SCI et compte bancaire à l'étranger : l'obligation de déclaration
Un formulaire de trois lignes. 1 500 € par compte et par année d'oubli. Il porte le numéro 3916, presque aucune SCI ne le remplit, et l'obligation qu'il matérialise n'a rien d'ésotérique : une SCI qui détient un compte bancaire à l'étranger doit le déclarer chaque année, point. On imagine des comptes suisses et des montages à tiroirs. La réalité est infiniment plus banale — la SCI familiale qui a ouvert un compte de néobanque un dimanche soir parce que c'était gratuit et que l'IBAN arrivait en dix minutes, ou celle qui encaisse les loyers d'un T2 à Alicante sur un compte espagnol parce que le syndic local n'accepte rien d'autre. Dans les deux cas, l'article 1649 A du Code général des impôts s'applique. Et l'administration, elle, sait déjà que le compte existe : la banque lituanienne le lui a dit.
Je vois passer ce dossier plusieurs fois par an chez sci-ai.app, toujours avec la même phrase du gérant : « personne ne m'en avait parlé ». Ce guide reprend donc le sujet dans l'ordre où il se pose. Qui doit déclarer. Quels comptes, exactement. Quand et sur quel imprimé. Ce qui échappe à l'obligation. Ce que l'on risque vraiment — chiffres à l'appui, sur un cas réel. Et, pour ceux qui découvrent le sujet avec dix ans de retard, comment régulariser sans aggraver leur cas.
Rédigé par Quentin Hagnéré, fondateur de sci-ai.app, et vérifié contre les sources officielles (CGI, Livre des procédures fiscales, BOFiP, impots.gouv.fr). Mis à jour le 27 juillet 2026.
Sommaire
- Le principe : l'article 1649 A vise expressément les SCI
- Qui déclare quoi : la SCI, l'associé, le gérant
- Le formulaire 3916 / 3916-bis : quand et comment
- Quels comptes bancaires à l'étranger sont concernés
- Actifs numériques et contrats souscrits hors de France
- Ce qui n'est pas à déclarer sur le 3916
- Sanctions : amende de 1 500 €, présomption, dix ans
- Cas pratique chiffré : la SCI qui encaisse sur une néobanque
- Pourquoi l'administration le sait déjà (CRS, DAC2, DAC8)
- Régulariser un compte à l'étranger jamais déclaré
- Checklist de conformité annuelle
- FAQ
1. Le principe : l'article 1649 A vise expressément les SCI
Le texte, mot pour mot
Le deuxième alinéa de l'article 1649 A du CGI tient en une phrase. C'est ce qui le rend redoutable : rien à interpréter, rien à négocier.
« Les personnes physiques, les associations, les sociétés n'ayant pas la forme commerciale, domiciliées ou établies en France, sont tenues de déclarer, en même temps que leur déclaration de revenus ou de résultats, les références des comptes ouverts, détenus, utilisés ou clos à l'étranger. »
Les particuliers, les associations, et les sociétés n'ayant pas la forme commerciale. Une SCI est une société civile : par construction, elle n'a pas la forme commerciale. Elle est dans le champ, sans discussion possible. Le BOFiP prend d'ailleurs la peine de dresser la liste — SCP, SCM, sociétés civiles immobilières, SCPI, EARL, GFA, GIE (BOI-CF-CPF-30-20, § 70). Difficile de plaider l'ambiguïté.
Le plus déroutant vient ensuite. Une SAS ou une SARL, elles, ne sont pas soumises à cette obligation déclarative annuelle : elles ont la forme commerciale, leurs comptes étrangers remontent par d'autres canaux, essentiellement comptables. Autrement dit, un gérant qui pilote par ailleurs une SAS depuis quinze ans n'a jamais rencontré ce formulaire — et découvre, en achetant un bien via une SCI, qu'il relève désormais du même régime déclaratif qu'un particulier. C'est contre-intuitif, et c'est exactement pour cela que l'oubli est massif.
Les quatre faits générateurs
Quatre verbes dans le texte. Chacun suffit, à lui seul, à déclencher l'obligation — ils ne se cumulent pas, ils s'additionnent comme autant de portes d'entrée.
| Fait générateur | Ce que cela recouvre |
|---|---|
| Ouvert | Le compte a été ouvert au cours de l'exercice, même s'il n'a jamais fonctionné ensuite. |
| Détenu | Le compte existe au nom de la SCI, même sans aucun mouvement dans l'année. Mot ajouté par l'article 7 de la loi n° 2018-898 du 23 octobre 2018, applicable depuis le 1er janvier 2019 : c'est le durcissement majeur du dispositif. |
| Utilisé | Au moins une opération de crédit ou de débit pendant la période déclarée (article 344 A, III de l'annexe III au CGI), y compris sur un compte dont la SCI n'est pas titulaire mais sur lequel elle dispose d'une procuration. Le Conseil d'État a jugé que les seuls intérêts crédités par la banque ou les frais de tenue de compte prélevés par elle ne caractérisent pas un usage (CE, 4 mars 2019, n° 410492). |
| Clos | La fermeture du compte pendant l'exercice oblige à le déclarer une dernière fois, avec sa date de clôture. |
Un mot a tout changé : « détenus ». Avant 2019, un compte dormant à zéro euro passait entre les mailles — ni ouvert, ni utilisé, ni clos dans l'année, donc rien à déclarer. Depuis l'ajout de ce mot par la loi de 2018 contre la fraude, la seule existence du compte suffit. Le compte ouvert en 2021 pour tester une néobanque, laissé à 4,80 € et jamais rouvert depuis, doit figurer sur la déclaration de 2022, celle de 2023, celle de 2024, et ainsi de suite jusqu'à sa fermeture effective. À l'été 2026, cinq exercices restent non prescrits — 2021 à 2025 — sur un compte à 4,80 € : 7 500 € d'amende.
Le critère géographique : l'établissement, pas l'IBAN
« À l'étranger », dit le texte. Reste à savoir ce qui est étranger, et l'intuition se trompe souvent. L'article 344 A, I de l'annexe III au CGI vise les comptes ouverts auprès de toute personne de droit privé ou public qui reçoit habituellement en dépôt des valeurs mobilières, titres ou fonds : banque, prestataire de services d'investissement, établissement de paiement ou de monnaie électronique, mais aussi administration publique, notaire ou agent de change (BOI-CF-CPF-30-20, § 120). Ce qui compte, c'est donc le lieu d'établissement de l'organisme qui tient le compte. Pas l'endroit où l'argent va, pas l'endroit où vous vivez.
D'où deux conséquences que la plupart des gérants lisent à l'envers :
- Un compte ouvert auprès de la succursale étrangère d'une banque française (par exemple l'agence luxembourgeoise ou marocaine d'un grand réseau français) est, selon l'interprétation dominante de ce critère, à déclarer — la doctrine administrative ne consacre pas de développement exprès aux succursales, ce qui invite à la prudence plutôt qu'à l'omission.
- Symétriquement, un compte ouvert auprès d'un établissement situé en France — y compris la succursale française d'un établissement européen — n'est pas à déclarer, même s'il ne sert qu'à des opérations à l'étranger : payer le syndic d'un immeuble portugais depuis un compte parisien ne crée aucune obligation.
Le code pays de l'IBAN reste un indice commode, pas le critère de droit. LT, DE, NL, BE : le compte est presque à coup sûr tenu hors de France. Mais l'inverse n'est plus vrai depuis que plusieurs établissements européens ont ouvert une succursale française et basculé une partie de leur clientèle sur des IBAN en FR. Deux clients de la même application, un IBAN lituanien et un IBAN français, deux obligations différentes. La seule question qui vaille : quelle entité, dans quel pays, tient effectivement ce compte à la date considérée ?
À retenir : dès lors que la SCI dépose une déclaration de résultats, cette obligation ne dépend d'aucun autre paramètre fiscal. IR ou IS, bénéficiaire ou déficitaire, un studio ou douze immeubles : elle s'applique à l'identique. C'est une obligation déclarative autonome, sanctionnée pour elle-même, indépendamment de tout impôt éludé. Seule exception, tirée du § 80 du BOI-CF-CPF-30-20 : la société civile dispensée de souscrire une déclaration de résultats — voir le chapitre 6.
2. Qui déclare quoi : la SCI, l'associé, le gérant
Vient ensuite la question qui embrouille tout le monde : qui remplit le formulaire ? Réponse : il n'y a pas une déclaration, il y en a potentiellement trois, portées par des personnes distinctes, sur des supports distincts, avec des échéances distinctes. La SCI, l'associé et le gérant peuvent devoir déposer chacun leur 3916 la même année. Aucun ne dispense l'autre. J'ai vu un gérant convaincu d'être en règle parce qu'il avait déclaré le compte sur sa 2042 personnelle : le compte étant au nom de la SCI, c'était la SCI qui devait le déclarer, et l'amende est tombée quand même.
| Qui | Déclare quoi | Sur quel support |
|---|---|---|
| La SCI | Les comptes étrangers dont elle est titulaire, co-titulaire, bénéficiaire économique ou ayant droit économique — et ceux qu'elle a utilisés par procuration, c'est-à-dire sur lesquels elle a effectué au moins une opération de crédit ou de débit dans l'exercice | 3916 annexé à la 2072 (IR) ou à la 2065 (IS) |
| L'associé personne physique | Ses propres comptes étrangers, ceux de son foyer fiscal, et ceux qu'il a fait fonctionner par procuration au cours de l'année | 3916 annexé à sa 2042 |
| Le gérant | Rien au titre de la SCI en tant que telle — mais s'il a fait fonctionner par procuration un compte étranger, y compris celui de la SCI, cela relève de sa situation personnelle | 3916 annexé à sa 2042 le cas échéant |
| L'associé personne morale commerciale | Non concerné par l'obligation de l'article 1649 A (forme commerciale) | — |
La notion de détention est large
Détenir, ici, ne veut pas dire seulement « être titulaire ». La SCI est concernée dès lors qu'elle est titulaire, co-titulaire, bénéficiaire économique ou ayant droit économique du compte. C'est le bénéficiaire économique qui piège les montages à étages : une SCI française qui contrôle une structure étrangère elle-même titulaire d'un compte peut être regardée comme la véritable détentrice de ce compte. On retrouve exactement la logique du registre des bénéficiaires effectifs — remonter la chaîne jusqu'à la personne réelle, quel que soit le nombre de coquilles intermédiaires.
Une précision qui évite bien des déclarations inutiles : la procuration n'est pas, à elle seule, un cas de détention. Le III de l'article 344 A de l'annexe III au CGI définit le compte détenu par la seule qualité de titulaire, co-titulaire, bénéficiaire ou ayant droit économique ; il ne rattache la procuration qu'à la notion de compte utilisé, laquelle suppose « au moins une opération de crédit ou de débit pendant la période visée par la déclaration », que l'on soit titulaire ou que l'on ait agi par procuration. Une procuration jamais exercée sur un compte étranger ne déclenche donc aucune obligation — lecture restrictive que le Conseil d'État a confirmée en écartant les seuls intérêts et frais bancaires (CE, 4 mars 2019, n° 410492).
Le cas de la SCI non-résidente
L'obligation vise les sociétés « domiciliées ou établies en France ». Une société civile de droit étranger, établie hors de France, n'entre donc pas dans le champ de l'article 1649 A, même si elle détient un immeuble français — elle relève d'autres obligations, notamment celles décrites dans nos guides sur la taxe de 3 % sur la valeur vénale des immeubles et sur les sociétés étrangères détenant de l'immobilier en France.
La configuration inverse est beaucoup plus fréquente, et beaucoup plus piégeuse. Une SCI française dont les associés vivent tous à Dubaï, à Londres ou à Genève reste une société établie en France : siège social en France, déclaration de résultats déposée en France, obligation pleine et entière. La résidence des associés n'y change rien. C'est un point que nous détaillons dans le guide SCI et associés non-résidents, qui traite de la résidence fiscale des personnes — un sujet voisin, mais distinct de la localisation du compte bancaire.
3. Le formulaire 3916 / 3916-bis : quand et comment
Un imprimé unique pour trois obligations
Depuis la campagne 2020, l'administration a fusionné plusieurs déclarations en un seul imprimé, le n° 3916 / 3916-bis (cerfa n° 11916), intitulé « Déclaration par un résident d'un compte ouvert, détenu, utilisé ou clos à l'étranger ou d'un contrat de capitalisation ou placement de même nature souscrit hors de France » (BOI-CF-CPF-30-20, § 190). Il couvre :
- les comptes bancaires ouverts hors de France (article 1649 A du CGI) ;
- les portefeuilles de crypto-actifs et actifs numériques détenus hors de France (article 1649 bis C du CGI) ;
- les contrats de capitalisation et placements de même nature, dont l'assurance-vie, souscrits hors de France (article 1649 AA du CGI).
Le formulaire indique lui-même à qui il s'adresse : particuliers, associations et sociétés n'ayant pas la forme commerciale. On lit parfois qu'il existerait un imprimé « personnes morales » réservé aux sociétés. Il n'en existe pas. C'est bien ce formulaire-là, celui que remplit aussi votre voisin pour son compte espagnol, que votre SCI doit utiliser.
Une déclaration par compte
« Il doit être procédé à une déclaration par compte ouvert, détenu, utilisé ou clos à l'étranger », précise le BOFiP (BOI-CF-CPF-30-20, § 180). Trois comptes étrangers signifient trois formulaires 3916 joints à la même déclaration de résultats. Les mentions exigées par l'article 344 B de l'annexe III au CGI sont :
- la désignation et l'adresse de l'établissement teneur du compte ;
- le numéro et la nature du compte (compte courant, compte de dépôt, compte-titres, compte de monnaie électronique) ;
- l'usage du compte : privé, professionnel, ou mixte ;
- la date d'ouverture et, le cas échéant, la date de clôture au cours de l'exercice ;
- les éléments d'identification du déclarant et du titulaire du compte : dénomination sociale, SIREN, adresse du siège.
Remarquez ce qui ne figure pas dans cette liste : le solde. On ne vous demande pas combien il y a sur le compte. Cela surprend, puis cela s'éclaire — le 3916 est un outil de traçabilité, pas d'assiette. Le solde, l'administration l'obtient de son côté, par l'échange automatique d'informations. Le formulaire n'a qu'une fonction : lui permettre de rapprocher ce qu'elle sait déjà de ce que vous déclarez.
Quand la déposer
« En même temps que la déclaration de revenus ou de résultats », dit le texte. Pour une SCI, cela signifie :
| Régime de la SCI | Déclaration support | Échéance de référence |
|---|---|---|
| SCI à l'IR | Déclaration 2072-S ou 2072-C | Échéance de mai (exercice civil) |
| SCI à l'IS, clôture au 31/12 | Déclaration 2065 + liasse | Échéance de mai |
| SCI à l'IS, exercice décalé | Déclaration 2065 + liasse | Dans les 3 mois de la clôture |
Une exigence de forme, enfin, que presque personne ne lit : la déclaration doit être datée et signée par le représentant légal — le gérant — ou par un mandataire spécialement désigné, et jointe à la déclaration de résultats déposée auprès du service dont dépend le siège social (BOI-CF-CPF-30-20, § 210). Un 3916 non signé est un 3916 fragile.
Toutes les échéances d'une SCI, y compris les obligations satellites que l'on découvre en général trop tard, sont réunies dans notre calendrier fiscal SCI. Le 3916 y figure désormais à sa place : pas une formalité annexe, une pièce de la déclaration annuelle au même titre que la liasse.
Erreur classique : envoyer le 3916 « quand on y pense », détaché de toute déclaration de résultats. Un imprimé isolé, posté six mois après l'échéance, ne satisfait pas la condition de simultanéité : l'infraction subsiste. Cela reste infiniment préférable au silence — une démarche spontanée est toujours mieux reçue — mais ne croyez pas le sujet clos pour autant.
Ne rien oublier avec SCI-AI
Tous les comptes de la SCI au même endroit, la déclaration annuelle préparée, et des rappels sur les obligations satellites — comptes détenus hors de France compris. On ne découvre plus une obligation le jour où le courrier arrive.
4. Quels comptes bancaires à l'étranger sont concernés (néobanques comprises)
Savoir remplir le 3916 ne sert à rien tant qu'on ignore quels comptes y porter. Et c'est bien là que tout se joue. Dans l'immense majorité des dossiers que je vois, il n'y a aucune volonté de dissimuler quoi que ce soit : le gérant n'avait tout simplement pas identifié son compte comme un compte bancaire à l'étranger. Pour lui, c'était « le compte de la SCI ». Rien de plus.
Bien au-delà du compte bancaire classique
Le texte vise les comptes ouverts auprès de toute personne de droit privé ou public qui reçoit habituellement en dépôt des valeurs mobilières, titres ou fonds (article 344 A, I de l'annexe III au CGI). La formule est délibérément élastique. Concrètement, elle attrape :
- les comptes courants et comptes de dépôt ouverts dans une banque étrangère ;
- les comptes d'épargne, comptes à terme, comptes-titres ;
- les comptes de monnaie électronique et comptes de paiement ouverts auprès d'établissements agréés hors de France ;
- les comptes ouverts auprès d'un notaire, d'un avocat ou d'un séquestre étranger recevant habituellement des fonds en dépôt ;
- les comptes ouverts auprès d'une plateforme d'encaissement de loyers établie hors de France.
Le cas des néobanques : la zone d'angle mort
Voilà le vrai foyer du risque. Tout, dans l'expérience, dit « français » : interface en français, service client en français, carte livrée à Bordeaux en trois jours, virements SEPA instantanés vers votre banque historique, prélèvement de l'assurance PNO qui passe sans encombre. Rien, absolument rien, ne signale au gérant que l'entité qui tient le compte est immatriculée à Vilnius, Berlin, Amsterdam ou Bruxelles. Le seul endroit où l'information figure, ce sont les conditions générales — que personne ne lit. Et depuis que plusieurs de ces établissements ont ouvert une succursale française et migré une partie de leur clientèle vers des IBAN en FR, deux comptes ouverts dans la même application à deux ans d'intervalle peuvent relever de régimes opposés.
| Configuration | Entité teneuse du compte | À déclarer ? |
|---|---|---|
| Néobanque européenne, IBAN LT / DE / NL / BE | Entité établie en Lituanie, en Allemagne, aux Pays-Bas ou en Belgique | Oui |
| Même néobanque, compte migré vers sa succursale française (IBAN FR) | Succursale établie en France | Non, à compter de la migration |
| Année de la migration LT/DE → FR | Compte détenu hors de France une partie de l'année | Oui, au titre de cette année |
| Compte-titres ou portefeuille de crypto-actifs logé dans la même application | Entité juridique distincte, fréquemment établie hors de France | Oui, quel que soit l'IBAN du compte courant |
| Banque française classique | Établissement situé en France | Non |
| Succursale étrangère d'une banque française (Luxembourg, Maroc…) | Établissement situé hors de France | Oui |
Ce tableau raisonne par configuration, et non par marque : les structures juridiques des néobanques évoluent vite (créations de succursales françaises, migrations d'IBAN, filialisation des activités titres et crypto-actifs). Vérifiez systématiquement, sur vos conditions générales ou votre relevé, l'identité et le pays de l'entité qui tient votre compte à la date considérée. C'est elle, et elle seule, qui détermine l'obligation.
Le test tient en un geste : ouvrez votre dernier relevé et lisez l'en-tête. Raison sociale, adresse. Si l'adresse n'est pas en France, le compte se déclare. Ni la gratuité, ni la langue de l'interface, ni le fait que vous rapatriiez les loyers chaque mois sur votre compte parisien n'entrent dans l'équation. Un dernier réflexe, souvent oublié : le mot « détenus » joue aussi au prorata. Un compte tenu hors de France ne serait-ce que trois mois dans l'exercice doit figurer sur la déclaration de cet exercice — même s'il a été repris ensuite par une succursale française.
Le compte du bien situé à l'étranger
Achetez un bien à Valence, à Lisbonne, à Milan ou à Bruxelles, et vous n'aurez pas vraiment le choix : le notaire local, le syndic, la régie des eaux et le fisc du pays réclament tous un compte domestique pour prélever. Ce compte est à déclarer, évidemment. Et l'oublier coûte double, puisque l'omission se superpose aux obligations propres aux revenus de source étrangère — que nous traitons dans le guide SCI détenant un bien à l'étranger. Ce guide-là parle de l'immeuble et de la convention fiscale. Celui que vous lisez parle du compte. Deux obligations distinctes, qui se cumulent sans se remplacer.
Rappel utile pour finir : la SCI doit de toute façon disposer d'un compte bancaire dédié. Le compte étranger ne coche pas cette case à sa place. Il s'ajoute — avec ses propres formalités.
5. Actifs numériques et contrats souscrits hors de France
Le 3916 ne se limite pas aux comptes bancaires. Deux autres obligations, fondées sur des textes différents et sanctionnées différemment, atterrissent sur le même imprimé. La première commence à concerner de vraies SCI ; la seconde, plus rare, n'est pas pour autant théorique. Les connaître évite surtout une chose : les confondre avec l'article 1649 A, dont elles ne partagent ni le champ ni le barème.
Les portefeuilles de crypto-actifs (article 1649 bis C)
L'article 1649 bis C du CGI a été créé par l'article 41 de la loi n° 2018-1317 du 28 décembre 2018 de finances pour 2019, sous l'intitulé « déclaration relative aux actifs numériques ». Il a depuis été profondément remanié par l'ordonnance n° 2024-936 du 15 octobre 2024, puis par l'article 91 de la loi n° 2026-534 du 25 juin 2026. Dans sa rédaction en vigueur depuis le 1er juillet 2026, il impose de déclarer, en même temps que la déclaration de revenus ou de résultats, les références des portefeuilles de crypto-actifs soumis au règlement (UE) 2023/1114 du 31 mai 2023 (dit « MiCA ») ouverts, détenus, utilisés ou clos auprès d'entreprises, personnes morales, institutions ou organismes établis à l'étranger, ainsi que celles des crypto-actifs uniques et non fongibles (les NFT, au sens du 3 de l'article 2 du même règlement) détenus ou utilisés à l'étranger.
Une différence de champ à ne pas manquer : contrairement à l'article 1649 A, l'article 1649 bis C ne se limite plus aux sociétés n'ayant pas la forme commerciale. Il vise « les personnes ou les entités juridiques, domiciliées ou établies en France ». Sur le terrain des crypto-actifs, une SAS ou une SARL est donc concernée au même titre qu'une SCI — l'extension aux personnes autres que les particuliers, associations et sociétés civiles s'applique aux déclarations à déposer depuis le 1er janvier 2024.
Rare, mais pas théorique : une SCI qui a logé 40 000 € de trésorerie excédentaire sur une plateforme d'échange établie hors de France est pleinement concernée. Cela dit, avant même de parler du 3916, la vraie question est ailleurs — un tel placement entre-t-il dans l'objet social, et sert-il l'intérêt de la société ? Nous l'abordons frontalement dans notre guide sur la façon de placer la trésorerie d'une SCI.
Les sanctions, ici, ont leur propre barème (article 1736, X du CGI) :
- 750 € par portefeuille de crypto-actifs ou par crypto-actif unique et non fongible non déclaré ;
- 125 € par omission ou inexactitude ;
- dans la limite de 10 000 € par déclaration ;
- montants portés à 1 500 € et 250 € lorsque la valeur vénale des portefeuilles ou des crypto-actifs détenus à l'étranger excède 50 000 € à un moment quelconque de l'année soumise à l'obligation déclarative.
Les contrats souscrits hors de France (article 1649 AA)
L'article 1649 AA du CGI impose de déclarer les contrats de capitalisation et placements de même nature, notamment les contrats d'assurance-vie, souscrits auprès d'organismes établis hors de France. Doivent être indiqués les références du contrat, sa date d'effet, sa durée, les opérations de versement et de remboursement de l'année, et, le cas échéant, la valeur de rachat.
Attention à ne pas réduire ce texte à l'assurance-vie. Une société civile ne souscrit effectivement pas d'assurance-vie — l'assuré doit être une personne physique. Mais l'article 1649 AA vise aussi, et surtout, les contrats de capitalisation, qu'une personne morale peut parfaitement souscrire. L'hypothèse est donc rare pour une SCI à l'IR, mais bien réelle pour une SCI patrimoniale à l'IS disposant d'une trésorerie longue et placée sur un contrat de capitalisation étranger, luxembourgeois notamment : ce contrat doit être porté sur le 3916, sous peine de l'amende de l'article 1766. Pour les associés, le sujet revient encore plus souvent — typiquement dans les patrimoines où des parts de SCI et un contrat luxembourgeois voisinent depuis vingt ans. Nous démêlons cette articulation dans le guide SCI et assurance-vie.
La sanction est ici l'amende de l'article 1766 du CGI : 1 500 € par contrat non déclaré, portée à 10 000 € lorsque le contrat est souscrit dans un État ou territoire n'ayant pas conclu avec la France de convention d'assistance administrative permettant l'accès aux renseignements bancaires.
6. Ce qui n'est pas à déclarer sur le 3916
L'obligation est large, mais elle a des bords. Déclarer ce qui n'a pas à l'être n'apporte rien et alourdit inutilement le dossier. Quatre cas d'exclusion intéressent réellement une SCI. Le reste — et c'est là que les mauvaises surprises arrivent — n'est pas exclu du tout.
La SCI dispensée de déclaration de résultats
C'est l'exclusion la plus méconnue, et elle découle mécaniquement du texte : l'article 1649 A impose de déclarer « en même temps que leur déclaration de revenus ou de résultats ». Pas de déclaration support, pas de 3916. Le BOFiP le dit expressément en écartant du champ « les sociétés à forme non commerciale qui sont dispensées de souscrire une déclaration de résultats » (BOI-CF-CPF-30-20, § 80), en visant nommément les sociétés civiles immobilières non transparentes qui affectent gratuitement à leurs associés des logements dont elles sont propriétaires.
Concrètement, la SCI de gestion familiale dont les associés personnes physiques se réservent la jouissance des immeubles, et qui n'a à ce titre aucune 2072 à déposer, n'est pas tenue au 3916. Attention toutefois : cette dispense est fragile et s'évanouit au premier euro de loyer perçu, à la première option pour l'IS, à la première année où une déclaration de résultats redevient exigible. Le jour où la SCI redépose une 2072 ou une 2065, le compte étranger doit y être annexé.
Les comptes tenus par un établissement situé en France
Le cas le plus simple, et de loin le plus fréquent. L'usage du compte n'a aucune importance : tenu par une banque établie en France, il sort du champ de l'article 1649 A. Même s'il ne sert qu'à financer des travaux dans un appartement à Porto, à encaisser des loyers en francs suisses ou à rembourser un prêt souscrit en Belgique.
Les comptes de paiement en ligne adossés, sous 10 000 €
Le BOFiP prévoit une exclusion pour les comptes de type portefeuille de paiement en ligne, à trois conditions cumulatives (BOI-CF-CPF-30-20, § 85) :
| Condition | Détail |
|---|---|
| Objet du compte | Le compte a pour objet de réaliser en ligne des paiements d'achats ou des encaissements afférents à des ventes. |
| Adossement | Son ouverture suppose la détention d'un autre compte ouvert en France, auquel il est adossé. |
| Seuil | La somme des encaissements annuels crédités sur ce compte et afférents à des ventes réalisées par son titulaire n'excède pas 10 000 €. |
Cumulatives, insistons. Il suffit qu'une seule condition manque pour que la déclaration redevienne due. En pratique, cette exclusion ne sauve presque jamais une SCI, pour deux raisons.
- Un compte de néobanque utilisé comme compte courant de la SCI — encaisser les loyers, payer la taxe foncière et l'assurance — échoue dès la première condition. Ce n'est pas un compte de paiement d'achats en ligne, c'est un compte d'exploitation. Montant indifférent : l'exclusion ne joue pas.
- Le seuil de 10 000 € ne porte ni sur le solde, ni sur les encaissements en général : il totalise les seuls encaissements afférents à des ventes réalisées par le titulaire, sur l'ensemble de ses comptes de ce type. Des loyers ne sont pas des ventes et ne l'alimentent donc même pas — mais l'exclusion est de toute façon déjà perdue au stade de la première condition. Elle ne redevient discutable que si la SCI encaisse de vraies ventes en ligne (cession de mobilier, refacturations), et 10 000 € sont alors vite atteints.
Les comptes des associés
Les comptes personnels des associés ne regardent pas la SCI, et inversement. Attention en revanche à un faux ami redoutable : le compte courant d'associé n'est pas un compte bancaire. C'est une ligne du passif, une dette de la société envers son associé, un simple numéro 455 au grand livre. Il ne se déclare jamais sur un 3916, même si l'associé réside à l'étranger.
Ce que l'exclusion ne couvre jamais
- Le compte à zéro euro : détenu, donc déclarable.
- Le compte ouvert en mars et fermé en octobre : ouvert et clos, deux faits générateurs pour le prix d'un.
- Le compte ouvert ailleurs dans l'Union européenne : l'appartenance à l'UE ne dispense de rien. Elle joue seulement sur le montant de l'amende (1 500 € et non 10 000 €) et sur les chances d'échapper au délai de dix ans.
- Le compte dont les revenus sont déjà imposés en France : l'obligation déclarative vit sa vie, indépendamment de l'impôt.
7. Sanctions : amende de 1 500 €, présomption de revenus, dix ans de reprise
Reste la question que tout le monde pose en premier, et que j'ai gardée pour ici : concrètement, qu'est-ce qu'on risque ? Trois étages, qui se cumulent. Une amende forfaitaire d'abord. Une présomption de revenus ensuite, bien plus dangereuse. Et, en toile de fond, un délai de reprise qui passe de trois à dix ans.
L'amende de l'article 1736, IV
L'article 1736, IV du CGI sanctionne le manquement à l'obligation de l'article 1649 A par une amende de 1 500 € par compte non déclaré, portée à 10 000 € lorsque le compte est ouvert dans un État ou territoire n'ayant pas conclu avec la France une convention d'assistance administrative en vue de lutter contre la fraude et l'évasion fiscales permettant l'accès aux renseignements bancaires.
Le montant paraît supportable. Ce sont les modalités de calcul qui font mal :
- Elle est due par compte. Trois comptes non déclarés, trois amendes — 4 500 € pour une seule année.
- Elle est due par année déclarative : « l'amende est applicable à chaque année non prescrite au titre de laquelle une déclaration devait être déposée » (BOI-CF-INF-20-10-50, § 20). L'infraction se renouvelle à chaque déclaration de résultats omise.
- Le droit de reprise de l'administration sur cette amende s'exerce, selon l'interprétation dominante, jusqu'à la fin de la quatrième année suivant celle au cours de laquelle l'infraction a été commise (article L188, deuxième alinéa du LPF, relatif aux amendes fiscales autres que celles concernant l'assiette et le recouvrement de l'impôt).
Il a existé pire. Le second alinéa de ce IV prévoyait une amende proportionnelle de 5 % du solde de chaque compte non déclaré dès que le total des soldes atteignait 50 000 € au 31 décembre. Sur 300 000 €, cela faisait 15 000 € par an. Le Conseil constitutionnel l'a censurée (décision n° 2016-554 QPC du 22 juillet 2016) : sanctionner un simple manquement déclaratif par une amende assise sur le solde était manifestement disproportionné. Le forfait de 1 500 €, lui, a survécu — et il n'a rien d'anodin, précisément parce qu'il se répète.
La présomption de revenus de l'article 1649 A, alinéa 3
Voilà la vraie mauvaise nouvelle, et presque personne ne la connaît. Le troisième alinéa de l'article 1649 A pose que les sommes, titres ou valeurs transférés à l'étranger ou en provenance de l'étranger par l'intermédiaire de comptes non déclarés constituent, sauf preuve contraire, des revenus imposables.
Lisez bien : la charge de la preuve bascule. Chaque virement passé par le compte omis est présumé être un revenu taxable, et c'est à la SCI de démontrer qu'il ne l'est pas. Les droits rappelés portent l'intérêt de retard de l'article 1727 et une majoration de 40 % (article 1758 du CGI), laquelle disparaît si l'administration préfère appliquer, sur les mêmes droits, les 80 % de l'article 1729-0 A.
Renverser la présomption reste possible, bien sûr : un virement de trésorerie d'un compte de la SCI vers un autre compte de la même SCI n'est pas un revenu, et cela se prouve. Encore faut-il produire les relevés, tracer l'origine des fonds et présenter une comptabilité qui tienne debout. Cinq ans après, sur un compte qu'on avait oublié, c'est précisément ce dont on ne dispose plus. D'où l'intérêt d'un archivage numérique sérieux et du respect des durées de conservation applicables à la SCI.
Le délai de reprise porté à dix ans
L'article L169 du Livre des procédures fiscales prévoit que « le droit de reprise de l'administration s'exerce jusqu'à la fin de la dixième année qui suit celle au titre de laquelle l'imposition est due, lorsque les obligations déclaratives prévues aux articles 123 bis, 209 B, 1649 A, 1649 AA, 1649 AB et 1649 bis C du code général des impôts n'ont pas été respectées ».
Trois ans en droit commun, dix ans ici. Une porte de sortie existe : l'extension tombe si le contribuable prouve que le total des soldes créditeurs de ses comptes étrangers n'a pas dépassé 50 000 € à un moment quelconque de « l'année au titre de laquelle la déclaration devait être faite ». La formule mérite qu'on s'y arrête : le test s'apprécie année par année, et l'allongement ne frappe que les seules années où l'obligation n'a pas été respectée. Une année de dépassement ne rouvre pas dix ans d'histoire ; elle rouvre cette année-là pendant dix ans. Le détail qui tue : depuis la loi du 23 octobre 2018, ce seuil s'apprécie tout au long de l'année, plus seulement au 31 décembre. Un prix de vente qui transite trois semaines sur le compte, un appel de fonds encaissé en juin et reversé en juillet, et vous voilà dans le délai long — même si le compte affichait 800 € au réveillon.
Précision qui a son importance : cette atténuation ne vaut que pour l'article 1649 A. Ni les contrats de l'article 1649 AA, ni les portefeuilles de crypto-actifs de l'article 1649 bis C n'en bénéficient.
La majoration de 80 %
Dernier étage, le plus lourd. L'article 1729-0 A du CGI prévoit une majoration de 80 % des droits en cas de rectification portant sur des sommes, avoirs ou biens qui auraient dû être déclarés au titre des articles 1649 A, 1649 AA, 1649 AB et 1649 bis C. Son II organise un non-cumul strict : appliquer cette majoration exclut celles des articles 1728, 1729 et 1758, et les amendes des articles 1736 et 1766. Ne vous réjouissez pas trop vite. Quand l'administration retient les 80 %, elle renonce effectivement à l'amende de 1 500 € — pour la remplacer par quelque chose de bien plus cher. Ce que cela dit du dispositif est clair : sur ce terrain, le législateur a doté l'administration de l'arsenal réservé aux manquements graves. Les mécaniques de redressement et les griefs les plus souvent retenus en SCI sont détaillés dans nos guides sur le contrôle fiscal d'une SCI et sur les principaux motifs de redressement.
8. Cas pratique chiffré : la SCI qui encaisse sur une néobanque
Tout ce qui précède reste théorique tant qu'on ne pose pas de chiffres. Prenons donc le dossier le plus banal qui soit : une SCI familiale, deux appartements, pas un euro soustrait à l'impôt. Et regardons la facture.
La situation
La SCI Les Tilleuls, à l'IR, détient deux appartements loués nus dans le 7e arrondissement de Lyon. Septembre 2022 : le gérant ouvre un compte professionnel chez une néobanque européenne. IBAN lituanien, dossier validé en dix minutes, zéro frais de tenue de compte, notification sur le téléphone à chaque loyer encaissé. Après quinze jours d'allers-retours avec sa banque traditionnelle, il trouve la différence saisissante.
Il y domicilie les virements des deux locataires — 21 600 € par an — et règle depuis ce compte l'assurance PNO, la taxe foncière et les petits travaux. Une ou deux fois par an, il rapatrie le solde sur le compte historique de la SCI, dans une banque française.
Aucun 3916 n'a jamais accompagné les déclarations 2072. Le gérant n'avait jamais entendu parler de cet imprimé. Son cabinet comptable non plus n'a rien dit : dans le grand livre, ce compte est un 512 comme les autres, et personne n'est allé vérifier où l'établissement teneur était immatriculé.
Automne 2026, une demande de renseignements arrive — soit après l'échéance de dépôt de la 2072 de l'exercice 2025, ce qui fait entrer cet exercice dans le décompte. L'administration a reçu, par l'échange automatique, l'information d'un compte lituanien ouvert au nom de la SCI.
Le chiffrage
| Élément | Base | Montant |
|---|---|---|
| Amende — exercice 2022 (2072 déposée en 2023) | 1 compte × 1 500 € (art. 1736, IV) | 1 500 € |
| Amende — exercice 2023 (déposée en 2024) | 1 compte × 1 500 € | 1 500 € |
| Amende — exercice 2024 (déposée en 2025) | 1 compte × 1 500 € | 1 500 € |
| Amende — exercice 2025 (déposée en 2026) | 1 compte × 1 500 € | 1 500 € |
| Total des amendes | 4 infractions non prescrites (art. L188 LPF) | 6 000 € |
| Délai de reprise | Soldes toujours inférieurs à 50 000 € : atténuation invocable si la preuve est apportée | 3 ans au lieu de 10 |
| Présomption de revenus | Écartée si la SCI justifie que chaque encaissement est un loyer déjà déclaré | 0 € si preuve |
6 000 € d'amende pour un compte parfaitement licite, dont chaque loyer figurait déjà dans les 2072 déposées. Pas un euro n'a échappé à l'impôt. La faute est purement formelle : quatre formulaires jamais joints. Plus de trois mois de loyers bruts — près d'une demi-année de loyers nets — partis en fumée pour une case administrative, voilà pourquoi ce sujet m'agace autant. Il n'y a rien à optimiser, rien à arbitrer : il n'y a qu'à ne pas oublier.
La variante qui coûte beaucoup plus cher
Changeons un seul paramètre. La SCI a vendu un appartement en 2023, et le prix — 240 000 € — a stationné trois semaines sur le compte lituanien avant d'être viré vers le compte français. Trois semaines. Voici ce que cela déclenche.
- Le seuil de 50 000 € a été dépassé « à un moment quelconque de l'année » — mais l'appréciation se fait année par année, et le délai décennal de l'article L169 du LPF ne frappe que les années au titre desquelles l'obligation de l'article 1649 A n'a pas été respectée. Ici, seul l'exercice 2023 bascule : il devient reprenable jusqu'au 31 décembre 2033. Les exercices 2022, 2024 et 2025, où les soldes sont restés sous 50 000 €, demeurent à trois ans si la SCI en apporte la preuve.
- Le virement de 240 000 € entrant puis sortant peut être présumé constituer un revenu imposable au sens de l'article 1649 A, alinéa 3, tant que la SCI n'a pas produit l'acte notarié et les relevés retraçant l'opération.
- Si la présomption prospérait, les droits seraient assortis d'une majoration de 40 % (article 1758 du CGI).
Sur le fond, la SCI gagne : un acte notarié ne se conteste pas, l'origine des 240 000 € est incontestable. Reste qu'il faut retrouver les pièces, reconstituer les flux, répondre dans les délais, parfois passer par un conseil. Des mois de tracas et quelques milliers d'euros d'honoraires, pour trois lignes non renseignées sur un imprimé. Si votre comptabilité accuse du retard, commencez par elle : la reprise d'une comptabilité en retard conditionne toute régularisation crédible.
9. Pourquoi l'administration le sait déjà (CRS, DAC2, DAC8)
L'échange automatique d'informations
« De toute façon, personne ne le verra. » Ce raisonnement a cessé d'être valable il y a une dizaine d'années, et beaucoup ne l'ont pas encore intégré. Deux instruments organisent aujourd'hui la circulation automatique des données bancaires :
- la norme commune de déclaration de l'OCDE (Common Reporting Standard, CRS), à laquelle plus d'une centaine de juridictions se sont engagées ;
- la directive 2014/107/UE du 9 décembre 2014, dite DAC2, qui rend cet échange obligatoire entre États membres de l'Union européenne. Elle est transposée à l'article 1649 AC du CGI, qui impose aux institutions financières de collecter et transmettre les informations sur les comptes de non-résidents.
Le mécanisme est prosaïque. Souvenez-vous du formulaire que la néobanque vous a fait remplir à l'ouverture, avec votre pays de résidence fiscale et votre SIREN : c'était de l'auto-certification CRS. La banque lituanienne, allemande ou néerlandaise identifie ainsi la résidence fiscale du titulaire — y compris lorsqu'il s'agit d'une entité et non d'une personne physique — puis transmet chaque année à son administration nationale l'identité du titulaire, son numéro d'identification fiscale, le numéro de compte, le solde de fin d'année et les revenus versés. Cette administration relaie le tout à la DGFiP. Les premiers échanges CRS datent de 2017.
Traduction : pour une SCI française détenant un compte dans l'Union européenne, la non-déclaration n'est pas un risque, c'est un écart visible dans une base de données. D'un côté, une ligne « compte lituanien au nom de la SCI X ». De l'autre, une liasse sans aucun 3916. Le rapprochement des deux ne demande pas un vérificateur zélé, il demande une requête.
DAC8 : les crypto-actifs rejoignent le dispositif
La directive (UE) 2023/2226 du Conseil du 17 octobre 2023, dite DAC8, étend ce mécanisme aux prestataires de services sur crypto-actifs. Elle a été transposée aux articles 1649 AC bis à 1649 AC sexies du CGI, dont les modalités d'application ont été fixées par le décret n° 2025-1276 du 19 décembre 2025. Ces obligations visent les opérations réalisées à compter du 1er janvier 2026, déclarables à partir de 2027. Autrement dit, ce qui s'est passé pour les comptes bancaires en 2017 est en train de se rejouer pour les crypto-actifs. La dernière fenêtre d'opacité se referme, avec quelques années de décalage.
Le bon réflexe : ne surtout pas attendre la lettre. Entre une régularisation engagée de votre propre initiative et la même régularisation faite sous la pression d'une demande de renseignements, ce n'est pas le même dossier — ni, en général, le même dénouement. Le chapitre suivant détaille la marche à suivre.
10. Régulariser un compte à l'étranger jamais déclaré
Il n'y a plus de guichet ni de barème
Beaucoup de gérants ont en tête la « cellule de régularisation » dont on parlait dans les années 2010. Elle n'existe plus. Le service de traitement des déclarations rectificatives (STDR) et son barème de pénalités réduites ont fermé le 31 décembre 2017. Depuis, aucune amnistie, aucun barème public, aucun guichet dédié. On revient au droit commun : déclarations rectificatives, dialogue avec le service des impôts compétent, appréciation au cas par cas. C'est moins confortable, mais ce n'est pas sans marge de manœuvre.
La méthode
- Recenser sans rien laisser de côté. Tous les comptes, sur toute la période potentiellement reprise : ceux qui sont fermés depuis, ceux qui n'ont jamais servi, celui à 4,80 € dont vous aviez oublié l'existence. Le recensement partiel est le pire des scénarios — il a l'apparence d'une régularisation tout en laissant des manquements en vie.
- Reconstituer les flux. Récupérez les relevés annuels complets auprès de l'établissement — la plupart des néobanques exportent l'historique intégral en CSV en trois clics — et rattachez chaque encaissement à un loyer, un remboursement ou un virement interne.
- Confronter à la comptabilité. Chaque opération passée par le compte étranger doit se retrouver dans les écritures et dans les déclarations déposées. Si des loyers n'ont jamais été déclarés, on quitte le terrain du 3916 : c'est le résultat imposable qui est en cause, et l'ampleur du dossier change.
- Déposer les 3916 manquants, avec les déclarations rectificatives correspondantes si le résultat déclaré doit être corrigé.
- Joindre un courrier daté et signé du gérant, qui expose les faits, l'origine des fonds, la nature des flux et le caractère spontané de la démarche. C'est cette lettre, et rien d'autre, qui permet au service de distinguer l'erreur de l'omission volontaire. Ne la sous-traitez pas à un modèle générique : elle doit raconter votre dossier.
Ce que l'on peut espérer
- Le dépôt spontané d'une déclaration rectificative, avant l'expiration du délai de reprise, ouvre droit à une réduction de moitié de l'intérêt de retard (article 1727, V du CGI), à deux conditions : que la régularisation ne porte pas sur une infraction exclusive de bonne foi, et que la déclaration soit accompagnée du paiement des droits simples — à défaut, le bénéfice de la réduction est conservé si le comptable public accepte un plan de règlement.
- La bonne foi étant présumée, les majorations pour manquement délibéré (40 %) ou manœuvres frauduleuses (80 %) n'ont pas vocation à s'appliquer à une omission purement formelle régularisée spontanément.
- L'amende de 1 500 € par compte et par année reste juridiquement due. Elle demeure toutefois soumise à la prescription de l'article L188 du LPF, et peut faire l'objet d'une demande de remise gracieuse motivée auprès du service, notamment lorsque aucun revenu n'a échappé à l'impôt.
Sur ce dernier point, je préfère être franc plutôt que rassurant : la remise gracieuse n'est pas un droit. Elle dépend du service, de l'ancienneté des faits, de la qualité du dossier, et parfois de la personne qui l'ouvre. Personne ne peut vous la garantir. Reste qu'un dossier spontané, complet, documenté, dans lequel pas un euro n'a échappé à l'impôt, constitue objectivement le meilleur terrain possible pour la demander. Si votre SCI cumule par ailleurs plusieurs retards, lisez d'abord nos guides sur ce qu'il faut faire en cas de retard déclaratif et sur les conséquences d'un dépôt tardif de la déclaration.
Un conseil de méthode : ne régularisez jamais au fil de l'eau, un compte cette semaine, une année le mois prochain. Montez un dossier unique et complet, puis déposez-le en une fois. Une régularisation fragmentée donne l'impression de suivre ce que l'administration découvre plutôt qu'une démarche volontaire — et c'est exactement l'impression à éviter.
Un doute sur votre situation ?
Un compte jamais déclaré depuis 2021, une compta en retard de deux exercices, une demande de renseignements posée sur le bureau : tout cela se traite infiniment mieux en amont. Nos experts-comptables font le point avec vous en 30 ou 60 minutes.
11. Checklist de conformité annuelle
Tout ce qui précède se ramène à neuf gestes, à dérouler une fois par an au moment de préparer la déclaration de résultats. Comptez vingt minutes, montre en main, la première année. Cinq les suivantes. C'est le meilleur rapport temps/risque de toute la gestion d'une SCI.
Lister tous les comptes au nom de la SCI
Comptes courants, comptes d'épargne, comptes-titres, comptes de paiement et portefeuilles en ligne — ouverts, détenus, utilisés ou clos pendant l'exercice.
Identifier l'entité teneuse de chaque compte
Raison sociale et pays d'établissement, tels qu'ils figurent sur le relevé ou les conditions générales. Le préfixe IBAN est un indice, pas une preuve.
Vérifier les procurations effectivement exercées
La SCI a-t-elle fait fonctionner, par procuration, un compte étranger dont elle n'est pas titulaire ? Le gérant en a-t-il fait fonctionner un, à traiter dans sa déclaration personnelle ? Seule compte la procuration utilisée — au moins une opération de crédit ou de débit dans la période (art. 344 A, III de l'annexe III au CGI). Une procuration dormante ne se déclare pas.
Ne pas oublier les comptes clos
Un compte fermé en cours d'exercice doit être déclaré une dernière fois, avec sa date de clôture.
Établir un 3916 par compte
Désignation et adresse de l'établissement, numéro et nature du compte, usage, dates d'ouverture et de clôture, identification de la SCI (dénomination, SIREN, siège).
Joindre les 3916 à la déclaration de résultats
Avec la 2072 pour une SCI à l'IR, avec la 2065 pour une SCI à l'IS. Jamais séparément, jamais après.
Contrôler le seuil de 50 000 €
Le total des soldes créditeurs a-t-il dépassé 50 000 € à un moment quelconque de l'année ? Conservez les relevés qui permettent de le prouver — c'est ce qui détermine l'application du délai de reprise de dix ans.
Archiver les relevés annuels complets
Exportez chaque année l'historique intégral du compte étranger. C'est la seule pièce qui permettra, le cas échéant, de renverser la présomption de revenus.
Rapprocher le compte étranger de la comptabilité
Chaque flux doit être enregistré dans les écritures de la SCI, au même titre que ceux du compte français. Un compte hors comptabilité est un compte hors contrôle.
La dernière ligne est la plus importante, et c'est aussi la seule où un logiciel change vraiment quelque chose. Un compte qui vit « à côté » de la comptabilité finit toujours par être oublié — du bilan d'abord, de la déclaration ensuite. Un compte agrégé, catégorisé et rapproché comme les autres, on ne l'oublie pas : il apparaît chaque mois sous les yeux du gérant. C'est toute la logique de la plateforme sci-ai.app, qui synchronise les comptes de la SCI et en donne une vue unique.
Ne rien oublier avec SCI-AI
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12. FAQ — SCI et compte bancaire à l'étranger
Ma SCI a un compte de néobanque, ouvert il y a trois ans avec un IBAN étranger et jamais déclaré. Que faire concrètement ?
Dans l'ordre : exportez l'historique complet depuis l'application, rapprochez chaque flux de votre comptabilité, puis déposez spontanément les 3916 manquants avec un courrier du gérant. L'amende de 1 500 € par année reste juridiquement due — je ne vous promettrai pas le contraire — mais un dossier spontané et complet, sans un euro soustrait à l'impôt, est le meilleur terrain pour une demande de remise gracieuse. Le point décisif est le calendrier : agissez avant que la demande de renseignements n'arrive.
Pourquoi une SAS n'est-elle pas concernée alors que ma SCI l'est ?
Parce que l'article 1649 A du CGI vise « les sociétés n'ayant pas la forme commerciale ». Une SAS, une SARL ou une SA ont la forme commerciale et sortent donc du champ de cette obligation déclarative annuelle. Une société civile — SCI, SCP, SCM, SCCV — y est en revanche pleinement soumise, exactement comme un particulier (BOI-CF-CPF-30-20, § 70). Attention toutefois : cette limitation ne vaut que pour les comptes bancaires. Pour les portefeuilles de crypto-actifs, l'article 1649 bis C vise désormais toutes les personnes et entités juridiques établies en France, sociétés commerciales comprises.
Faut-il déclarer si les revenus du compte ont déjà été imposés en France ?
Oui, et c'est tout le paradoxe. L'obligation de l'article 1649 A est autonome : ce qu'elle sanctionne, c'est le défaut d'information sur l'existence du compte, pas une évasion fiscale. Voilà pourquoi l'amende frappe si souvent des contribuables parfaitement à jour de leurs déclarations — et pourquoi elle leur paraît si injuste.
Mon expert-comptable ne m'en a jamais parlé. Est-il responsable ?
Cette obligation échappe à beaucoup de cabinets, et l'explication est technique : elle ne se voit pas dans le grand livre. Un compte lituanien y apparaît comme un 512 parfaitement ordinaire. Un professionnel diligent devrait tout de même demander où sont établis les teneurs de comptes. En pratique, la protection la plus efficace reste de lui signaler vous-même chaque ouverture de compte, par écrit — un mail suffit, et il vaudra preuve le jour venu.
Le compte est au nom du gérant mais sert à la SCI. Qui déclare ?
Le titulaire, donc le gérant, sur sa 2042. Mais franchement, le 3916 est ici le moindre de vos problèmes : faire transiter les loyers de la SCI par un compte personnel ruine la séparation des patrimoines, rend la comptabilité illisible et nourrit le risque de requalification en SCI fictive. Ne régularisez pas seulement la déclaration : ouvrez un vrai compte au nom de la société.
Une SCI en sommeil ou sans activité doit-elle quand même déclarer ?
Oui, tant qu'elle dépose une déclaration de résultats et qu'elle détient un compte à l'étranger. Le mot « détenus » de l'article 1649 A rend la déclaration due même en l'absence totale de mouvement. Une SCI mise en sommeil qui conserve un compte étranger ouvert reste donc concernée jusqu'à la clôture effective de ce compte.
Cet article est informatif et ne remplace pas un conseil personnalisé. Dès qu'il y a des avoirs hors de France, les dossiers se ressemblent rarement : conventions fiscales, montages à étages, ancienneté des faits. Faites relire votre situation par un professionnel avant d'engager une régularisation.
Pour aller plus loin
Sources officielles
- Article 1649 A du CGI — déclaration des comptes ouverts, détenus, utilisés ou clos hors de France (version en vigueur depuis le 7 mai 2022)
- Article 1649 AA du CGI — contrats de capitalisation et placements souscrits hors de France
- Article 1649 bis C du CGI — portefeuilles de crypto-actifs et crypto-actifs uniques et non fongibles détenus hors de France (version en vigueur depuis le 1er juillet 2026)
- Article 1649 AC du CGI — échange automatique d'informations (directive 2014/107/UE, DAC2)
- Articles 1649 AC bis à 1649 AC sexies du CGI — échange automatique pour les prestataires de services sur crypto-actifs (DAC8)
- Articles 344 A et 344 B de l'annexe III au CGI — comptes à déclarer, notion de compte utilisé, contenu de la déclaration
- Article 1736, IV et X du CGI — amendes applicables
- Articles 1758 et 1729-0 A du CGI — majorations de 40 % et 80 % (le II de l'article 1729-0 A organise le non-cumul)
- Article 1766 du CGI — amende relative aux contrats souscrits hors de France
- Article 1727, V du CGI — réduction de moitié de l'intérêt de retard en cas de dépôt spontané
- Articles L169 et L188 du LPF — délais de reprise et prescription des amendes
- BOI-CF-CPF-30-20 — obligations déclaratives (§ 70 : sociétés civiles ; § 80 : personnes non soumises, dont les sociétés à forme non commerciale dispensées de déclaration de résultats ; § 85 : exclusion des comptes de paiement en ligne ; § 120 : comptes à déclarer ; § 180 à 210 : imprimé et modalités de dépôt)
- BOI-CF-INF-20-10-50, § 20 — amende applicable à chaque année non prescrite
- Loi n° 2018-898 du 23 octobre 2018 relative à la lutte contre la fraude, art. 7 (ajout du mot « détenus »)
- Loi n° 2018-1317 du 28 décembre 2018 de finances pour 2019, art. 41 (création de l'article 1649 bis C)
- Ordonnance n° 2024-936 du 15 octobre 2024 et loi n° 2026-534 du 25 juin 2026, art. 91 — refonte de l'article 1649 bis C
- Conseil constitutionnel, décision n° 2016-554 QPC du 22 juillet 2016 — censure de l'amende proportionnelle de 5 %
- Conseil d'État, 4 mars 2019, n° 410492 — notion de compte « utilisé »
- Directive (UE) 2023/2226 du 17 octobre 2023 (DAC8) et décret n° 2025-1276 du 19 décembre 2025 — opérations réalisées à compter du 1er janvier 2026
- Règlement (UE) 2023/1114 du 31 mai 2023 sur les marchés de crypto-actifs (MiCA)
- Formulaire n° 3916 / 3916-bis (cerfa n° 11916) — impots.gouv.fr