SCI associé société : la fiscalité de l'associé personne morale (2026)
Une SCI à l'impôt sur le revenu qui compte un associé société ne calcule pas un résultat. Elle en calcule deux. Dès qu'un associé est une société soumise à l'IS, l'article 238 bis K du CGI exige que sa quote-part soit déterminée selon les règles de l'IS, et non selon celles des revenus fonciers. Même immeuble, mêmes loyers, mêmes factures — et deux résultats fiscaux qui ne tombent pas sur le même chiffre, parce que l'un amortit la construction et l'autre non.
Le schéma revient souvent : un investisseur qui a déjà une société d'exploitation ou une holding pleine de trésorerie fait entrer celle-ci au capital de sa SCI. L'idée est bonne. L'exécution, presque jamais. Sur les dossiers de ce type qui arrivent chez nous après quelques exercices, le tableau est toujours le même : 2072-S déposée à la place d'une 2072-C, aucune trace d'un résultat « version IS », contribution sur les revenus locatifs jamais payée, et aucune comptabilité en partie double le jour où le vérificateur demande un FEC. Quatre erreurs, un seul texte mal lu.
Le résumé, avant d'entrer dans le détail. Faire entrer une société à l'IS au capital d'une SCI ne rend jamais la SCI passible de l'IS : elle reste translucide (article 8 du CGI). Seule la quote-part de cet associé change de mode de calcul. En échange, la SCI passe en comptabilité d'engagement, produit deux résultats, dépose une 2072-C, tient un FEC et acquitte 2,5 % de CRL sur la totalité de ses loyers. Le gain, lui, tient en un mot : l'amortissement par composants vient en déduction de la quote-part de l'associé société. Un différé d'impôt, pas un cadeau — il sera repris à la sortie, en plus-value professionnelle.
Rédigé par Quentin Hagnéré, fondateur de sci-ai.app, et vérifié contre les sources officielles (CGI, BOFiP, Légifrance, impots.gouv.fr). Mis à jour le 28 juillet 2026. Cet article est informatif et ne remplace pas un conseil personnalisé.
Sommaire
- Le principe : la translucidité remonte le résultat, l'associé l'impose à sa manière
- L'article 238 bis K du CGI : le texte qui change tout pour l'associé société
- Une SCI avec un associé société devient-elle passible de l'IS ? Non
- La double détermination du résultat : mode d'emploi
- Cas chiffré : SCI détenue à 70 % par M. X et 30 % par sa SAS
- Obligations déclaratives : 2072-C, liasse de l'associé, FEC
- La CRL de 2,5 % : la facture cachée de l'associé société
- Trésorerie et distribution : faire remonter le cash
- La sortie : vente de l'immeuble, cession des parts, plus-values
- Erreurs fréquentes avec un associé personne morale en SCI
- FAQ
1. Le principe : la translucidité remonte le résultat, l'associé l'impose à sa manière
Translucide, pas transparente
Une SCI de location nue qui n'a pas opté pour l'IS relève de l'article 8 du CGI : elle dispose d'une personnalité fiscale propre — elle détermine un résultat, elle dépose une déclaration — mais elle ne paie pas l'impôt. Ce sont ses associés qui sont « personnellement soumis à l'impôt sur le revenu pour la part de bénéfices sociaux correspondant à leurs droits dans la société ». On parle de translucidité.
Le mot n'est pas un raffinement de juriste. La transparence fiscale au sens strict est réservée aux sociétés immobilières de copropriété de l'article 1655 ter du CGI — les sociétés d'attribution, dont les associés sont réputés propriétaires directs des locaux correspondant à leurs droits. Une SCI ordinaire, elle, s'interpose : elle calcule, elle déclare, elle a un numéro fiscal. C'est précisément cette interposition qui rend possible le dédoublement qui nous occupe ici. Le sujet de fond est traité dans notre guide translucidite-fiscale-sci ; la page que vous lisez en prend un cas particulier, celui de l'associé personne morale.
Le résultat change de nature en remontant
Voilà l'idée qui surprend tout le monde. Le résultat d'une SCI n'est pas un gâteau que l'on découpe en parts identiques. C'est une matière imposable dont la qualification dépend de celui qui la reçoit. Le BOFiP ne prend aucune précaution : la part de bénéfice de chaque associé se détermine selon les règles applicables à sa situation personnelle. Personne physique dans son patrimoine privé, ce sont les revenus fonciers. Associé à l'IS ou entreprise au réel BIC ou BA, ce sont ses règles à lui (BOI-RFPI-CHAMP-30-20, § 145).
Traduction. Une SCI de location nue détenue par deux personnes physiques produit du revenu foncier, et rien d'autre. Cédez 30 % des parts à une SAS à l'IS le 2 janvier, et la même SCI, avec le même locataire et le même immeuble, produit désormais du revenu foncier pour 70 % et un bénéfice calculé selon les règles de l'IS pour 30 %. Rien n'a changé sur le terrain. Tout a changé dans le tableur.
Ne pas confondre avec la holding immobilière. Ici, l'immeuble est logé dans la SCI et la société n'est qu'associée. Dans le schéma de la holding immobilière, la société tête de groupe détient elle-même l'immobilier ou des titres, et la fiscalité obéit à d'autres règles (régime mère-fille, intégration, etc.). Ne pas confondre non plus avec une SCI ayant opté pour l'IS : dans ce cas la SCI paie l'impôt elle-même et il n'y a plus qu'un seul résultat.
Imposé même sans un euro distribué
Retenez celui-ci, c'est le plus coûteux quand on l'apprend trop tard : l'associé est imposé sur sa quote-part à la clôture de l'exercice de la SCI, que le résultat soit distribué ou mis en réserve (BOI-RFPI-CHAMP-30-20, § 150). Une SCI bénéficiaire qui garde tout son cash pour rembourser le capital de son emprunt — le cas d'école des dix premières années — laisse quand même son associé société payer l'IS sur un revenu qu'il n'a jamais vu passer. J'y reviens en détail au chapitre 8, parce que c'est là que les montages se cassent en pratique.
2. L'article 238 bis K du CGI : le texte qui change tout pour l'associé société
Ce que dit le I
Tout tient dans le I. Il vise le cas où des droits dans une société relevant notamment de l'article 8 « sont inscrits à l'actif d'une personne morale passible de l'impôt sur les sociétés dans les conditions de droit commun ou d'une entreprise industrielle, commerciale, artisanale ou agricole imposable à l'impôt sur le revenu de plein droit selon un régime de bénéfice réel ». Et il en tire une conséquence en une phrase : « la part de bénéfice correspondant à ces droits est déterminée selon les règles applicables au bénéfice réalisé par la personne ou l'entreprise qui détient ces droits ».
Trois conditions, et il faut les trois :
| Condition | Ce qu'il faut vérifier |
|---|---|
| La société émettrice | Relève de l'article 8 du CGI (ou 8 quinquies, 239 quater, 239 quater B, C ou D). Une SCI de location nue non optante en fait partie. |
| Les parts | Sont inscrites à l'actif du bilan de l'associé. C'est le critère matériel : des parts détenues par une société commerciale figurent nécessairement à son actif immobilisé (compte 261 ou 266). |
| L'associé | Est une personne morale passible de l'IS dans les conditions de droit commun, ou une entreprise industrielle, commerciale, artisanale ou agricole imposable à l'IR de plein droit selon un régime réel (BIC ou BA réels). |
Le BOFiP reprend la même mécanique mot pour mot : le dispositif joue lorsque les droits sociaux sont inscrits à l'actif du bilan d'une personne morale passible de l'IS dans les conditions de droit commun ou d'une entreprise imposable à l'IR de plein droit selon un régime réel (BOI-BIC-BASE-10-20-10, § 110). Puis il enfonce le clou : « la part des bénéfices revenant à l'entreprise membre doit être déterminée, en principe, conformément aux règles qui lui sont propres, sans tenir compte de celles applicables à la société » (§ 130). « Sans tenir compte de celles applicables à la société » : difficile d'être plus clair.
Ce que dit le II — et pourquoi il ne vous concerne pas ici
Le II ramasse « tous les autres cas ». La part de bénéfice, comme les profits de cession des droits sociaux, s'y détermine en tenant compte de la nature de l'activité et du montant des recettes de la société ou du groupement. C'est le droit commun de l'associé personne physique non professionnel : pour une SCI de location nue, revenus fonciers, point.
La ligne de partage s'énonce en une phrase, même si elle se qualifie parfois moins facilement : le I se déclenche par la qualité de l'associé et l'inscription des parts à son actif, le II s'applique quand le I ne s'applique pas. Un chef d'entreprise qui détient ses parts de SCI dans son patrimoine privé reste au II — le fait qu'il dirige une société par ailleurs ne change rien. Le même homme qui inscrit ces parts au bilan de son entreprise individuelle BIC au réel bascule au I. Le critère est l'inscription à l'actif, pas la casquette.
Pourquoi ce texte existe (et pourquoi il coupe dans les deux sens)
On oublie souvent l'intention du législateur. L'article 238 bis K n'a pas été écrit pour offrir l'amortissement aux investisseurs : c'est un dispositif anti-abus, conçu pour empêcher qu'une entreprise soumise à des règles d'assiette exigeantes ne s'en échappe en glissant une société de personnes entre elle et son actif. Le texte neutralise l'interposition en faisant remonter les règles de l'associé jusqu'au calcul de sa quote-part.
D'où une conséquence que personne n'anticipe en montant le schéma : la lame coupe des deux côtés. Oui, l'immeuble s'amortit dans la quote-part de la société associée. Mais les contraintes de l'IS viennent avec, en bloc : imposition sans distribution, plus-value professionnelle à la sortie, comptabilité complète. On ne choisit pas les morceaux.
Le juge administratif applique cette lecture sans état d'âme. Sur une levée d'option de crédit-bail immobilier par une société relevant de l'article 8, le Conseil d'État a jugé que les conséquences fiscales du transfert de propriété devaient s'apprécier, pour l'associé soumis à l'IS, selon les règles des bénéfices industriels et commerciaux — et non selon celles des revenus fonciers applicables à la société (CE, 8e et 3e ch. réunies, 26 avril 2024, n° 472855).
3. Une SCI avec un associé société devient-elle passible de l'IS ? Non
C'est la question qu'on me pose à chaque rendez-vous sur ce sujet, souvent sur un ton inquiet. La réponse est non, et il n'y a rien à nuancer. Faire entrer une SAS ou une holding au capital d'une SCI ne rend pas la SCI passible de l'impôt sur les sociétés.
Les deux seules portes d'entrée à l'IS
| Voie | Texte | Déclencheur |
|---|---|---|
| Option volontaire | Art. 239 CGI | Décision des associés. Renonciation possible jusqu'au 5e exercice suivant celui de l'option, ensuite irrévocable. |
| Bascule automatique | Art. 206-2 CGI | Exercice d'une activité commerciale au sens des articles 34 et 35 (location meublée, para-hôtellerie, marchand de biens, revente d'électricité...). |
Relisez les deux lignes du tableau : la qualité des associés n'apparaît nulle part. L'article 206-2 regarde ce que la société fait, pas qui la détient. Une SCI de location nue détenue à 99 % par une société à l'IS reste une société translucide de l'article 8. Pas d'IS à payer, pas de 2065 à déposer, pas de liasse 2033 à produire.
Attention à la tolérance des 10 %. Le vrai risque de bascule à l'IS n'est pas l'associé personne morale, c'est l'activité. Si la SCI encaisse des recettes commerciales (loyers meublés, revente d'électricité photovoltaïque, prestations para-hôtelières), l'article 206-2 s'applique dès que ces recettes dépassent la tolérance administrative de 10 % des recettes totales, appréciée de façon lissée (BOI-IS-CHAMP-10-30). Voir nos guides SCI et location meublée et SCI et photovoltaïque.
Ce qui change quand même
Translucide, oui. Mais plus une « petite » SCI que l'on gère avec un classeur et un tableur. Trois obligations tombent dès le premier exercice concerné :
- Elle doit tenir une comptabilité d'engagement, faute de quoi elle est incapable de produire le résultat « version IS » exigé par l'article 238 bis K. Une simple comptabilité de trésorerie ne suffit plus. Voir notre guide sur la comptabilité de SCI et sur les registres comptables obligatoires.
- Elle doit déposer une 2072-C et non une 2072-S.
- Elle devient redevable de la contribution sur les revenus locatifs dans les conditions de l'article 234 terdecies du CGI (chapitre 7).
Une question honnête se pose alors, et je préfère la poser moi-même : si vous devez de toute façon tenir une comptabilité complète et amortir l'immeuble pour une fraction du capital, pourquoi ne pas opter globalement pour l'IS ? Parfois la réponse est oui. Parfois non — l'IR conserve les abattements pour durée de détention sur la plus-value des personnes physiques, et c'est loin d'être neutre. Notre comparatif SCI à l'IS ou à l'IR pose les termes de l'arbitrage.
4. La double détermination du résultat : mode d'emploi
La théorie est derrière nous. Vient la partie qui occupe vraiment une clôture : sortir deux résultats fiscaux d'un seul jeu d'écritures, sans ressaisir quoi que ce soit et sans se tromper de base.
Deux calculs, une seule réalité économique
La SCI part des mêmes faits — mêmes loyers, mêmes factures, même tableau d'amortissement d'emprunt — et en tire deux résultats :
- Résultat « revenus fonciers » : recettes encaissées moins charges déductibles limitativement énumérées à l'article 31 du CGI. Aucun amortissement. Déficit imputable sur le revenu global dans la limite de 10 700 € par an (hors intérêts d'emprunt).
- Résultat « règles de l'IS » : produits acquis moins charges engagées, avec amortissement de la construction par composants, déduction élargie des frais. Une quote-part déficitaire vient en diminution du résultat de l'associé ; le déficit ainsi constaté chez lui est reportable en avant sans limitation de durée, mais son imputation sur un exercice ultérieur est plafonnée à 1 000 000 € majorés de 50 % de la fraction du bénéfice excédant ce montant (art. 209, I du CGI).
On m'objecte régulièrement l'existence d'une mesure de tempérament au BOFiP, censée dispenser de cette double détermination. Elle existe. Mais lisez la condition jusqu'au bout : elle suppose que le résultat ait été déterminé d'après un régime réel selon les règles des BIC ou des BA, et que l'entreprise membre relève de l'impôt sur le revenu (BOI-BIC-BASE-10-20-10, § 180). Or une SCI de location nue calcule son résultat en revenus fonciers, et l'associé dont on parle est à l'IS. Zéro condition sur deux. La double détermination n'est pas une option de confort, elle est due.
Les retraitements, poste par poste
| Poste | Version revenus fonciers | Version règles IS |
|---|---|---|
| Fait générateur | Encaissement / décaissement | Engagement (créances acquises, dettes certaines) |
| Loyers impayés | Non imposés (non encaissés) | Imposés, avec provision pour dépréciation possible |
| Amortissement de la construction | Impossible | Obligatoire, par composants |
| Terrain | Sans objet | Non amortissable, à isoler du prix |
| Frais d'acquisition (droits, notaire) | Non déductibles | Déductibles immédiatement ou incorporables au prix de revient |
| Travaux | Réparation/entretien/amélioration déductibles ; construction et agrandissement exclus | Charge si entretien, immobilisation si amélioration durable — puis amortissement |
| Liste des charges | Limitative (art. 31 CGI) | Générale (art. 39 CGI, intérêt de l'exploitation) |
| Provisions | Non admises | Admises si conditions de l'art. 39-1-5° |
| Déficit | Imputable sur le revenu global à hauteur de 10 700 €, le surplus sur les revenus fonciers 10 ans | Vient en diminution du résultat de l'associé ; report en avant illimité dans le temps, imputation plafonnée à 1 M€ + 50 % (art. 209, I) |
| Prélèvements sociaux | 17,2 % sur la quote-part | Sans objet (impôt sur les sociétés) |
L'amortissement : la mécanique, et les deux garde-fous qu'on oublie
C'est le cœur du montage, alors autant le cadrer précisément. Dans la version « règles IS » du résultat, la construction s'amortit par composants : référentiel comptable d'abord (règlement CRC 2002-10, repris au PCG), articles 237 septies du CGI et 15 bis de l'annexe II ensuite. Le terrain, lui, ne s'amortit jamais. Il faut donc une ventilation terrain/bâti que vous puissiez défendre devant un vérificateur — sujet traité dans notre guide sur la valeur du terrain en SCI.
Restent deux règles que je vois passer à la trappe dans presque tous les dossiers repris :
- Les amortissements doivent être effectivement pratiqués dans les écritures de la société, et retenus sur la base et dans la limite du prix de revient (BOI-BIC-BASE-10-20-10, § 150). L'associé ne peut pas « reconstituer » unilatéralement un amortissement dans sa propre comptabilité : c'est la SCI qui le comptabilise, dans la version IS de son résultat.
- Le 1° du II de l'article 39 C du CGI plafonne l'amortissement des biens donnés en location par une société relevant de l'article 8. Ces limites s'appliquent aux biens meubles comme aux immeubles (BOI-BIC-AMT-20-40-10-10, § 40). Pour des biens situés en France ou dans un État de l'EEE lié à la France par une convention d'assistance administrative, l'amortissement admis en déduction est plafonné à trois fois le montant des loyers acquis pendant une période de trente-six mois décomptée à partir du début de la mise en location ; et la fraction des déficits correspondant aux dotations des douze premiers mois n'est déductible qu'à hauteur de 25 % des bénéfices imposables au taux de droit commun (BOI-BIC-AMT-20-40-10-20, § 150 et § 210 pour le plafond de trois fois les loyers, § 310 pour la limitation au quart des bénéfices). La fraction d'amortissement régulièrement comptabilisée mais non déduite n'est pas perdue : elle est reportable sur les résultats des exercices suivants, dans les mêmes limites (3° du II de l'article 39 C).
Rassurez-vous sur le second point : un immeuble loué au prix du marché touche rarement le plafond des trois fois les loyers, la dotation annuelle tournant plutôt autour de 30 à 40 % du loyer encaissé. Faites tout de même le calcul la première année. Il devient mordant dans deux configurations : mise en location en cours d'exercice, ou loyer modeste au regard d'un prix de revient élevé — typiquement un bien acheté cher et loué à un proche.
Pour bâtir le plan d'amortissement lui-même, direction nos guides amortissement en SCI et plan d'amortissement, ainsi que la fiche détaillée sur l'amortissement du gros œuvre.
Qui produit ce second résultat ?
La SCI. Pas l'associé. C'est elle qui tient la comptabilité, calcule les deux résultats, ventile chaque version entre les associés concernés et porte l'information sur la 2072-C. La société associée, elle, se contente de reprendre le chiffre qui lui est communiqué et de l'injecter dans son propre résultat fiscal. Quand l'associé « refait ses calculs dans son coin », c'est mauvais signe : cela veut dire que la SCI n'a rien produit.
Concrètement, la SCI a besoin d'un outil capable de sortir deux restitutions d'un même jeu d'écritures : l'une en revenus fonciers, l'autre en règles IS avec les dotations. C'est exactement ce que nous avons automatisé dans sci-ai.app, parce que le faire à la main sur Excel finit toujours par produire un écart que personne ne sait expliquer trois ans plus tard.
Ventilez le résultat par associé, personnes physiques et morales
Une seule saisie, deux résultats : sci-ai.app sort la version revenus fonciers et la version règles IS, applique l'amortissement par composants sur la quote-part concernée et prépare la répartition à porter sur la 2072-C.
5. Cas chiffré : SCI détenue à 70 % par M. X et 30 % par sa SAS
Les données
Rien ne vaut des chiffres. La SCI Bellevue détient un immeuble de rapport acheté 500 000 € en 2020, financé à crédit. Deux associés : M. X pour 70 % (personne physique, tranche marginale à 41 %) et la SAS Delta pour 30 %, sa société d'exploitation, qui a inscrit les parts à son actif immobilisé. La SCI ne loue que des locaux nus d'habitation. Pas de TVA, pas d'activité commerciale, aucun risque de bascule à l'IS. Dernière hypothèse, et elle n'est pas cosmétique : l'immeuble est achevé depuis plus de quinze ans au 1er janvier. C'est la condition de champ du I de l'article 234 nonies du CGI. Sur un immeuble plus récent, la CRL est tout simplement nulle et l'étape 4 change de conclusion — vérifiez toujours la date d'achèvement avant de chiffrer quoi que ce soit.
| Élément | Montant |
|---|---|
| Prix d'acquisition de l'immeuble | 500 000 € |
| dont quote-part terrain (20 %) | 100 000 € (non amortissable) |
| dont construction | 400 000 € |
| Loyers annuels encaissés | 36 000 € |
| Taxe foncière | 2 400 € |
| Assurance PNO | 600 € |
| Honoraires de gestion et comptabilité | 1 200 € |
| Entretien et réparations | 3 000 € |
| Intérêts d'emprunt | 9 000 € |
| Total des charges | 16 200 € |
Étape 1 — Le résultat « revenus fonciers »
36 000 € de recettes, 16 200 € de charges déductibles, soit 19 800 €. Aucun amortissement, l'article 31 du CGI n'en prévoit pas. Ce chiffre ne servira qu'à une chose : la quote-part de M. X.
Étape 2 — Le résultat « règles de l'IS »
Mêmes produits, mêmes charges, et cette fois l'amortissement par composants de la construction :
| Composant | Quote-part | Base | Durée | Dotation annuelle |
|---|---|---|---|---|
| Gros œuvre | 60 % | 240 000 € | 50 ans | 4 800 € |
| Façades et étanchéité | 10 % | 40 000 € | 25 ans | 1 600 € |
| Installations techniques | 20 % | 80 000 € | 20 ans | 4 000 € |
| Agencements intérieurs | 10 % | 40 000 € | 15 ans | 2 667 € |
| Total construction | 100 % | 400 000 € | — | 13 067 € |
Résultat « règles IS » : 36 000 − 16 200 − 13 067 = 6 733 €. Soit 13 067 € de moins que le résultat foncier, pour exactement les mêmes flux bancaires.
Contrôle du 1° du II de l'article 39 C : l'immeuble est loué depuis 2020, les trente-six mois sont derrière nous. Et même s'ils ne l'étaient pas, une dotation de 13 067 € reste très loin du plafond de trois fois les loyers acquis, soit 108 000 €. Aucune limitation ne joue. Je le vérifie systématiquement quand même, parce que le jour où le loyer est faible et l'immeuble cher, le calcul change de conclusion.
Étape 3 — La répartition
| Associé | Parts | Résultat de référence | Quote-part imposable |
|---|---|---|---|
| M. X (personne physique) | 70 % | Revenus fonciers : 19 800 € | 13 860 € |
| SAS Delta (IS) | 30 % | Règles IS : 6 733 € | 2 020 € |
L'erreur que je vois le plus souvent : multiplier 19 800 € par 30 % et déclarer 5 940 €. Ce chiffre n'existe nulle part en droit fiscal. La quote-part de la SAS est de 2 020 €, calculée sur un résultat déterminé selon ses règles à elle. L'écart de 3 920 € de base ? C'est exactement 30 % de l'amortissement de l'exercice. Rien de mystérieux — encore faut-il avoir calculé l'amortissement.
Étape 4 — L'impôt réellement dû
| Contribuable | Base | Taux | Impôt |
|---|---|---|---|
| M. X — impôt sur le revenu | 13 860 € | 41 % | 5 683 € |
| M. X — prélèvements sociaux | 13 860 € | 17,2 % | 2 384 € |
| Total M. X (70 % du capital) | — | 58,2 % (avant CSG déductible) | 8 067 € |
| SAS Delta — IS au taux réduit | 2 020 € | 15 % | 303 € |
| SCI — CRL due au niveau de la société | 36 000 € | 2,5 % | 900 € |
Précision sur les 58,2 %. Ce taux additionne simplement l'IR à 41 % et les prélèvements sociaux à 17,2 %, mais il ignore la CSG déductible. Sur 17,2 points, 6,8 sont déductibles du revenu global de l'année suivante (II de l'article 154 quinquies du CGI) : 13 860 € × 6,8 % = 942 € de déduction, soit environ 386 € d'économie à 41 %. Le coût réel de M. X est donc plus proche de 7 681 €, soit 55,4 %. C'est ce taux corrigé que j'utilise dans les comparaisons qui suivent. Voir notre guide CSG déductible en SCI.
Attention au taux réduit : il suppose que la SAS coche toutes les cases du b du I de l'article 219 du CGI — chiffre d'affaires sous 10 M€, capital entièrement libéré et détenu de façon continue à 75 % au moins par des personnes physiques, le tout dans la limite de 42 500 € de bénéfice. Une seule case manquante et on passe au taux normal de 25 %, soit 505 € au lieu de 303 €. Notre guide sur l'IS à 15 % reprend chaque condition.
Ce que le cas montre vraiment
Sur les mêmes 30 % du capital : environ 3 291 € d'impôt si M. X les détenait en direct (5 940 € × 55,4 %, CSG déductible prise en compte), contre 303 € d'IS via la SAS. 2 988 € d'écart, produit de deux effets qui se cumulent — l'amortissement rabote la base, et le taux est trois à quatre fois plus bas.
Sauf que le chiffre de 2 988 € est faux si on s'arrête là. Trois contreparties doivent entrer dans le calcul :
- La CRL de 900 € tombe au niveau de la SCI, donc sur 100 % des loyers — et uniquement parce que notre immeuble est achevé depuis plus de quinze ans. À elle seule, elle croque près du tiers du gain annuel affiché.
- L'IS n'est qu'un acompte. Après impôt, il reste 1 717 € de résultat distribuable dans la SAS — et, en trésorerie, près de 5 637 €, puisque l'amortissement de 13 067 € n'est jamais décaissé (30 % des 19 800 € de cash dégagés, hors remboursement du capital de l'emprunt, moins les 303 € d'IS). Cet argent ne rejoindra le compte personnel de M. X qu'après le PFU à 31,4 %.
- L'amortissement sera repris. Chaque euro amorti dans la quote-part IS gonfle d'autant la plus-value professionnelle le jour de la vente de l'immeuble ou des parts. On décale l'impôt, on ne l'annule pas.
Un montage pareil ne se juge donc pas sur un exercice. Il se juge sur dix ou quinze ans, tableau de trésorerie en main, avec l'hypothèse de sortie écrite noir sur blanc dès le départ. Notre guide sur le cash-flow d'une SCI donne la trame de ce raisonnement.
6. Obligations déclaratives : 2072-C, liasse de l'associé, FEC
Le calcul est fait. Encore faut-il le poser sur les bons imprimés — et c'est ici qu'une SCI mal accompagnée se trahit en une seconde. Le dédoublement du résultat n'a qu'une traduction déclarative possible, la 2072-C. Une 2072-S déposée par une SCI dont une SAS figure au capital, c'est un signal lumineux pour l'administration. Trois obligations se superposent : celle de la SCI, celle de l'associé, celle de la comptabilité.
La SCI : 2072-C-SD obligatoire
La 2072-S-SD est faite pour les cas simples : associés tous personnes physiques (ou entreprises au micro), aucun bien en nue-propriété, aucun immeuble classé, aucun régime d'amortissement optionnel. Il suffit qu'un seul associé doive calculer sa quote-part selon les règles de l'IS, des BIC ou des BA réels pour que la SCI bascule sur la 2072-C-SD. Un associé sur dix, à 5 % du capital : la bascule est la même.
Comptez au minimum la déclaration elle-même plus les annexes 2072-C-A1-SD et 2072-C-A2-SD, qui identifient les associés et ventilent le résultat entre eux. Dépôt dématérialisé obligatoire, via l'espace professionnel impots.gouv.fr ou en EDI. Notre guide complet de la déclaration 2072 reprend le formulaire case par case.
| Situation | Déclaration |
|---|---|
| Tous associés personnes physiques, patrimoine privé | 2072-S-SD |
| Au moins un associé personne morale à l'IS | 2072-C-SD + annexes A1 et A2 |
| Au moins un associé exploitant BIC ou BA au réel ayant inscrit les parts à son bilan | 2072-C-SD + annexes A1 et A2 |
| Bien en nue-propriété, monument historique, régime d'amortissement optionnel | 2072-C-SD |
Échéance 2026 : 5 mai, prolongé de quinze jours pour les téléprocédures — donc jusqu'au 20 mai 2026 dans les faits. Ne comptez pas dessus pour finir la double détermination du résultat : elle se prépare en février, pas la veille. Le calendrier fiscal SCI reprend toutes les dates de l'année.
L'associé personne morale : sa propre liasse
Côté société associée, la quote-part communiquée par la SCI rejoint son résultat fiscal. Trois gestes :
- La quote-part est enregistrée en comptabilité : compte 755 lorsqu'elle est bénéficiaire, compte 655 lorsqu'elle est déficitaire.
- Elle fait ensuite l'objet, s'il y a lieu, d'un retraitement extra-comptable sur le tableau de détermination du résultat fiscal : 2058-A au régime réel normal, 2033-B au régime réel simplifié. Vérifiez systématiquement le millésime du formulaire de l'année, les libellés de lignes évoluent.
- La valeur des titres figure à l'actif immobilisé et doit être suivie : elle sert de référence pour le calcul de la plus-value à la sortie (chapitre 9).
L'article 238 bis K renvoie d'ailleurs à un décret pour ses conditions d'application, obligations déclaratives comprises. Mon conseil de méthode, appris à force de rattraper des dossiers : ne déposez jamais la 2072-C et la liasse de l'associé séparément, sans les avoir mises côte à côte. Le chiffre porté sur l'une doit se retrouver à l'euro près dans l'autre. Nos guides liasse 2033 et déclaration 2065 donnent les repères formels côté IS.
Le FEC devient obligatoire
L'obligation de remettre sa comptabilité sous forme dématérialisée en cas de vérification vient du I de l'article L. 47 A du livre des procédures fiscales, qui vise les contribuables tenant leur comptabilité au moyen de systèmes informatisés. Une SCI purement foncière, détenue par des personnes physiques uniquement, en est dispensée par tolérance. La tolérance s'arrête net dès qu'un associé est une personne morale à l'IS ou un professionnel au réel : partie double, et un FEC conforme prêt à sortir.
Le prix de l'oubli figure à l'article 1729 D du CGI : 5 000 €, ou 10 % des droits rappelés si c'est plus. Ce n'est pas théorique. Une SCI de location d'habitation détenue à 99,98 % par une société ayant opté pour l'IS s'est vu confirmer l'amende de 5 000 € en appel (CAA Nantes, 1re ch., 16 avril 2024, n° 23NT01148). 5 000 € pour une SCI qui encaisse 36 000 € de loyers, cela fait cher le fichier texte. Notre guide sur le FEC en SCI explique quoi produire et comment.
| Obligation | SCI IR, associés personnes physiques | SCI IR avec associé personne morale IS |
|---|---|---|
| Comptabilité | Trésorerie admise | Engagement, partie double |
| Nombre de résultats à calculer | 1 | 2 |
| Déclaration annuelle | 2072-S-SD | 2072-C-SD + annexes |
| FEC | Non | Oui |
| CRL 2,5 % | Non | Oui (art. 234 terdecies) |
| Amortissement de l'immeuble | Aucun | Oui, dans la version IS du résultat |
Un dernier point qu'on néglige toujours : le volet non fiscal. Approbation des comptes en assemblée, tenue des registres, et surtout déclaration des bénéficiaires effectifs. Avec une personne morale au capital, il faut remonter toute la chaîne de détention jusqu'aux personnes physiques qui contrôlent réellement. Deux étages de holding et l'exercice devient un vrai travail de généalogie.
7. La CRL de 2,5 % : la facture cachée de l'associé société
Pourquoi elle devient exigible
Voilà la ligne budgétaire que personne n'anticipe. La contribution annuelle sur les revenus locatifs vit aux articles 234 nonies à 234 quindecies du CGI. Elle frappe les loyers tirés de locaux situés dans des immeubles achevés depuis quinze ans au moins au 1er janvier de l'année d'imposition.
L'article 234 terdecies désigne nommément les sociétés relevant de l'article 8 du CGI dont un membre au moins est soumis, à la clôture de l'exercice, à l'IS au taux de droit commun. La contribution est alors due par la société elle-même, sur les recettes nettes de l'article 29 du CGI, déterminées dans les conditions du I de l'article 234 duodecies. Taux : 2,5 % (art. 234 quindecies). Un seul associé à l'IS suffit à déclencher le mécanisme.
Le piège, et il est sévère : l'assiette, ce sont les recettes locatives de la société entière, pas la quote-part de l'associé à l'IS. Une SCI détenue à 5 % par une SAS paie la CRL sur 100 % de ses loyers. Autrement dit, un associé personne morale symbolique coûte le même prix qu'un associé à 90 % : 2,5 % du loyer, tous les ans, sans contrepartie.
Les exonérations à vérifier
Avant de vous résigner, passez en revue le III de l'article 234 nonies. Quatre cas concernent réellement les SCI :
- Locaux dont le loyer annuel n'excède pas 1 830 € par local.
- Locations effectivement soumises à la TVA — de plein droit ou sur option de l'article 260-2° du CGI pour des locaux professionnels nus. Attention : les loyers exonérés de TVA ou couverts par la franchise en base restent dans l'assiette de la CRL (BOI-RFPI-CTRL-20-20).
- Immeubles achevés depuis moins de quinze ans au 1er janvier de l'année d'imposition : la condition de l'article 234 nonies n'est pas remplie.
- Locations consenties à l'État et à certains établissements publics, logements faisant partie d'une exploitation agricole, immeubles de certains organismes de logement social, et logements ayant fait l'objet de travaux de réhabilitation financés à hauteur d'au moins 15 % par une subvention de l'Agence nationale de l'habitat — l'exonération jouant alors pendant les quinze années suivant celle de l'achèvement des travaux.
Dans un montage que l'on construit volontairement, un seul de ces leviers est actionnable : la TVA. Si la SCI loue des locaux professionnels nus, l'option de l'article 260-2° du CGI fait sortir les loyers concernés de l'assiette de la CRL. Le calcul mérite d'être posé : 2,5 % de CRL économisés contre des déclarations de TVA à produire toute l'année. Sur 60 000 € de loyers commerciaux, on parle de 1 500 € par an — souvent, cela suffit à trancher. Voir nos guides SCI et TVA et déclaration de TVA.
Comment la déclarer et la payer
| Redevable | Déclaration | Acompte | Échéance du solde |
|---|---|---|---|
| Société relevant de l'art. 8 avec un membre à l'IS (art. 234 terdecies) | Recettes portées sur la 2072-C ; solde sur relevé n° 2582 (Cerfa 12437) | Relevé n° 2581 (Cerfa 12436), au plus tard le 15 du dernier mois de l'exercice | Date limite de dépôt de la déclaration de résultats |
| Personne morale passible de l'IS de droit commun (art. 234 duodecies) | Relevé de solde n° 2572 (Cerfa 12404) | Relevé n° 2571 (Cerfa 12403), à la date du dernier acompte d'IS de l'exercice | Même date que le solde d'IS |
L'acompte se calcule sur les recettes de l'exercice précédent, au même taux de 2,5 %, et il est dispensé sous 100 €. Le BOFiP détaille tout cela (BOI-RFPI-CTRL-20-30). Mais si vous ne devez retenir qu'une chose : personne ne vous préviendra. Aucun avis d'imposition n'arrive dans la boîte aux lettres, la CRL se calcule et se paie spontanément. On la découvre en général le jour du contrôle, avec les intérêts de retard et la majoration sur toute la période de reprise. Notre guide dédié à la crl-sci-is reprend le calcul de l'assiette et le remplissage du relevé.
8. Trésorerie et distribution : faire remonter le cash
Le décalage entre l'impôt et l'encaissement
Reprenons le fil laissé au chapitre 1. La société associée est imposée à la clôture de l'exercice de la SCI, distribution ou pas. Si la SCI garde son cash pour rembourser le capital de l'emprunt — ce qu'elle fait quasiment toujours sur les dix premières années — la SAS paie un IS sur un revenu qu'elle n'a jamais touché. Dans notre exemple, 303 € : on en sourit. Prenez une SCI qui dégage 80 000 € de résultat « règles IS » avec un associé à 50 %, et ce sont 10 000 € au taux normal qu'il faut sortir de la trésorerie de l'associé, contre rien du tout. Là, on ne sourit plus.
Deux parades, toutes deux à écrire dans les statuts et les procès-verbaux d'assemblée :
- Distribuer au moins l'impôt. L'assemblée décide chaque année une distribution au moins égale à la charge fiscale supportée par chaque associé. Voir notre guide sur l'affectation du résultat en SCI.
- Utiliser le compte courant d'associé. Les sommes distribuées et non prélevées restent inscrites au crédit du compte courant de l'associé, disponibles à tout moment sans nouvelle fiscalité. C'est l'outil le plus souple du montage — voir compte courant d'associé en SCI et les écritures comptables associées.
La distribution de la SCI vers la société : pas de seconde imposition
Bonne nouvelle pour une fois : quand la SCI verse enfin à la SAS sa part de résultat, rien n'est imposé une seconde fois. La quote-part avait déjà rejoint le résultat fiscal de la SAS à la clôture de l'exercice de la SCI. Le virement n'est qu'un mouvement de trésorerie, sans effet sur le résultat imposable.
En revanche — et c'est une déception fréquente en rendez-vous — le régime mère-fille ne s'applique pas. Les articles 145 et 216 du CGI parlent de produits de participation, c'est-à-dire de dividendes versés par une société soumise à l'IS. Une SCI translucide ne verse pas de dividendes au sens fiscal, elle remonte une quote-part de résultat. Ni exonération de 95 %, ni quote-part de frais et charges de 5 % : la question ne se pose tout simplement pas. C'est un écart majeur avec le schéma de la holding immobilière détenant des filiales à l'IS, et il faut le dire avant de monter l'opération, pas après.
Le second étage : de la société vers la personne physique
C'est ici que la facture rattrape le montage. Pour que M. X touche réellement l'argent logé dans la SAS, trois chemins, aux coûts très différents :
| Voie | Fiscalité 2026 | Remarque |
|---|---|---|
| Dividende de la SAS | PFU 31,4 % (12,8 % d'IR + 18,6 % de prélèvements sociaux) | Option globale possible pour le barème progressif, avec abattement de 40 % |
| Remboursement de compte courant | Aucune imposition sur le principal | Les intérêts éventuels sont imposables ; suppose un compte courant préalablement alimenté |
| Rémunération de dirigeant | Barème IR + charges sociales | Déductible du résultat de la société ; arbitrage à faire au cas par cas |
D'où sort ce 31,4 % ? Du maintien du prélèvement forfaitaire d'impôt sur le revenu à 12,8 %, additionné des prélèvements sociaux sur les revenus du capital mobilier portés à 18,6 % par la LFSS 2026. Ne le confondez pas avec le 17,2 % des revenus fonciers : deux assiettes, deux taux, et l'erreur se paie dans les deux sens. Nos guides PFU et SCI à l'IS, dividendes de SCI à l'IS et prélèvements sociaux 2026 reprennent le détail.
Le vrai calcul empile donc deux étages : IS de la société associée, puis PFU à la sortie. Et il faut le poser proprement, parce que c'est ici que les comparaisons flatteuses se fabriquent. Année 1, la SAS acquitte 303 € d'IS sur une quote-part fiscale de 2 020 € ; elle ne peut distribuer que le résultat après impôt, soit 1 717 €, sur lesquels le PFU prend 539 €. On serait tenté d'en conclure « 842 € pour 2 020 € de base, 41,7 % », et de comparer ce taux aux 55,4 % de M. X. Ce serait comparer deux bases différentes.
Car l'amortissement de 13 067 € est une charge non décaissée. Sur les mêmes 30 %, la SCI dégage 5 940 € de trésorerie et non 2 020 €. Les 3 920 € de quote-part d'amortissement ne sont pas effacés : ils restent dans la SAS et supporteront le PFU le jour où ils en sortiront — quand ils ne seront pas rattrapés plus tôt par la réintégration des amortissements en plus-value professionnelle. Purgeons donc les deux étages sur la même base économique de 5 940 € : 303 € d'IS, puis 31,4 % sur les 5 637 € de trésorerie restante, soit 1 770 €. Total : 2 073 €, autrement dit 34,9 % — contre 3 291 € et 55,4 % pour M. X en détention directe.
L'avantage existe donc bel et bien, mais il tombe de 2 988 € (quand on s'arrête à l'IS) à environ 1 218 € une fois le second étage payé : il est plus de deux fois plus faible que ce que laisse croire l'arrêt sur image au niveau de l'IS, et il tient pour une bonne part à un simple décalage dans le temps. C'est exactement le genre de chiffre qu'on ne vous montre pas quand on vous vend un montage.
9. La sortie : vente de l'immeuble, cession des parts, plus-values
Cas 1 — La SCI vend l'immeuble
Le dédoublement ne s'arrête pas au résultat courant. Il vaut aussi pour la plus-value, qui se retrouve coupée en deux régimes sur une seule et même vente :
| Fraction | Régime | Caractéristiques |
|---|---|---|
| Associés personnes physiques | Plus-values des particuliers, art. 150 U CGI | Abattements pour durée de détention : exonération d'IR à 22 ans, de prélèvements sociaux à 30 ans. Surtaxe de l'art. 1609 nonies G au-delà de 50 000 €, appréciée au niveau de la société — mais sur la seule fraction de plus-value revenant aux associés soumis à l'impôt sur le revenu et non exonérés : la quote-part de l'associé à l'IS est écartée du calcul du seuil (BOI-RFPI-TPVIE-20, § 60). Sur la SCI Bellevue, le seuil se compare à 70 % de la plus-value, pas à 100 %. |
| Associé personne morale à l'IS | Plus-values professionnelles, art. 39 duodecies et s. | Aucun abattement pour durée de détention. Réintégration des amortissements déduits dans la quote-part IS. Imposition au taux d'IS applicable à la société. |
C'est le moment où l'addition arrive. Reprenez la SCI Bellevue : quinze ans de détention, environ 196 000 € d'amortissements absorbés dans la version IS du résultat, une valeur nette comptable de la construction tombée à 204 000 €. La plus-value professionnelle de la SAS se calcule sur cette base minorée — donc elle explose. À prix de vente identique, la fraction « IS » supporte mécaniquement une base plus lourde que la fraction « particuliers », laquelle profite en plus des abattements pour durée de détention. Quinze ans d'économie d'impôt d'un côté, un rattrapage en une seule fois de l'autre. Nos guides plus-value en SCI et plus-value en SCI à l'IS détaillent les deux calculs.
Cas 2 — La société associée cède ses parts
Parts inscrites à l'actif, donc plus-value professionnelle. Deux points techniques, et le second coûte cher quand on l'ignore :
- Le taux. Les plus-values de cession de titres de sociétés à prépondérance immobilière non cotées sont exclues du régime du long terme : taux normal de l'IS (art. 219, I-a sexies-0 bis du CGI). Pas d'exonération, pas de taux réduit de 19 %. Inutile de chercher, la porte est fermée.
- Le prix de revient fiscal. Il ne s'agit pas du prix payé pour les parts. Il faut le majorer des quotes-parts de résultat déjà imposées chez l'associé et non distribuées, et le minorer des distributions perçues comme des quotes-parts de déficit déjà déduites. Sans cet ajustement, on paie deux fois l'impôt sur les mêmes bénéfices. C'est l'erreur numéro un des cessions de parts détenues par des sociétés, et elle se chiffre vite en dizaines de milliers d'euros.
Formalisme obligatoire depuis le 27 juin 2026. L'article 1865-1 du Code civil, créé par l'article 68 de la loi n° 2026-534 du 25 juin 2026, impose que la cession de parts ou actions d'une personne morale à prépondérance immobilière — la prépondérance s'appréciant principalement au sens de l'article 726 du CGI — soit constatée par acte notarié, par acte d'avocat contresigné (art. 1374 du Code civil) ou, dans les seuls cas où il y est légalement habilité, par acte sous seing privé rédigé par un expert-comptable, à peine de nullité. Il ne s'agit plus d'une condition d'opposabilité comme sous l'article 1865, mais d'une condition de validité. L'acte sous signature privée rédigé entre associés n'est donc plus valable pour une cession de parts de SCI. Les rédacteurs professionnels sont soumis aux obligations de vigilance en matière de lutte contre le blanchiment (titre VI du livre V du Code monétaire et financier).
Deux rappels de droit des sociétés, souvent inversés dans les articles que je lis. L'agrément d'une cession à un tiers est unanime de plein droit (art. 1861 al. 1 du Code civil) : les statuts servent à assouplir cette règle, pas à la durcir. Et en cas de refus, l'article 1862 ouvre une faculté de faire acquérir les parts — pas une obligation de rachat, contrairement à ce qu'on lit partout. Faute d'offre dans le délai de six mois — délai que les statuts peuvent moduler entre un mois et un an (art. 1864) —, l'agrément est réputé acquis, à moins que les autres associés ne décident dans le même délai la dissolution anticipée de la société, décision que le cédant peut rendre caduque en renonçant à la cession dans le mois (art. 1863). L'agrément tacite n'est donc pas automatique. Notre guide cession de parts de SCI déroule la procédure complète.
Cas 3 — La société associée sort par rachat ou réduction de capital
Autre scénario : la SCI rachète les parts de la société associée pour les annuler, ou l'associé exerce son retrait. D'autres textes, d'autres qualifications fiscales — voir rachat de parts par la SCI et sortir d'une SCI. Mais le fil rouge ne change pas : par un chemin ou par un autre, les amortissements déduits dans la quote-part IS finissent toujours par être repris.
10. Erreurs fréquentes avec un associé personne morale en SCI
Les huit points qui suivent viennent de dossiers réels, repris en cours de route après plusieurs exercices d'autonomie. Aucun n'est théorique. Chacun a déjà valu à quelqu'un un redressement ou une régularisation coûteuse.
Erreur 1 — Appliquer le pourcentage de parts au résultat foncier
La mère de toutes les erreurs, et de loin la plus répandue dans les dossiers non accompagnés. Le résultat foncier n'est pas la base de l'associé personne morale ; sa quote-part se calcule sur un résultat déterminé selon les règles de l'IS. Quand un vérificateur découvre le problème, il ne redresse pas un exercice, il en reprend plusieurs — et parfois dans les deux sens, ce qui complique encore la régularisation.
Erreur 2 — Déposer une 2072-S
La 2072-S n'a tout simplement pas les cadres pour identifier un associé personne morale et ventiler un résultat calculé selon deux jeux de règles. En déposant le mauvais imprimé, vous privez l'administration d'informations qu'elle est en droit d'exiger. Le dépôt d'un formulaire inadapté, comme l'absence des annexes 2072-C-A1 et A2, relève d'abord de l'amende de l'article 1729 B du CGI : 150 € par document non fourni, 15 € par omission ou inexactitude. Le vrai risque vient ensuite — une mise en demeure de déposer la déclaration réellement exigible, puis, si vous ne vous exécutez pas, les majorations de l'article 1728 du CGI (10 %, 40 % après mise en demeure restée sans effet). Voir aussi retard de déclaration en SCI et que faire en cas de retard.
Erreur 3 — Oublier la CRL
Personne ne vous enverra d'avis, la contribution se déclare et se paie toute seule. Prenez une SCI à 60 000 € de loyers : 1 500 € par an d'oubli, multipliés par la période de reprise, plus les intérêts de retard. On arrive vite à cinq chiffres pour une ligne dont le client ignorait l'existence.
Erreur 4 — Ne pas ventiler terrain et construction
Un amortissement assis sur une ventilation inventée ne tient pas trois minutes en contrôle. L'administration retient volontiers une quote-part de terrain élevée en zone tendue, et ce sont vos dotations qui rétrécissent d'autant. Documentez dès l'entrée de l'immeuble au bilan : valeurs foncières comparables, expertise, décomposition du prix dans l'acte. Après coup, c'est toujours plus difficile. Voir valeur du terrain et écritures d'achat d'immeuble.
Erreur 5 — Négliger la trésorerie de l'associé
Un IS à payer sur un revenu jamais encaissé, c'est une société d'exploitation qui se retrouve à découvert au pire moment. La politique de distribution de la SCI se décide en assemblée, chiffres en main, et doit s'accorder avec le plan de trésorerie de l'associé. Pas l'inverse.
Erreur 6 — Croire que l'amortissement est un gain définitif
Il diffère l'impôt. Il ne l'efface pas. Reprise intégrale à la vente de l'immeuble, ou indirectement à la cession des parts. Ce montage n'a de sens que sur un horizon de détention long, ou lorsque la sortie est pensée dès le départ dans un schéma de transmission.
Erreur 7 — Confondre les régimes de la SCI et de l'associé
Deux questions suffisent pour diagnostiquer un dossier en cinq minutes. La SCI dépose-t-elle bien une 2072 et non une 2065 ? L'associé personne morale porte-t-il bien une quote-part calculée selon ses propres règles ? Un « non » quelque part, et il faut tout reprendre depuis le premier exercice concerné. Nos guides résultat comptable et résultat fiscal et quote-part et déclaration 2044 aident à sécuriser la chaîne.
Erreur 8 — Ignorer le risque de fictivité
Une société associée sans substance, qui n'a rien financé, qui n'a d'autre raison d'être que de capter une fraction du résultat : voilà exactement le profil qui attire l'acte anormal de gestion, voire l'abus de droit fiscal. La participation doit répondre à un intérêt économique réel de la société associée, et l'apport doit avoir été effectivement libéré. Si vous ne savez pas expliquer en trois phrases pourquoi cette société est au capital, le montage est fragile. Voir aussi SCI fictive et motifs de redressement en SCI.
11. FAQ — SCI et associé personne morale
La présence d'une société à l'IS rend-elle la SCI passible de l'IS ?
Non. Une SCI ne bascule à l'IS que par option (art. 239 du CGI) ou par l'exercice d'une activité commerciale (art. 206-2 du CGI). La qualité des associés n'est jamais un critère d'assujettissement. La SCI reste régie par l'article 8 : seule la quote-part de l'associé personne morale est calculée selon les règles de l'IS, en application de l'article 238 bis K I. Voir notre comparatif IR / IS.
Faut-il vraiment calculer deux résultats ?
Oui. La mesure de tempérament du BOFiP (BOI-BIC-BASE-10-20-10, § 180) ne dispense de la double détermination que si le résultat a été déterminé selon un régime réel BIC ou BA et que l'entreprise membre relève de l'impôt sur le revenu. Une SCI de location nue avec un associé à l'IS ne remplit aucune des deux conditions.
L'associé personne morale peut-il amortir l'immeuble ?
Oui, mais indirectement : c'est la SCI qui comptabilise l'amortissement dans la version « règles IS » de son résultat, et l'associé reprend sa quote-part de ce résultat amorti. Les amortissements doivent être effectivement pratiqués dans les écritures de la société, dans la limite du prix de revient (BOI-BIC-BASE-10-20-10, § 150). Le 1° du II de l'article 39 C du CGI encadre par ailleurs cet amortissement pendant les trente-six premiers mois de location. Voir notre guide amortissement.
La société associée est-elle imposée sans distribution ?
Oui. Le résultat est imposé au nom de chaque associé à la clôture de l'exercice de la SCI, distribué ou non (BOI-RFPI-CHAMP-30-20, § 150). C'est le principal risque de trésorerie du montage : prévoir une politique de distribution ou un compte courant d'associé adapté.
Le régime mère-fille s'applique-t-il ?
Non. Les articles 145 et 216 du CGI visent des dividendes distribués par une société soumise à l'IS. Une SCI translucide remonte une quote-part de résultat, déjà imposée chez l'associé : ni exonération de 95 %, ni quote-part de frais et charges de 5 %. C'est une différence structurelle avec le schéma de la holding immobilière.
Quelle forme doit revêtir l'acte de cession de parts en 2026 ?
Depuis le 27 juin 2026, l'article 1865-1 du Code civil impose l'acte notarié, l'acte d'avocat contresigné ou, dans les seuls cas où il y est légalement habilité, l'acte sous seing privé rédigé par un expert-comptable, à peine de nullité, pour toute cession de parts d'une personne morale à prépondérance immobilière. L'acte rédigé entre associés n'est plus valable. Voir notre guide cession de parts.
Une SCI avec un associé personne morale, ça se pilote autrement
Double détermination du résultat, amortissement par composants, FEC conforme, répartition prête pour la 2072-C : sci-ai.app fait tourner tout ça à partir d'un seul jeu d'écritures. Et un expert-comptable dédié prend le relais si vous préférez déléguer.
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