitaires situés sur le palier ;
- signes d'humidité sur certains murs ;
- classement F ou G au diagnostic de performance énergétique ;
- fenêtres laissant anormalement passer l'air, hors grilles d'aération ;
- vis-à-vis à moins de dix mètres ;
- infiltrations ou inondations venues de l'extérieur ;
- problèmes d'évacuation d'eau au cours des trois derniers mois ;
- installation électrique dégradée ;
- mauvaise exposition de la pièce principale.
Cas chiffré — le même complément, admis puis rejeté
Paris, T3 de 60 m² non meublé. Ligne « secteur 4, 3 pièces, 1946-1970, location vide » du même arrêté : loyer de référence majoré de 29,00 €/m², donc un plafond de 1 740 €. La SCI fixe le loyer de base à ce plafond, ajoute un complément de 300 € et affiche 2 040 €. Bail de trois ans.
Version admise. Le complément est motivé par une terrasse privative de 25 m² sur cour, absente des comparables, décrite au bail avec plan et photographies. Le locataire conteste devant la commission départementale de conciliation, l'instance gratuite et paritaire qui cherche un accord avant le juge. Elle y voit une caractéristique déterminante : le locataire s'en tient à cet avis, et la SCI encaisse ses 2 040 €.
Version rejetée. Le complément est motivé par « ascenseur, cuisine équipée, immeuble ravalé », sur un logement classé F. Le classement suffit : le complément est interdit, et la discussion sur le confort n'a pas lieu.
- Loyer ramené à 1 740 €
- Le locataire conteste au 3e mois, la commission rend son avis au 11e : compléments déjà perçus à restituer, 300 × 11 = 3 300 €
- Compléments perdus sur les 25 mois restants : 300 × 25 = 7 500 €
- Coût de la mauvaise justification : 10 800 €, soit tout le complément que la SCI croyait avoir sécurisé.
Le locataire a trois mois à compter de la signature du bail pour saisir cette commission, puis trois mois après la réception de son avis pour aller devant le tribunal judiciaire. Le point de départ est un document reçu, pas un silence.
Notre position, sans détour : si vous hésitez sur le caractère exceptionnel, ne mettez pas de complément. Le gain espéré, quelques centaines d'euros par mois. Le coût d'un rejet, tout le complément sur la durée du bail — 10 800 € ci-dessus. Le rapport est mauvais dès qu'il y a doute.
Une précision qui joue en votre faveur, quitte à réduire la portée de notre chapitre 7 : l'amende du préfet ne sanctionne pas un complément mal justifié. Le VII de l'article 140 ne vise que le manquement au A du III, le loyer de base plafonné par le majoré. Le complément relève du B du III, hors du champ de l'amende. Sur un loyer de base régulier, il se règle devant la commission puis devant le juge — jamais par une amende. Ce qui n'ôte rien aux 10 800 €.
6. Les mentions obligatoires du bail en zone encadrée, et le prix de leur oubli
Dans les neuf territoires d'encadrement du niveau, le bail doit porter le loyer de référence et le loyer de référence majoré de la catégorie du logement, et justifier le complément s'il y en a un. Ces lignes manquent aux contrats types : elles s'ajoutent aux clauses habituelles de notre modèle de bail d'habitation pour une SCI.
Leur omission n'est pas une formalité. Mais elle est enfermée dans un calendrier serré — bonne nouvelle pour le bailleur. Le locataire doit mettre la SCI en demeure d'y remédier dans le mois qui suit la prise d'effet du bail. La société a un mois pour répondre. Le locataire a ensuite trois mois à compter de sa mise en demeure, et non trois mois de plus après la réponse, pour saisir le juge d'une action en diminution de loyer. Quatre mois au plus après l'entrée dans les lieux, et une ligne oubliée ne fait plus baisser le loyer.
L'annonce est le point aveugle. Toute annonce publiée en zone d'encadrement doit porter le loyer de base, le loyer de référence majoré et, le cas échéant, le complément. L'obligation pèse sur les professionnels depuis le 1er avril 2022, sur tous les bailleurs depuis le 1er juillet 2022. Deux textes la portent, et la sanction diffère :
- Par une agence : arrêté du 10 janvier 2017 sur l'information des consommateurs par les professionnels de la transaction immobilière, complété par celui du 26 janvier 2022. Le manquement est puni d'une amende de la répression des fraudes plafonnée à 3 000 € pour une personne physique et 15 000 € pour une personne morale (article L131-5 du code de la consommation), et c'est l'agence qui l'encourt.
- Par la SCI elle-même : article 2-1 de la loi du 6 juillet 1989 et arrêté du 21 avril 2022. Ces deux textes énoncent l'obligation et n'y attachent aucune amende.
On lit donc à tort qu'un bailleur risque 15 000 € pour une annonce mal rédigée. Pour une SCI qui diffuse sa propre annonce, cette amende n'existe pas dans les textes. Le vrai risque est ailleurs : l'annonce fait preuve. Un loyer affiché au-dessus du majoré, c'est le document qui déclenche le signalement, puis le contrôle du préfet. Là, l'amende du chapitre suivant est bien réelle.
Après régularisation, la quittance doit refléter le nouveau loyer : voir nos mentions obligatoires de la quittance de loyer en SCI.
7. Sanction du dépassement : mise en demeure, restitution et amende de 15 000 €
C'est le VII de l'article 140 de la loi ELAN qui organise la sanction — le seul endroit du dispositif où la forme juridique du bailleur compte. Les délais figurent dans ce VII lui-même ; le décret n° 2019-437 du 13 mai 2019 en règle les modalités d'application et le recouvrement de l'amende. Trois temps.
- Le constat et la mise en demeure. Le préfet met le bailleur en demeure de rectifier le contrat et de restituer les loyers trop perçus, dans un délai de deux mois.
- Le contradictoire. Le bailleur, informé de la sanction encourue, a un mois pour présenter ses observations. C'est là qu'une erreur de catégorie ou de surface se corrige sans amende.
- L'amende. Si la mise en demeure reste sans effet, le préfet prononce une amende administrative. Son plafond : 5 000 € pour une personne physique, 15 000 € pour une personne morale. Une SCI est une personne morale : c'est le second montant, toujours.
Cas chiffré — un T2 parisien loué 202 € au-dessus du plafond
SCI familiale, T2 de 40 m² non meublé. Ligne « secteur 11, 2 pièces, 1971-1990, location vide » de l'arrêté du 12 juin 2026 : loyer de référence majoré de 31,20 €/m². Bail de trois ans signé il y a 14 mois.
- Plafond légal : 40 × 31,20 = 1 248 € hors charges
- Loyer demandé : 1 450 € → dépassement de 202 € par mois
- Trop-perçu à restituer sur 14 mois : 202 × 14 = 2 828 €
- Recette perdue sur les 22 mois restants, loyer ramené au plafond : 202 × 22 = 4 444 €
- Amende encourue, personne morale : jusqu'à 15 000 €
- Décaissement maximal : 2 828 + 15 000 = 17 828 € — les 4 444 € ne sont pas une sortie de caisse mais un manque à gagner, déjà compris dans les 7 272 € que la SCI espérait encaisser
Ce que la SCI espérait gagner sur trois ans : 202 × 36 = 7 272 €. Ce qu'elle peut perdre : 17 828 €, près de deux fois et demie plus. Et 10 000 € de cet écart tiennent au seul fait que le bailleur est une société : le même appartement détenu en direct exposerait à 7 828 €.
Le locataire n'a pas besoin du préfet pour agir. L'article 7-1 de la loi du 6 juillet 1989 lui laisse trois ans pour réclamer le trop-perçu en diminution de loyer : sur notre T2, 7 272 € au terme de ce délai.
L'amende de l'encadrement n'exclut pas celle du permis de louer, l'autorisation préalable de mise en location : deux polices administratives distinctes peuvent viser le même bail. Ses 15 000 € ne sont pas les nôtres : là-bas, c'est la récidive ou le refus passé outre qui les déclenche, jamais la personnalité morale.
Reste l'intendance. L'avenant et le remboursement engagent la société : voir qui signe le bail d'une SCI. Leur traduction au journal figure dans nos écritures de loyers encaissés en SCI.
8. Encadrement des loyers et SCI : ce que la forme sociale ne change pas
Beaucoup cherchent ici une souplesse qui n'existe pas. Zonage, plafonds, calcul, mentions du bail, recours du locataire : tout est identique, que le logement appartienne à une personne physique ou à une société civile immobilière. Elle n'ouvre aucune dérogation et ne décale aucune date. Son seul effet propre est défavorable : le montant des amendes.
Quatre montages nous sont soumis pour « sortir » de l'encadrement. Même réponse aux quatre : ne faites pas ça.
- Créer une seconde SCI et lui vendre le bien. Le plafond s'attache au logement, pas au propriétaire : changer de bailleur ne réinitialise rien. Sur l'appartement du chapitre 7, la vente à une seconde SCI supporterait environ 6,32 % de droits de mutation, soit près de 19 000 € pour un bien de 300 000 € — payés pour un plafond qui n'aura pas bougé d'un euro.
- Meubler pour changer de régime. L'arrêté a une colonne meublé : le plafond est plus élevé, il existe quand même. Et la location meublée par une société civile est une activité commerciale, aux conséquences fiscales lourdes — voir la location meublée en SCI et ses risques. Un plafond échangé contre un changement d'impôt.
- Découper le bail en deux contrats. Un bail au plafond, plus une « redevance mobilier ». Le complément est le seul supplément que la loi admette : tout autre versement lié à l'occupation est restituable. Pas davantage en colocation, où l'article 8-1 de la loi de 1989 plafonne la somme des loyers au loyer du logement entier.
- Louer à un associé pour « sortir du marché ». Le plafond s'applique à l'identique, et le loyer de complaisance crée un second risque, fiscal — voir la location d'un bien de la SCI à l'un de ses associés.
Dernière confusion : un plafond de loyer n'est pas un impôt. La taxe dite Apparu, qui frappait les loyers élevés des petites surfaces, est supprimée depuis le 1er janvier 2020 — elle circule pourtant encore dans des simulateurs. Voir la taxe sur les loyers des micro-logements.
9. Fin de l'encadrement du niveau : le compte à rebours du 24 novembre 2026
L'expérimentation devait durer cinq ans ; la loi du 21 février 2022, dite 3DS — différenciation, décentralisation, déconcentration et simplification —, l'a portée à huit, à compter de la publication de la loi ELAN. Celle-ci a paru au Journal officiel du 24 novembre 2018 : le terme tombe le 24 novembre 2026 à minuit. C'est la lecture de l'administration : l'arrêté parisien du 12 juin 2026 arrête son application à cette date, minuit fermant le 24. Vous lirez ailleurs « 23 novembre », ou « 25 ». Si vous signez un bail cette semaine-là, fiez-vous à l'arrêté.
Aucun texte de prorogation n'est adopté à ce jour. Une proposition de loi du député Iñaki Echaniz, votée par l'Assemblée nationale le 11 décembre 2025 par 105 voix contre 56, attend son examen au Sénat. Le ministre du logement Vincent Jeanbrun, hostile au dispositif, a ouvert fin mai 2026 une concertation avec les villes concernées, puis s'est dit prêt fin juin à une prorogation transitoire de deux ans réservée aux communes déjà engagées. Rien n'est voté.
Ce qui survit dans tous les cas : le plafonnement de la hausse en zone tendue. Le décret du 20 juillet 2026 court jusqu'au 31 juillet 2027, indépendamment de l'expérimentation : une SCI marseillaise ou nantaise ne verra rien changer.
Ce que votre SCI fait maintenant :
- Ne pariez pas sur la sortie. Aucune disposition transitoire n'a été écrite, mais la lecture dominante est celle de la survie de la loi ancienne : un bail signé le 15 novembre 2026 resterait encadré pour toute sa durée. Sur notre T2 à 1 248 €, gagner trois mois sur un dépassement de 202 € rapporte 606 € et expose aux 17 828 € du chapitre 7.
- Conservez trois ans de justificatifs : arrêté applicable au jour de la signature, calcul de la surface, pièces du complément. C'est la durée pendant laquelle le locataire peut agir, et elle survit à l'expérimentation. Les pièces comptables se gardent six ans (article L102 B du livre des procédures fiscales) : sur le quittancier, retenez la plus longue des deux.
10. Les cinq erreurs d'encadrement qui coûtent le plus cher à une SCI
| Erreur | Coût estimé pour la SCI |
|---|---|
| Reconduire le loyer du bail précédent sans rouvrir l'arrêté de l'année | 2 828 € de restitution + jusqu'à 15 000 € d'amende |
| Oublier de porter au bail le loyer de référence et le loyer de référence majoré | Action en diminution dans les quatre mois : 4 444 € de recette perdue sur notre T2 |
| Justifier un complément de loyer par du confort ordinaire | 10 800 € sur un bail de trois ans |
| Relouer « au prix du marché » en zone tendue | 1 327,68 € par an, réclamables trois ans |
| Appliquer une majoration travaux sans facture ni ventilation | Majoration annulée : retour de 889,36 € à 789,36 € |
Aucune de ces cinq erreurs ne suppose une mauvaise intention. Un arrêté change chaque année, une annonce se rédige vite, et 200 € de trop par mois ne ressemblent pas à un risque de 17 828 €. C'est pourtant ce que c'est.
11. Questions fréquentes sur l'encadrement des loyers en SCI
L'encadrement des loyers s'applique-t-il aux locations meublées ?
Oui, aux deux dispositifs. L'arrêté préfectoral comporte une colonne « meublé », avec un loyer de référence plus élevé que pour le nu, mais tout aussi plafonné. Et l'encadrement de l'évolution s'applique aussi aux meublés : le décret ne le dit pas lui-même, c'est l'article 25-9 de la loi du 6 juillet 1989 qui y rend applicable l'article 18, sur lequel le décret est pris. Meubler ne fait pas sortir du champ : cela change la ligne de l'arrêté, pas la règle.
Un nouvel arrêté sort en cours de bail : dois-je ajuster le loyer ?
Non, et c'est une des rares bonnes nouvelles du dispositif. Le plafond s'apprécie au jour où le loyer se fixe, c'est-à-dire à la signature ou à la relocation. Un arrêté publié ensuite ne rouvre pas un bail en cours : celui-ci ne bouge que par la clause de révision annuelle. L'arrêté nouveau redevient en revanche la référence au renouvellement, et c'est lui qu'il faut rouvrir à ce moment-là. Conservez donc l'arrêté en vigueur au jour de la signature : c'est cette version-là qui vous défend, pas celle de l'année du contrôle.
Puis-je augmenter le loyer entre deux locataires ?
Hors zone tendue et hors territoire d'encadrement : oui, librement. Une seule exception, mais elle est nationale. Un logement classé F ou G au diagnostic de performance énergétique ne peut pas dépasser le dernier loyer du locataire sortant, même hors zone tendue : II de l'article 17 de la loi du 6 juillet 1989. En zone tendue : non. Le décret du 20 juillet 2026, qui proroge celui du 27 juillet 2017, vous ramène au dernier loyer du locataire sortant, éventuellement indexé sur l'indice de référence des loyers si aucune révision n'est intervenue depuis douze mois. Les seules sorties sont les trois dérogations de l'article 4 du décret de 2017 — travaux d'amélioration, loyer manifestement sous-évalué, travaux lourds de moins de six mois — et toutes trois se chiffrent.
Le locataire sous-loue une chambre : mon plafond change-t-il ?
Le vôtre, non. Mais la sous-location a le sien. L'article 8 de la loi du 6 juillet 1989 la subordonne à votre accord écrit, et impose que le prix au mètre carré de surface habitable des locaux sous-loués n'excède pas celui que paie le locataire principal. Autrement dit, votre propre plafond se transmet à la sous-location par ce détour. Une SCI qui découvre une sous-location au-dessus de ce prix a deux griefs distincts : le défaut d'accord et le dépassement.
Que risque concrètement ma SCI si elle dépasse le plafond ?
Trois choses, et elles se cumulent. La restitution du trop-perçu au locataire. La perte de recette sur la durée restante du bail, une fois le loyer ramené au plafond. Et une amende administrative du préfet pouvant atteindre 15 000 €. Pour le même dépassement, un bailleur particulier plafonnerait à 5 000 €.
L'encadrement s'applique-t-il si la SCI loue à l'un de ses associés ?
Oui, sans aménagement : le plafond s'attache au logement, pas à l'identité du locataire. Le loyer consenti à un associé subit donc deux contraintes en sens inverse. Ne pas dépasser le plafond réglementaire. Et ne pas descendre nettement sous le loyer de marché, sous peine d'exposer la société à une remise en cause fiscale de ses charges.
Le bail porte aussi sur une cave, un box et un jardin : quelle surface retenir ?
La seule surface habitable, telle que la définit l'article R156-1 du code de la construction et de l'habitation. Cave, box, jardin, balcon, terrasse et combles non aménagés n'ajoutent pas un mètre carré à votre plafond. Ils ajoutent pourtant de la valeur au bien : c'est une des injustices structurelles du dispositif, et elle ne se corrige pas en gonflant la surface déclarée. La seule voie ouverte est le complément de loyer, à condition que l'annexe soit vraiment hors du commun — une terrasse de 25 m² sur cour, oui ; une cave, non.
Le bail mobilité et le bail étudiant sont-ils concernés ?
Oui, tous deux relèvent de l'arrêté préfectoral au titre du meublé. Une réserve textuelle vise le bail mobilité en matière de complément de loyer, mais sa portée n'est pas fixée. Selon les lectures, elle ferme la saisine de la commission départementale de conciliation, ou elle écarte seulement le délai de trois mois. Aucune décision publiée ne tranche. Ne fondez pas un complément sur cette incertitude.
Un local professionnel ou un bail mixte est-il concerné ?
Il faut séparer les deux cas, et beaucoup de pages les confondent. Un local purement professionnel : non, il obéit à d'autres indices et à d'autres règles de révision. Un bail mixte professionnel et habitation, quand le logement est la résidence principale du preneur : oui. L'article 2 de la loi du 6 juillet 1989 range expressément ces baux dans son champ, et l'encadrement suit le champ de la loi. Une SCI qui loue à une profession libérale y ayant sa résidence principale reste donc plafonnée.
Qui signe la régularisation au nom de la SCI ?
Le gérant, dans la limite de l'objet social et des pouvoirs que lui donnent les statuts. Un avenant de mise en conformité et un remboursement au locataire sont des actes de gestion courante : ils n'appellent pas de décision collective des associés, sauf clause statutaire particulière. En cas de cogérance, vérifiez la clause de signature avant d'engager la société.
Peut-on cumuler l'amende d'encadrement et celle du permis de louer ?
Oui. Ce sont deux polices administratives distinctes : dépasser le plafond de loyer d'un côté, louer sans autorisation préalable de l'autre. Rien n'interdit qu'elles visent le même bail. Mais ne transposez pas le barème. Celle du permis de louer est prononcée par le maire ou le président de l'établissement public de coopération intercommunale, et elle plafonne à 5 000 €. Elle monte à 15 000 € dans deux cas : un nouveau manquement dans les trois ans, ou une mise en location malgré une décision de rejet de la demande d'autorisation (article L635-7 du code de la construction et de l'habitation). Elle ignore la forme juridique du bailleur.
Les charges et la taxe d'ordures ménagères entrent-elles dans le plafond ?
Non : le plafond porte sur le loyer hors charges. Les provisions pour charges récupérables et la taxe d'enlèvement des ordures ménagères se facturent en plus, mais elles doivent correspondre à des dépenses réelles et être régularisées chaque année. Les gonfler pour compenser un loyer plafonné est un contournement classique, et il se voit à la première régularisation.
Comment comptabiliser le trop-perçu restitué au locataire ?
Le remboursement n'est pas une charge de l'exercice : c'est l'annulation d'un produit déjà enregistré. On contrepasse la fraction de loyer indûment comptabilisée et on constate une dette envers le locataire tant qu'elle n'est pas réglée. Traiter la restitution comme une charge déductible fausse le résultat et se repère au premier contrôle.
Que deviennent mes baux si l'expérimentation s'arrête le 24 novembre 2026 ?
Rien, selon toute vraisemblance, pour ceux qui sont en cours — mais disons-le comme c'est : ni la loi ELAN, ni la loi du 21 février 2022, ni l'arrêté préfectoral ne comportent la moindre disposition transitoire. La solution repose sur le principe de survie de la loi ancienne en matière contractuelle, selon lequel un contrat reste régi par les règles en vigueur au jour de sa conclusion. C'est l'interprétation dominante, pas une règle écrite. Dans cette lecture, un loyer plafonné le reste jusqu'au terme du bail, et le locataire garde trois ans pour agir en restitution. Ce qui change, ce sont les baux signés après le terme — et seulement pour l'encadrement du niveau, le plafonnement de la hausse en zone tendue courant jusqu'au 31 juillet 2027.
Une SCI qui loue, c'est aussi une comptabilité et une déclaration
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