Rémunération du gérant de SCI : peut-on se verser un salaire en 2026 ?
La grande majorité des gérants de SCI (société civile immobilière) ne touchent rien, et ils ont raison. Se verser une rémunération de gérance ne fait gagner un euro d'impôt que dans un seul cas : une SCI qui a opté pour l'impôt sur les sociétés (IS). Dans une SCI restée à l'impôt sur le revenu (IR) — le régime par défaut, et de loin le plus fréquent — la rémunération du gérant associé n'est pas déductible. Pire : elle peut coûter de l'argent quand les associés ne sont pas dans le même foyer fiscal. Ce guide chiffre ce surcoût à 684 € par an en section 3.
Cette page ne parle que d'argent : qui peut être payé, combien, et ce qu'il en reste. Pour la nomination, les pouvoirs et la révocation, notre guide du gérant de SCI traite le sujet en entier. Ici : quatre cas chiffrés jusqu'à l'euro, le régime social réel du gérant rémunéré, et le remboursement de frais, souvent la vraie réponse.
À retenir en 30 secondes
- La gérance bénévole est le cas par défaut, et le bon choix dans la plupart des SCI familiales. Aucun texte n'impose de rémunérer le gérant.
- À l'impôt sur le revenu, la rémunération du gérant associé n'est pas déductible : les charges déductibles des revenus fonciers forment une liste fermée (article 31 du code général des impôts) où elle ne figure pas.
- À l'impôt sur les sociétés, elle est déductible (article 211 du CGI) et imposée une fois chez le gérant (article 62). C'est le seul régime où l'opération a un sens fiscal.
- Le régime social est le vrai point d'incertitude. Aucun texte ne vise le gérant de SCI. La lecture dominante l'affilie aux travailleurs indépendants dès qu'il est rémunéré : cela déplace le résultat de 5 006 € dans notre cas n° 4.
Sommaire
- La réponse courte : bénévole par défaut, et c'est le bon choix
- Gérant associé ou gérant tiers : le tableau qui change tout
- Impôt sur le revenu : pourquoi ce n'est pas déductible (cas n° 1)
- Le gérant non associé : la seule déduction possible à l'IR (cas n° 2)
- Le remboursement de frais, souvent la vraie réponse (cas n° 3)
- Impôt sur les sociétés : la rémunération devient enfin déductible
- Ce qu'il reste au gérant après impôt
- Le régime social : ce que personne ne tranche proprement
- Rémunération ou dividendes : le calcul complet (cas n° 4)
- Qui décide la rémunération, et le piège de l'unanimité
- Rémunération excessive : 4 960 € prélevés sur 10 000 €
- Les 7 erreurs à éviter
- FAQ : 14 questions et sources
1. La réponse courte : bénévole par défaut, et c'est le bon choix
Un mot de vocabulaire d'abord, parce qu'il commande tout le reste. Le « salaire du gérant de SCI » n'existe pas : un gérant n'est pas salarié de sa société, il exerce un mandat. On parle de rémunération de gérance — une somme votée par les associés en contrepartie de la direction de la société. La nuance n'est pas cosmétique : c'est elle qui commande le régime fiscal et le régime social, donc tout ce qui suit.
Le code civil organise la gérance des sociétés civiles à partir de l'article 1846. Il dit qui nomme le gérant et comment. Il ne dit rien de sa rémunération. Ce silence n'est pas un oubli : le législateur a laissé le point à la liberté des associés.
Rémunérer le gérant est donc une faculté, jamais une obligation. Dans les SCI familiales que nous voyons passer, le gérant est l'un des associés, souvent un parent, et il exerce gratuitement. C'est aussi la formule la plus simple à tenir : rien à voter chaque année, rien à comptabiliser, et aucune question de cotisations sociales.
La gérance bénévole n'a qu'un seul vrai inconvénient : elle n'ouvre aucun droit et ne compense aucun frais. Si le gérant avance de l'argent pour la société — carburant, timbres, frais bancaires — la bonne réponse n'est pas de le rémunérer, c'est de le rembourser. La section 5 y est consacrée : c'est le vrai besoin de beaucoup de lecteurs arrivés ici.
Notre position, franchement — Si votre SCI est à l'impôt sur le revenu et détient un ou deux biens loués nus, ne vous rémunérez pas. Vous n'y gagnerez rien, vous vous imposerez une décision annuelle à voter et vous ouvrirez une question de cotisations sociales qu'aucun texte ne tranche. Distribuez le résultat, ou remboursez votre compte courant. La suite de ce guide explique pourquoi, chiffres à l'appui.
2. Gérant associé ou gérant tiers : le tableau qui change tout
Avant de parler d'impôt, une question tranche tout : le gérant détient-il des parts de la SCI, ou non ? L'article 1846 du code civil autorise les deux. Le traitement fiscal, lui, n'a rien à voir d'un cas à l'autre.
Le gérant associé est la configuration courante. Il porte deux casquettes : associé, donc titulaire d'une quote-part du résultat — la fraction du bénéfice qui lui revient à proportion de ses parts — et gérant, donc dirigeant. Aux yeux du fisc, ce qu'il se verse n'est pas le prix d'un service rendu par un extérieur : c'est un prélèvement sur le résultat de sa propre société.
Le gérant non associé est un tiers. Il ne détient aucune part. Sa rémunération redevient le prix d'un service de gestion, donc une charge ordinaire. Une nuance mérite d'être posée tout de suite, parce qu'on la lit rarement au bon endroit. À l'impôt sur les sociétés, l'article 211 du CGI (code général des impôts) pose une présomption : le gérant qui ne possède pas de parts est considéré comme associé si son conjoint ou ses enfants non émancipés en ont.
Cette présomption ne remet pas en cause la déduction, qui ne dépend à l'impôt sur les sociétés que du travail effectif. Elle range la rémunération sous l'article 62 du CGI plutôt que sous les traitements et salaires de droit commun : cela change la rubrique de déclaration, et la lecture du régime social de la section 8. Ce qui bloque vraiment la fausse gérance familiale n'est donc ni ce texte ni cette présomption, mais l'exigence d'un travail réel et d'un flux financier tracé. La section 4 y revient, chiffres à l'appui.
| Situation | Déductible pour la SCI ? | Imposition chez le bénéficiaire | Cotisations sociales |
|---|---|---|---|
| Gérant associé, SCI à l'IR | Non | Revenus fonciers, au barème + 17,2 % de prélèvements sociaux | Question ouverte (section 8) |
| Gérant non associé, SCI à l'IR | Oui, pour son montant réel, si les fonctions couvrent la gestion des immeubles (art. 31, I, 1°, e du CGI) | Selon les liens avec la société : salaires, ou revenus d'activité indépendante | Oui en principe |
| Gérant associé, SCI à l'IS | Oui, si travail effectif (art. 211 du CGI) | Article 62 du CGI, règles des salaires, abattement de 10 % | Question ouverte (section 8) |
| Gérant non associé, SCI à l'IS | Oui, si travail effectif | Traitements et salaires (art. 79), en pratique | Oui en principe |
Une seule case de ce tableau est vraiment piégeuse : la première. C'est celle qui concerne quatre-vingt-dix pour cent des lecteurs, et c'est l'objet de la section suivante.
3. Impôt sur le revenu : pourquoi ce n'est pas déductible (cas n° 1)
Voici le point le plus mal compris du sujet. Dans une SCI à l'impôt sur le revenu, se verser une rémunération de gérance en tant qu'associé ne fait économiser aucun impôt. Comprendre pourquoi vous évitera de mettre en place un dispositif inutile.
La liste des charges déductibles est fermée
Une SCI à l'impôt sur le revenu est dite translucide (article 8 du CGI) : elle ne paie pas l'impôt elle-même. Son résultat remonte chez chaque associé au prorata de ses parts et y est imposé en revenus fonciers, qu'il soit distribué ou non.
Or les charges qu'un propriétaire peut déduire de ses revenus fonciers ne sont pas libres. L'article 31 du CGI en donne une liste limitative : travaux d'entretien et de réparation, primes d'assurance, taxe foncière, intérêts d'emprunt, provisions de copropriété, et un poste « frais de gestion » que nous détaillons plus bas. La rémunération du gérant associé n'y figure nulle part. Ce qui n'est pas dans la liste n'est pas déductible : c'est aussi simple que cela.
L'administration dit la même chose dans sa doctrine publiée, le bulletin officiel des finances publiques. Sous la référence BOI-RFPI-CHAMP-30-20, mise à jour le 12 août 2020, elle écrit que ces rémunérations « ne peuvent pas être regardées comme une charge effective de la société » et « ont, par suite, le caractère de revenus fonciers ».
Le même texte ajoute une précision décisive, qu'on ne lit presque jamais ailleurs. Le bénéfice social se calcule en excluant la rémunération du revenu brut foncier ; la rémunération est ensuite ajoutée aux revenus fonciers du seul gérant. Elle ne disparaît donc pas. Elle change de porteur.
Cas n° 1 — Bruno et Hélène, SCI familiale à l'IR
Bruno, 59 ans, et Hélène, 56 ans, sont mariés et détiennent à parts égales une SCI qui possède deux appartements loués nus à Nantes. Loyers encaissés : 26 400 €. Charges déductibles : 7 400 €. Intérêts d'emprunt : 4 000 €. Le résultat foncier ressort donc à 15 000 €. Le couple est à la tranche marginale d'imposition de 30 % — la tranche à laquelle est taxé son dernier euro de revenu. Bruno est gérant et envisage 600 € par mois, soit 7 200 € par an.
| Ligne | Sans rémunération | Avec 7 200 € versés à Bruno |
|---|---|---|
| Bénéfice social de la SCI | 15 000 € | 15 000 − 7 200 = 7 800 € |
| Base imposable de Bruno | 7 500 € | 3 900 + 7 200 = 11 100 € |
| Base imposable d'Hélène | 7 500 € | 3 900 € |
| Total imposé dans le foyer | 15 000 € | 15 000 € |
| Impôt + prélèvements sociaux (47,2 %) | 7 080 € | 7 080 € |
Verdict : 7 080 € dans les deux colonnes. Bruno et Hélène déclarent ensemble, les 7 200 € se déplacent d'une base à l'autre à l'intérieur du même foyer, et l'addition ne bouge pas d'un euro. La rémunération n'est qu'un virement.
La variante qui coûte de l'argent
Changeons un seul paramètre. La SCI n'appartient plus à Bruno et Hélène, mais à Bruno et à son fils Adrien, 31 ans, qui a son propre foyer fiscal et une tranche marginale de 11 %. Tout le reste est identique : résultat 15 000 €, parts 50/50, rémunération envisagée 7 200 €.
- Sans rémunération. Bruno : 7 500 × 47,2 % = 3 540 €. Adrien : 7 500 × 28,2 % = 2 115 €. Total famille : 5 655 €.
- Avec 7 200 € versés à Bruno. Le bénéfice social tombe à 7 800 €, soit 3 900 € pour chacun. Bruno est imposé sur 3 900 + 7 200 = 11 100 €, soit 11 100 × 47,2 % = 5 239 €. Adrien : 3 900 × 28,2 % = 1 100 €. Total famille : 6 339 €.
Le surcoût est de 684 € par an. La rémunération a transféré 3 600 € de base imposable du fils vers le père, c'est-à-dire d'une tranche à 11 % vers une tranche à 30 %. La famille paie plus pour un montage censé l'optimiser. Ce chiffre ignore la contribution sociale généralisée déductible, qui joue ici de 46 € en faveur de la rémunération : le surcoût réel ressort à environ 638 € par an, soit 6 380 € sur dix ans. À l'impôt sur le revenu, la rémunération de gérance n'est donc pas seulement inutile : dès que les associés relèvent de foyers fiscaux différents, elle est nuisible.
Il existe une seule exception à cette non-déductibilité, et elle mérite sa propre section, parce que la plupart des guides la traitent à l'envers.
4. Le gérant non associé : la seule déduction possible à l'IR (cas n° 2)
Retour à l'article 31 du CGI, au poste « frais de gestion ». Son e du 1° du I autorise la déduction d'un forfait de 20 € par local. Ce forfait est majoré, lorsque le propriétaire les supporte réellement, des rémunérations des gardes et concierges, des frais de procédure, et des rémunérations, honoraires et commissions versés à un tiers pour la gestion des immeubles.
Tout tient dans le mot « tiers ». Un associé n'est pas un tiers de sa propre société. Un gérant extérieur, oui. Sa rémunération se déduit alors pour son montant réel, sans plafond autre que le caractère raisonnable. Les honoraires d'un administrateur de biens ou d'une agence de gestion locative relèvent de la même ligne.
Une réserve, que nous préférons poser avant que vous ne décidiez. Le texte vise les sommes versées à un tiers pour la gestion des immeubles, pas pour la gérance de la société. La doctrine administrative admet nommément les rémunérations de gérants d'immeubles et d'administrateurs de biens (BOI-RFPI-BASE-20-10), mais elle ne s'est jamais prononcée sur le cas du gérant statutaire non associé. La déduction se sécurise donc lorsque les fonctions rémunérées recouvrent effectivement la gestion locative — encaisser les loyers, traiter avec les locataires, suivre les travaux. Décrivez-les comme telles dans la décision des associés : c'est ce qui rend la déduction opposable.
Cas n° 2 — Confier la gérance à un tiers
Reprenons la SCI de Bruno et Hélène : résultat foncier 15 000 €, tranche à 30 %, prélèvements sociaux à 17,2 %, soit 47,2 % au total. Fatigués de la gestion, ils confient la gérance à un tiers rémunéré 2 400 € par an, avec une décision d'associés en bonne et due forme.
- Résultat foncier après déduction : 15 000 − 2 400 = 12 600 €.
- Impôt et prélèvements sociaux du couple : 12 600 × 47,2 % = 5 947 €.
- Contre 7 080 € auparavant, soit une économie apparente de 1 133 € — exactement 2 400 × 47,2 %.
Le compte n'y est pas encore. Les 47,2 % ignorent la contribution sociale généralisée déductible. En réduisant son revenu foncier de 2 400 €, le couple perd 163 € de contribution déductible de son revenu global de l'année suivante, soit 49 € d'impôt en plus. L'économie réelle ressort à 1 084 €.
La gestion leur coûte 2 400 € et leur en fait récupérer 1 084 : le coût net réel est de 1 316 € par an. C'est le vrai prix de la tranquillité, bien plus bas que le tarif affiché. Ce mécanisme de contribution déductible fausse beaucoup de calculs de rendement ; il est détaillé dans notre guide de la CSG déductible des revenus de SCI.
Dans ce cas, ne faites pas ça. La tentation évidente consiste à nommer gérant un enfant majeur non associé, à lui verser 2 400 € qui n'existent que sur le papier, et à empocher la déduction. Ne le faites pas. Il faut un travail réel, une décision datée et un flux financier tracé. À défaut, la charge est fictive : l'administration la réintègre, et vous vous exposez à la procédure d'abus de droit, avec une majoration qui peut atteindre 80 %. Voir notre guide sur l'abus de droit en SCI. Second effet, souvent oublié : les 2 400 € ne s'évaporent pas, le tiers les déclare et doit régler la question de son propre statut social.
5. Le remboursement de frais, souvent la vraie réponse (cas n° 3)
Beaucoup de lecteurs qui cherchent « rémunération du gérant de SCI » ne veulent pas un revenu. Ils veulent récupérer ce qu'ils ont avancé pour la société. Ce n'est pas la même opération, et elle est fiscalement bien meilleure.
Le remboursement de frais n'est pas un revenu : c'est le règlement d'une dette de la société envers celui qui a payé à sa place. Mais pour un dirigeant, la règle de départ est l'inverse de ce qu'on croit. L'article 80 ter du CGI soumet à l'impôt sur le revenu les indemnités, remboursements et allocations forfaitaires pour frais, quel que soit leur objet. Son b vise les dirigeants soumis au régime fiscal des salariés dans les sociétés passibles de l'impôt sur les sociétés : le gérant d'une SCI ayant opté en fait partie.
L'exonération est donc l'exception, et elle tient à un seul critère : le remboursement doit correspondre au chiffre exact et justifié de la dépense (BOI-RSA-CHAMP-20-50-10-20, paragraphe 180). D'où les trois exigences pratiques. Les frais doivent être engagés dans l'intérêt de la société, justifiés pièce par pièce, et remboursés au réel. À ces conditions seulement, le remboursement n'est pas imposable chez le gérant.
Une règle de plus est codifiée et rarement citée : une allocation forfaitaire versée au dirigeant pour ses frais de représentation et de déplacement n'est pas déductible si la société déduit déjà les frais réels de même nature. Le forfait et le réel ne se cumulent donc pas sur ce poste : c'est le 3 de l'article 39 du CGI, auquel l'article 211 renvoie expressément. Le texte ne vise que ces frais-là, pas l'ensemble des dépenses de la société.
Cas n° 3 — 1 240 € de frais, deux façons de les récupérer
Une SCI à l'impôt sur les sociétés dégage 30 000 € de résultat, imposé au taux réduit de 15 %. Son gérant, tranche marginale 30 %, a avancé 1 240 € dans l'année : déplacements justifiés, affranchissements, fournitures, frais bancaires. Deux façons de lui rendre cet argent.
- Voie A, la note de frais. La SCI rembourse 1 240 € sur justificatifs. C'est une charge déductible : elle économise 1 240 × 15 % = 186 € d'impôt sur les sociétés. Le gérant n'est imposé sur rien. Il récupère 1 240 € nets.
- Voie B, la rémunération. La SCI lui verse 1 240 € de rémunération de gérance en plus. Elle économise les mêmes 186 €. Mais le gérant est imposé : après l'abattement de 10 %, la base est de 1 116 €, et l'impôt de 1 116 × 30 % = 335 €. Il ne récupère que 905 €.
Écart : 335 € en faveur de la note de frais, pour exactement le même décaissement de la société. Et il se creuse encore si le gérant relève des cotisations sociales, sujet de la section 8. Avant de créer une rémunération, videz d'abord la colonne des frais.
Attention si vous refaites ce calcul chez vous : l'abattement de 10 % ne joue pas partout de la même façon. Il joue ici à la marge parce que notre gérant perçoit des salaires par ailleurs. Si cette rémunération de 1 240 € est son seul revenu de la catégorie, c'est le minimum de 509 € qui s'applique — un plancher assorti d'un plafond de 14 555 € sur les revenus 2025. La base tombe alors à 731 €, l'impôt à 219 €, et l'écart avec la note de frais se resserre à 219 €. Dans les deux cas, la note de frais gagne.
Le détail poste par poste fait l'objet d'un guide séparé : barème kilométrique, repas, téléphone, ce qui passe et ce qui ne passe pas. Les règles y diffèrent nettement entre une SCI à l'impôt sur le revenu et une SCI à l'impôt sur les sociétés. Lisez les frais de déplacement du gérant en SCI avant de rédiger votre première note de frais.
6. Impôt sur les sociétés : la rémunération devient enfin déductible
Quand une SCI opte pour l'impôt sur les sociétés, la logique s'inverse. La société devient un contribuable autonome : elle calcule son bénéfice, elle paie son impôt, et la rémunération de son dirigeant redevient une charge comme une autre.
Le texte applicable n'est pas celui qu'on cite d'habitude
On lit souvent que la déduction repose sur l'article 39 du CGI, qui régit les charges des entreprises en général. Ce n'est pas le texte le plus précis. Pour une société civile ayant opté, la règle spéciale est à l'article 211 du CGI, dans sa version en vigueur depuis le 6 août 2008.
Ce texte vise nommément « les sociétés civiles ayant exercé l'option prévue à l'article 206 3 ». Il admet en déduction du bénéfice les traitements, remboursements forfaitaires de frais et toutes autres rémunérations. Une seule condition : qu'ils correspondent à un travail effectif. Le critère de non-excès, lui, vient du 1 de l'article 39 et joue en complément.
Prenons une SCI à l'impôt sur les sociétés qui gère un immeuble de six lots. Elle dégage 30 000 € de résultat avant rémunération et verse 30 000 € à son gérant : son résultat imposable tombe à zéro. Encore faut-il que le travail justifie ce montant, ce que la section 11 chiffre. Elle ne paie alors pas d'impôt sur les sociétés. La rémunération, elle, sera imposée chez le gérant — une seule fois. C'est là tout l'intérêt du dispositif.
Le point de comparaison : le dividende
Un dividende subit deux impositions successives. D'abord l'impôt sur les sociétés au niveau de la SCI : 15 % jusqu'à 42 500 € de bénéfice, 25 % au-delà. Ensuite, à la distribution, le prélèvement forfaitaire unique (PFU) de 31,4 % sur la somme versée à l'associé. Ce taux se décompose en 12,8 % d'impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux, contre 17,2 % jusqu'aux revenus 2024. La hausse vient de l'article 12 de la loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025, qui porte la contribution sociale généralisée de droit commun à 10,6 % : elle s'applique dès l'imposition des revenus 2025.
Un mot pour éviter une confusion, parce que ce guide affiche deux taux de prélèvements sociaux différents. Les revenus fonciers, eux, restent à 17,2 % : le IV de l'article L136-8 du code de la sécurité sociale y maintient la contribution sociale généralisée à 9,2 %. Les 18,6 % ne concernent que les revenus de capitaux mobiliers — dividendes et intérêts de compte courant.
Attention, le taux de 15 % n'est pas automatique. Le b du I de l'article 219 du CGI, dans sa version en vigueur depuis le 21 février 2026, pose trois conditions à remplir en même temps. Un chiffre d'affaires inférieur à 10 millions d'euros. Un capital détenu à 75 % au moins par des personnes physiques. Et un capital entièrement libéré : les apports promis dans les statuts ont été effectivement versés à la société.
C'est le piège classique des SCI. Beaucoup ont été constituées avec un capital souscrit mais jamais versé, parfois de bonne foi, souvent parce que personne n'a expliqué la différence. Le bénéfice est alors imposé à 25 % dès le premier euro, et tous les calculs de ce guide changent. Vérifiez vos statuts et vos comptes avant de raisonner sur 15 %.
Sur 100 € de bénéfice au taux réduit, il reste donc environ 58 € à l'associé. La rémunération, elle, ne passe qu'une fois par la case impôt. Le calcul complet, avec les deux lectures possibles du régime social, est en section 9.
7. Ce qu'il reste au gérant après impôt
La rémunération déduite chez la SCI doit être déclarée par celui qui la perçoit. Le rattachement passe par une chaîne de textes que beaucoup de pages présentent de travers.
La chaîne exacte : article 211, puis article 62
Le deuxième alinéa de l'article 211 du CGI soumet les sommes retranchées du bénéfice de la société à l'impôt sur le revenu, au nom de leurs bénéficiaires, dans les conditions prévues à l'article 62. C'est ce renvoi, et lui seul, qui fait entrer le gérant associé d'une SCI à l'impôt sur les sociétés dans le champ de l'article 62.
Lisez l'article 62 dans sa version consolidée du 6 août 2008 : vous n'y trouverez aucune mention des sociétés civiles. Il vise les gérants majoritaires de SARL (société à responsabilité limitée), ceux des sociétés en commandite par actions et les associés en nom des sociétés de personnes. S'y ajoutent les membres des sociétés en participation et les associés uniques d'entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée (EURL) et d'exploitation agricole à responsabilité limitée, visés aux 4° et 5° de l'article 8. Les sociétés civiles relèvent du 1° du même article 8 : elles ne sont pas dans la liste. Le pont est bâti par l'article 211, et la doctrine le confirme au paragraphe 120 du BOI-RSA-GER-10-10-20, mis à jour le 15 décembre 2022.
Ce que cela change en pratique
L'article 62 renvoie aux règles des traitements et salaires, et le gérant y gagne. L'abattement de 10 % pour frais professionnels s'applique, avec option pour les frais réels : sur 30 000 € perçus, la base imposable tombe à 27 000 €. Les cotisations et primes de l'article 154 bis du CGI se déduisent en outre avant cet abattement.
Cette dernière mention mérite un mot, parce qu'on lui fait souvent dire plus qu'elle ne dit. L'article 154 bis organise la déduction des cotisations des travailleurs non salariés. C'est un indice, pas une preuve : ce renvoi a été écrit pour les gérants majoritaires de SARL et les associés en nom, qui sont travailleurs indépendants en vertu d'autres textes. Il n'établit rien pour le gérant de SCI, qui n'entre dans l'article 62 que par le renvoi de l'article 211. La section suivante prend le sujet de face.
Cas du gérant tiers — Un gérant non associé d'une SCI à l'impôt sur les sociétés relève en principe des traitements et salaires de droit commun (article 79 du CGI). Selon la doctrine administrative, l'article 62 ne joue que pour les membres de la société (BOI-RSA-GER-10-10-20, paragraphe 120). L'article 211 ne le dit pas expressément : il vise « les bénéficiaires », sans distinguer. L'abattement de 10 % s'applique dans les deux cas : la différence porte sur la rubrique de déclaration, et surtout sur le régime social, qui dépend alors de l'existence ou non d'un lien de subordination.
Dans une SCI restée à l'impôt sur le revenu, il n'y a rien de spécifique à déclarer : la rémunération est absorbée dans les revenus fonciers du gérant, via la déclaration de résultat 2072 de la société puis sa 2044 personnelle. Aucune ligne « rémunération de gérance » n'existe.
8. Le régime social : ce que personne ne tranche proprement
Sur ce point, presque tout ce qui s'écrit est trop affirmatif — dans un sens comme dans l'autre. Voici ce qui est certain, et ce qui ne l'est pas.
Ce qui est certain
Un gérant bénévole ne cotise sur rien. Aucune rémunération, donc aucune base de calcul, et aucune affiliation au titre du mandat. C'est net, c'est la situation de la grande majorité des gérants de SCI, et cela ne se discute pas.
Le mandat de gérant n'est pas, en lui-même, un contrat de travail. Il n'emporte aucune subordination. Le gérant associé n'est donc jamais salarié au titre de son seul mandat, et il n'a droit à aucune allocation chômage à ce titre. Un gérant non associé peut en revanche se trouver subordonné aux associés, et relever alors du régime général.
Ce qui ne l'est pas
Aucun texte ne vise le gérant de société civile. L'article L611-1 du code de la sécurité sociale, en vigueur depuis le 16 décembre 2020, rattache aux travailleurs indépendants « les travailleurs non salariés » qui ne relèvent pas du régime agricole. Il énumère ensuite des cas particuliers : débitants de tabac, moniteurs de ski, loueurs de meublés. Les gérants de sociétés civiles n'y figurent pas nommément. Mais la formule générale du 1° est assez large pour les englober.
De ce silence sont nées deux lectures opposées. La première retient que la SCI a une activité civile, non professionnelle, et en déduit qu'aucune affiliation n'est due. La seconde, largement dominante en pratique, considère qu'un gérant associé qui perçoit une rémunération exerce une activité non salariée et relève à ce titre des travailleurs indépendants, avec cotisations à la clé. C'est la position que retiennent la plupart des praticiens et des organismes de recouvrement.
Ce que nous ferions à votre place — Nous ne tranchons pas : aucun texte ne le fait. Mais nous partirions de l'hypothèse haute, celle de l'affiliation, pour chiffrer le montage cotisations comprises et vérifier qu'il tient encore. S'il ne tient qu'en supposant l'absence de cotisations, il ne tient pas. Et si le montant en jeu le justifie, demandez un rescrit social (article L243-6-3 du code de la sécurité sociale) : une prise de position formelle de l'URSSAF, l'organisme qui recouvre les cotisations, sur votre situation précise. Elle lui est ensuite opposable. C'est la seule façon d'obtenir une réponse ferme.
Un détail décide du sort des petites rémunérations, et il est presque toujours passé sous silence. Sous l'hypothèse de l'affiliation, les cotisations ne sont pas proportionnelles au revenu. Des cotisations minimales restent dues même sur un revenu faible ou nul : de l'ordre de 1 100 € par an en 2026, au titre de la retraite de base, de l'invalidité-décès et des indemnités journalières.
Dans ce cas, ne faites pas ça. Pour un gérant qui n'est pas déjà affilié comme travailleur indépendant par ailleurs, une rémunération de 1 200 € par an ne coûte pas 480 € de cotisations, mais près de 1 100 €. Plus de 90 % partent en cotisations, et il ne lui reste presque rien. La petite rémunération symbolique, celle que beaucoup de SCI mettent en place « pour faire propre », est alors la pire configuration possible. Remboursez des frais à la place : c'est l'objet de la section 5.
La réserve compte autant que la règle. Si le gérant est déjà travailleur indépendant — profession libérale, gérant majoritaire de SARL, entrepreneur individuel — les cotisations minimales sont déjà acquittées au titre de cette activité. Sa rémunération de gérance ne supporte plus alors que le taux proportionnel, soit environ 480 € sur 1 200 €. C'est le cas de Nathalie dans notre cas n° 4.
Le risque monte nettement dans deux configurations. La première : la SCI qui exerce une activité commerciale sort du terrain civil. La location meublée en SCI en est le cas type — au-delà d'une tolérance de 10 % des recettes totales hors taxes, appréciée chaque année, elle fait basculer la société à l'impôt sur les sociétés de plein droit. En dessous de ce seuil, la SCI reste à l'impôt sur le revenu et garde son caractère civil. La seconde : le gérant qui tire de la gestion immobilière l'essentiel de ses revenus exerce, de fait, une activité professionnelle. Dans ces deux cas, l'affiliation ne se discute plus vraiment.
Dernier point, à mettre à l'actif de la cotisation : elle ouvre des droits. Retraite de base et complémentaire, indemnités journalières, prévoyance. Une rémunération sans cotisation ne construit rien.
9. Rémunération ou dividendes : le calcul complet (cas n° 4)
Voici le calcul annoncé en section 6, mené jusqu'au bout. Il est fait deux fois, dans les deux lectures du régime social : c'est cette incertitude, et non la fiscalité, qui décide du résultat.
Cas n° 4 — Nathalie, SCI à l'impôt sur les sociétés
Nathalie, 52 ans, consultante indépendante, gère une SCI à l'impôt sur les sociétés dont elle détient la quasi-totalité des parts — son frère porte le solde, une société civile comptant au minimum deux associés (article 1832 du code civil). Le local commercial est loué 54 000 € par an. Après charges courantes (9 000 €), intérêts d'emprunt (6 000 €) et amortissements (15 000 €), le résultat avant rémunération s'établit à 24 000 €. Sa tranche marginale d'imposition est de 30 %. Elle veut sortir ces 24 000 € de la société.
Option A — tout en dividendes. Impôt sur les sociétés au taux réduit : 24 000 × 15 % = 3 600 €. Bénéfice distribuable : 20 400 €. Prélèvement forfaitaire unique à 31,4 % : 20 400 × 31,4 % = 6 406 €. Total des prélèvements : 10 006 €. Net pour Nathalie : 13 994 €.
Option B — tout en rémunération, sans cotisations. La rémunération de 24 000 € est déductible, le résultat imposable tombe à zéro, l'impôt sur les sociétés est nul. Chez Nathalie : abattement de 10 %, base de 21 600 €, impôt de 21 600 × 30 % = 6 480 €. Net : 17 520 €.
Option C — tout en rémunération, avec cotisations de travailleur indépendant. L'enveloppe de 24 000 € doit maintenant couvrir la rémunération et les cotisations, de l'ordre de 40 % de la rémunération nette à ce niveau. La rémunération ressort à 24 000 ÷ 1,40 = 17 143 €, et les cotisations à 6 857 €. Base imposable après abattement : 15 429 €. Impôt : 15 429 × 30 % = 4 629 €. Net : 12 514 €.
| Option | Prélèvements | Net pour Nathalie | Écart avec A |
|---|---|---|---|
| A — Dividendes | 10 006 € | 13 994 € | référence |
| B — Rémunération, sans cotisations | 6 480 € | 17 520 € | + 3 526 € |
| C — Rémunération, avec cotisations | 11 486 € | 12 514 € | − 1 480 € |
Regardez l'écart entre B et C : 5 006 € sur une seule année, pour le même montage, la même société et le même montant sorti. La fiscalité ne décide pas de cet arbitrage. C'est la question sociale, celle qu'aucun texte ne règle, qui le décide.
Reste à savoir ce que donne une tranche marginale plus basse : c'est souvent là que ce genre de règle se retourne. Refaisons donc tout à 11 %, toujours sous l'hypothèse des cotisations. Côté rémunération : base 15 429 €, impôt 1 697 €, net 15 446 €.
Côté dividendes, un contribuable à 11 % ne garde pas le prélèvement forfaitaire unique : il coche la case 2OP et opte pour le barème, ce qui ouvre l'abattement de 40 % de l'article 158, 3, 2° du CGI. Sur les 20 400 € distribués, la base d'impôt sur le revenu tombe à 12 240 €, soit 1 346 € d'impôt. Les prélèvements sociaux, eux, restent assis sur la totalité : 20 400 × 18,6 % = 3 794 €. Net : 15 260 €.
L'écart réel est donc de 186 €. Le calcul qu'on voit passer ailleurs oppose la rémunération au prélèvement forfaitaire de 31,4 % et annonce 1 452 € d'avantage : huit fois trop. Personne ne paie 31,4 % sur un dividende quand sa tranche est à 11 %. Une option se compare à celle que le lecteur prendrait vraiment. Et ces 186 € se referment presque entièrement au tour suivant. L'option pour le barème rend déductible 6,8 points de contribution sociale généralisée du revenu de l'année d'après (article 154 quinquies du CGI). Cela vaut environ 153 € d'impôt en moins un an plus tard. À 11 %, les deux voies se valent.
L'indifférence mathématique entre les deux se situe à 16,8 % de tranche marginale. Comme aucune tranche n'existe entre 11 % et 30 %, la règle pratique tient en une ligne : match nul à 11 %, le dividende l'emporte dès 30 % — toujours sous l'hypothèse des cotisations. Sans cotisations, la rémunération gagne partout.
Le troisième canal, que tout le monde oublie
Il existe une troisième façon de sortir de l'argent d'une SCI, et c'est la moins chère de toutes. Si vous avez alimenté un compte courant d'associé — c'est-à-dire avancé de l'argent à la société, à l'achat ou en laissant des loyers non distribués — son remboursement ne supporte aucune imposition. Ce n'est pas un revenu, c'est le règlement d'une dette.
La société peut en outre vous verser des intérêts sur ce compte, déductibles à l'impôt sur les sociétés à deux conditions. Il faut que le capital soit entièrement libéré — le même piège qu'au taux réduit de 15 %, et il ferme ce canal aux SCI dont les apports n'ont jamais été versés. Il faut ensuite rester sous le taux plafond, que le 3° du 1 de l'article 39 du CGI calcule lui-même et que l'administration se borne à publier : 4,55 % pour un exercice clos le 31 décembre 2025. Ce plafond s'apprécie compte par compte, sans compensation d'un associé à l'autre. Ces intérêts sont imposés chez vous au prélèvement forfaitaire unique de 31,4 %. Le mécanisme complet est détaillé dans notre guide du compte courant d'associé en SCI.
L'ordre à suivre est donc presque toujours le même : rembourser le compte courant tant qu'il est créditeur, puis rémunérer à hauteur du travail réellement fourni, et ne réserver le dividende qu'au solde.
10. Qui décide la rémunération, et le piège de l'unanimité
Une rémunération mal décidée est une rémunération attaquable — par le fisc, mais aussi par un associé mécontent. Et sur ce point, la plupart des guides écrivent une phrase inexacte.
La règle de majorité n'est pas celle qu'on croit
On lit couramment que la rémunération se décide « à la majorité prévue par les statuts ». C'est vrai quand les statuts prévoient quelque chose. Quand ils sont muets, l'article 1852 du code civil s'applique : les décisions qui excèdent les pouvoirs des gérants sont prises selon les statuts ou, à défaut, à l'unanimité des associés. Fixer la rémunération du gérant excède manifestement les pouvoirs du gérant.
La sanction n'est pas symbolique. Par un arrêt du 5 janvier 2022 (3e chambre civile, n° 20-17.428, publié au bulletin), la Cour de cassation a rangé ce principe d'unanimité parmi les dispositions impératives visées par l'article 1844-10 du code civil. Sa violation est donc sanctionnée par la nullité. Le même arrêt ajoute une précision décisive : l'unanimité de l'article 1852 vise la totalité des associés, et non les seuls présents ou représentés à l'assemblée. Un seul absent suffit, en principe, à faire tomber la décision — sous la réserve importante que voici.
Ce qui a changé le 1er octobre 2025
L'ordonnance n° 2025-229 du 12 mars 2025 a réécrit le régime des nullités en droit des sociétés, avec effet au 1er octobre 2025. Deux changements touchent directement la décision de rémunération. Ils sont récents : la plupart des contenus qui circulent en ligne sur ce sujet ont été écrits avant.
Premier changement : le nouvel article 1844-10 du code civil dispose que, sauf si la loi en décide autrement, la violation des statuts n'est pas une cause de nullité. La violation de l'unanimité de l'article 1852, qui est une disposition impérative, en reste une. Mais la seconde branche de l'arrêt de 2022, celle qui visait aussi « les règles statutaires qui l'aménagent », devient douteuse : une rémunération votée en méconnaissance d'une simple clause statutaire de majorité n'est probablement plus annulable.
Second changement : le nouvel article 1844-12-1 impose au juge un triple contrôle avant de prononcer la nullité. L'associé qui la demande doit justifier d'un grief, l'irrégularité doit avoir eu une influence sur le sens de la décision, et les conséquences de l'annulation ne doivent pas être excessives pour l'intérêt social.
L'associé écarté d'un vote de rémunération garde donc une arme, mais elle est plus difficile à manier qu'avant octobre 2025. Le gérant qui s'appuie sur une clause statutaire, lui, est mieux protégé qu'il ne l'était. Le conseil ne change pas pour autant. Faire voter la décision correctement coûte une réunion. Un contentieux dont l'issue dépend d'un contrôle de proportionnalité coûte des années.
Vérifiez vos statuts avant la prochaine assemblée. S'ils ne disent rien de la rémunération du gérant, deux options : réunir l'unanimité, ou modifier les statuts pour y insérer une clause de majorité. La seconde est plus solide si la SCI compte plusieurs branches familiales. Elle a un prix : compter environ 186 € TTC de formalités au greffe — inscription modificative à 42,26 € HT et dépôt d'acte à 6,05 € HT, arrêté du 25 février 2026 — auxquels s'ajoute l'annonce légale. Le détail est dans notre guide pour modifier les statuts d'une SCI.
Le gérant associé peut voter sa propre rémunération
Beaucoup s'abstiennent par prudence. C'est inutile. La Cour de cassation a jugé le 4 mai 2010 (chambre commerciale, n° 09-13.205), à propos d'une SARL, que la fixation de la rémunération du gérant n'est pas une convention mais une décision sociale ordinaire : l'associé gérant participe au vote. La solution se transpose sans difficulté à la société civile, pour laquelle le code civil n'organise aucune procédure de conventions réglementées. Vérifiez tout de même vos statuts : certains en créent une, et elle s'impose alors.
Le procès-verbal, et ce qu'il doit contenir
Que la décision passe par les statuts ou par une assemblée, elle doit être écrite. Le procès-verbal mentionne la date, les associés présents ou représentés, le montant, les modalités de versement, la durée d'application et le résultat du vote. Il est daté du jour de la réunion — jamais antidaté.
Ce document rend la décision opposable entre associés et sécurise la déduction en cas de contrôle : c'est la preuve que l'organe compétent a bien décidé. Sans lui, la déduction est fragile. Pour le déroulé complet d'une assemblée et les modèles de convocation, voir notre guide sur l'assemblée générale de SCI.
11. Rémunération excessive : 4 960 € prélevés sur 10 000 €
Se rémunérer dans une SCI à l'impôt sur les sociétés, oui. Se rémunérer à n'importe quel niveau, non. Deux conditions gouvernent la déduction : un travail effectif (article 211 du CGI) et un montant non excessif au regard du service rendu (1 de l'article 39).
La SCI patrimoniale bute surtout sur la première. Quel est le travail réel du gérant d'une société qui détient un appartement loué à un locataire stable ? Encaisser douze loyers, régler la taxe foncière, suivre les charges, tenir une assemblée. C'est réel, mais c'est mince. Quelques milliers d'euros par an se défendent. Quarante mille pour un seul bien, non.
Si l'administration juge la rémunération excessive, la sanction est double. La fraction excessive est réintégrée — c'est-à-dire remise dans le résultat imposable de la SCI, qui paie un complément d'impôt sur les sociétés. Et cette même fraction devient un revenu distribué chez le gérant, c'est-à-dire imposée chez lui comme un dividende. Ce n'est pas une construction de l'administration, c'est écrit : le d de l'article 111 du CGI range parmi les revenus distribués la fraction des rémunérations qui n'est pas déductible en vertu du 1° du 1 de l'article 39.
Chiffrons-le, parce que le mot « réintégration » ne dit rien de la facture. Prenons 10 000 € jugés excessifs dans une SCI imposée au taux réduit, chez un gérant dont la tranche marginale d'imposition est de 30 %.
- Côté société : 10 000 × 15 % = 1 500 € d'impôt sur les sociétés en plus.
- Côté gérant : la base d'impôt sur le revenu est majorée de 25 % (article 158, 7, 2° du CGI ; depuis la loi de finances pour 2021, cette majoration joue aussi au prélèvement forfaitaire unique). Impôt : 12 500 × 12,8 % = 1 600 €.
- Prélèvements sociaux, calculés eux sans la majoration : 10 000 × 18,6 % = 1 860 €.
Total : 4 960 € sur 10 000 €, soit près de la moitié, avant intérêts de retard et pénalités. C'est ce que supporte au total une somme de 10 000 € requalifiée. La même somme supporte l'impôt de la société puis celui du gérant : c'est exactement la double imposition que la rémunération servait à éviter.
Reste à savoir ce que coûte le redressement lui-même, et ce n'est pas ce total. Le gérant récupère l'impôt déjà payé au titre de l'article 62 : la requalification s'y substitue, elle ne s'y ajoute pas. Sur ces 10 000 €, il avait été imposé sur 9 000 € après l'abattement de 10 %, soit 2 700 € à une tranche marginale de 30 %. Il paie maintenant 3 460 €, donc 760 € de plus. Ajoutés aux 1 500 € de la société, le supplément net ressort à 2 260 €.
Ce que dit le Conseil d'État — Dans sa décision du 4 octobre 2023 (n° 466887, Sté Collectivision), il juge qu'une rémunération de dirigeant, même versée indirectement par une autre société, n'est pas un acte anormal de gestion. Cette notion désigne un appauvrissement décidé dans un intérêt étranger à celui de l'entreprise. Encore faut-il que les organes compétents aient entendu rémunérer le dirigeant et que le versement comporte une contrepartie. Il ajoute qu'une année sans rémunération n'interdit pas de rémunérer plus tard, au besoin rétroactivement. La décision sociale et la contrepartie réelle sont donc les deux remparts.
La leçon tient en trois gestes : un montant calé sur les diligences réelles, un procès-verbal, et de quoi prouver le travail accompli si on vous le demande. C'est ce qui sépare une optimisation solide d'un redressement.
12. Les 7 erreurs à éviter
- Croire qu'on optimise en se rémunérant à l'impôt sur le revenu. La rémunération du gérant associé n'est pas déductible et, si les associés relèvent de foyers différents, elle coûte de l'argent. Notre cas n° 1 chiffre le surcoût à 684 € par an.
- Verser une rémunération sans décision écrite. Sans clause statutaire ni procès-verbal, la déduction est fragile à l'impôt sur les sociétés et le versement requalifiable en revenu distribué. Et si les statuts sont muets, il faut l'unanimité.
- Fixer un montant sans rapport avec le travail réel. La fraction excessive est réintégrée chez la société et imposée comme un dividende chez le gérant. Vous payez deux fois.
- Supposer qu'il n'y a pas de cotisations sociales. C'est la lecture minoritaire. Chiffrez avec les cotisations : dans notre cas n° 4, l'écart entre les deux hypothèses atteint 5 006 € sur une année.
- Créer une rémunération au lieu de rembourser des frais. À décaissement égal, la note de frais laisse 335 € de plus dans la poche du gérant, dans notre cas n° 3. Videz cette colonne d'abord.
- Aller au dividende sans regarder le compte courant d'associé. S'il est créditeur, son remboursement sort sans aucune imposition. C'est le premier réflexe, pas le dernier.
- Ne pas refaire l'arbitrage après un passage à l'impôt sur les sociétés. Ce qui était neutre devient un levier, ou un piège selon le régime social retenu. Le calcul de la section 9 est à refaire à chaque changement de régime : voir passer sa SCI de l'IR à l'IS.
Pour aller plus loin
- Le gérant de SCI : pouvoirs, révocation, fiscalité — la page mère. Nomination, étendue des pouvoirs face aux tiers, révocation à la majorité des parts, droit de retrait du gérant révoqué.
- Frais de déplacement du gérant en SCI — le détail poste par poste du remboursement de frais évoqué en section 5, et ce qui change entre l'impôt sur le revenu et l'impôt sur les sociétés.
- Compte courant d'associé en SCI — comment l'alimenter, le rembourser sans imposition, et calculer les intérêts déductibles sous le taux plafond.
- SCI à l'IS ou à l'IR : le comparatif — le choix en amont dont dépend tout ce guide, avec l'effet des amortissements et de la plus-value de sortie.
- Dividendes d'une SCI à l'IS — la mécanique de distribution comparée en section 9 : décision d'affectation, acompte, retenue à la source.
- Assemblée générale de SCI — convocation, quorum, rédaction du procès-verbal qui sécurise la décision de rémunération.
- Modifier les statuts d'une SCI — la procédure et son coût réel, si vous devez y insérer une clause de majorité pour la rémunération.
- Cogérance en SCI — répartir les rôles entre plusieurs gérants, et rémunérer l'un sans rémunérer l'autre.
- Gérant de fait en SCI — le risque quand quelqu'un dirige sans mandat, et ce que devient l'argent qu'il perçoit.
- Charges déductibles en SCI — la liste complète de l'article 31 du CGI côté impôt sur le revenu, et la logique inverse à l'impôt sur les sociétés.
- Conventions réglementées en SCI — la frontière entre une décision de rémunération et une convention entre le gérant et sa société.
- Abus de droit en SCI — les montages purement fiscaux et la majoration encourue, évoqués en section 4.
Trois repères pour décider
- SCI à l'impôt sur le revenu : ne vous rémunérez pas. Non déductible, neutre au mieux, coûteuse dès que les associés ont des foyers fiscaux différents. Distribuez le résultat ou remboursez le compte courant.
- SCI à l'impôt sur les sociétés : chiffrez avant de décider. Déductible et imposée une seule fois, la rémunération bat le dividende de 3 526 € dans notre cas n° 4 sans cotisations, mais perd 1 480 € avec. Le régime social décide, pas la fiscalité.
- Commencez par les frais, pas par la rémunération. Un remboursement sur justificatifs n'est imposable nulle part. Dans notre cas n° 3, il laisse 335 € de plus au gérant pour le même décaissement.
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FAQ : 14 questions sur la rémunération du gérant de SCI
Sources primaires consultées
- Article 31 du CGI — liste limitative des charges déductibles des revenus fonciers ; le e du 1° du I vise les rémunérations versées à un tiers pour la gestion des immeubles.
- Article 211 du CGI — déduction des rémunérations dans les sociétés civiles ayant opté pour l'impôt sur les sociétés, sous condition de travail effectif.
- Article 62 du CGI — imposition chez le bénéficiaire selon les règles des traitements et salaires, après déduction des cotisations de l'article 154 bis.
- Article 80 ter du CGI, a et b — les indemnités, remboursements et allocations forfaitaires pour frais versés aux dirigeants sont imposables, quel que soit leur objet. Le b vise les dirigeants soumis au régime fiscal des salariés dans les sociétés passibles de l'impôt sur les sociétés.
- BOI-RSA-CHAMP-20-50-10-20, paragraphes 180 et 190 — l'exonération suppose que le remboursement corresponde au chiffre exact et justifié de la dépense ; les indemnités kilométriques restent imposables à défaut de relevé daté des trajets, de leur objet et de leur importance.
- BOI-RFPI-BASE-20-10 (mis à jour le 06/07/2016) — les rémunérations de gérants d'immeubles et d'administrateurs de biens entrent dans les frais de gestion déductibles des revenus fonciers. La doctrine ne vise pas le gérant statutaire non associé.
- BOI-IS-CHAMP-10-30, n° 320 et 330 — tolérance de 10 % des recettes totales hors taxes pour les recettes commerciales d'une société civile, appréciée chaque année ; au-delà, impôt sur les sociétés de plein droit.
- Article 1852 du code civil — décisions collectives excédant les pouvoirs du gérant : statuts, à défaut unanimité.
- Cass. 3e civ., 5 janvier 2022, n° 20-17.428 — l'unanimité de l'article 1852 vise la totalité des associés et non les seuls présents ; c'est une disposition impérative, sanctionnée par la nullité.
- Article 1844-10 du code civil et article 1844-12-1, dans leur version issue de l'ordonnance n° 2025-229 du 12 mars 2025, en vigueur depuis le 1er octobre 2025. La violation des statuts n'est plus une cause de nullité, et le juge exerce un triple contrôle avant de la prononcer.
- Article 219 du CGI (version en vigueur depuis le 21 février 2026) — taux réduit de 15 % dans la limite de 42 500 €, sous condition de chiffre d'affaires, de capital entièrement libéré et de détention à 75 % par des personnes physiques.
- Article 111 du CGI, d — la fraction de rémunération non déductible en vertu du 1° du 1 de l'article 39 est un revenu distribué.
- CE, 9e-10e ch., 4 octobre 2023, n° 466887 — rémunération de dirigeant, contrepartie et acte anormal de gestion.
- Article L611-1 du code de la sécurité sociale — champ des travailleurs indépendants ; les gérants de sociétés civiles n'y sont pas nommés.
- BOI-RSA-GER-10-10-20 (mis à jour le 15/12/2022) — le paragraphe 120 rattache à l'article 62 les rémunérations des membres des sociétés civiles ayant opté pour l'impôt sur les sociétés.
- BOI-RFPI-CHAMP-30-20 (mis à jour le 12/08/2020) — les rémunérations des associés gérants d'une SCI non soumise à l'impôt sur les sociétés ont le caractère de revenus fonciers.
Avertissement. Cet article a une visée informative. Il ne constitue pas un conseil personnalisé. Les données sont à jour au 19/09/2026. Le régime social du gérant de SCI rémunéré n'est encadré par aucun texte explicite : la section 8 expose les deux lectures et nous ne tranchons pas. Avant tout versement, faites valider le montage par un professionnel, et sollicitez un rescrit social si le montant le justifie.