SCI et panneaux photovoltaïques : le risque de commercialité
Couvrir la toiture d'un immeuble de SCI de panneaux solaires, très bonne idée. Signer dans la foulée un contrat de rachat pour revendre l'électricité, beaucoup moins. Ce second geste, qui paraît anodin, suffit à requalifier votre SCI en société commerciale au sens fiscal — et à faire basculer la totalité de ses résultats à l'impôt sur les sociétés, loyers de location nue compris. Je le répète à chaque client qui me pose la question : le danger ne vient jamais des panneaux, il vient de la vente. Cet article trace la frontière exacte entre l'autoconsommation (civile) et la revente (commerciale), décortique la tolérance des 10 % et détaille les montages qui permettent de produire du solaire sans faire sauter l'objet civil de la SCI.
Rédigé par Quentin Hagnéré, fondateur de sci-ai.app, et vérifié contre les sources officielles (CGI, BOFiP, Code de l'énergie). Mis à jour le 21 juillet 2026.
Sommaire
- Autoconsommation ou revente : la frontière décisive
- L'article 206-2 du CGI : la bascule à l'IS
- La tolérance des 10 %, lissée sur 4 ans
- Qui installe et qui exploite ? Le rôle du bail
- Cas chiffré : quand le seuil est franchi
- TVA 5,5 %, prime et tarif d'achat en 2026
- Amortissement de l'installation à l'IS
- Solutions concrètes pour préserver l'objet civil
- FAQ
1. Autoconsommation ou revente : la frontière décisive
Une seule question commande tout le reste : que faites-vous des kilowattheures que vous produisez ? Trois réponses possibles, trois régimes fiscaux différents.
- Autoconsommation totale : la SCI consomme elle-même l'électricité produite (éclairage des parties communes, ascenseur, ventilation, pompe de relevage, borne de recharge des communs). Aucune vente. L'opération reste civile : elle s'inscrit dans la gestion normale d'un patrimoine immobilier.
- Revente du surplus : la SCI consomme une partie de sa production et vend le surplus à EDF Obligation d'Achat (EDF OA) ou à un autre acheteur agréé. La vente, même partielle, est un acte de commerce.
- Revente totale : la SCI injecte et vend l'intégralité de sa production. C'est une véritable activité de production et vente d'électricité, incontestablement commerciale.
Vendre de l'électricité que l'on a soi-même produite, c'est du commerce. Le fisc le classe sans hésiter dans les bénéfices industriels et commerciaux (article 34 du CGI). Et quand la vente s'étale sur un contrat de rachat de vingt ans, impossible de la faire passer pour un acte de gestion isolé d'un bon père de famille : l'activité est répétée, organisée, lucrative. C'est cette étiquette « commerciale », posée sur une société civile, qui met le doigt dans l'engrenage de l'article 206-2 du CGI.
Pour le tour d'horizon complet — technique, budget, rentabilité, démarches — de l'équipement solaire d'un immeuble en société civile, notre guide SCI et panneaux photovoltaïques fait le job. Ici, on ne parle que d'une seule chose : le risque de commercialité et la bascule à l'IS qu'il peut déclencher.
2. L'article 206-2 du CGI : la bascule à l'IS
Le texte est court et sans appel. L'article 206-2 du CGI soumet à l'impôt sur les sociétés les sociétés civiles qui se livrent à une exploitation ou à des opérations de caractère commercial au sens des articles 34 et 35 du CGI. Traduction : dès qu'une SCI exerce une activité commerciale, même en marge de son objet, elle perd sa translucidité fiscale et devient elle-même redevable de l'IS.
Ce qui rend cette bascule redoutable
Le piège n'est pas d'imposer à l'IS les seuls revenus du solaire. C'est que toute la SCI y passe, d'un bloc. Les loyers de location nue, jusque-là déclarés par chaque associé en revenus fonciers, se retrouvent d'un coup imposés à l'IS au niveau de la société. Et la facture ne s'arrête pas là :
- Imposition immédiate des plus-values latentes sur les immeubles au jour du changement de régime.
- Passage à une comptabilité d'engagement complète : bilan, compte de résultat, liasse fiscale 2065 et 2033.
- Imposition des bénéfices à l'IS, puis des dividendes distribués aux associés (PFU de 31,4 % en 2026 : 12,8 % d'IR + 18,6 % de prélèvements sociaux depuis la LFSS 2026).
- Perte du régime des plus-values des particuliers (abattements pour durée de détention) au profit du régime des plus-values professionnelles, avec réintégration des amortissements.
- Retour à l'IR possible, mais coûteux : si les recettes commerciales repassent durablement sous 10 %, la SCI redevient translucide — mais ce rebasculement déclenche à nouveau l'imposition immédiate des plus-values latentes et du résultat (article 202 ter du CGI). Ce n'est donc pas le régime qui est irréversible, c'est le coût de chaque changement.
Avant de décider quoi que ce soit, mesurez l'écart réel entre les deux régimes avec notre comparatif SCI à l'IS ou à l'IR. Et si, à l'inverse, une bascule choisie et pilotée vous intéresse, tout est détaillé dans passer sa SCI de l'IR à l'IS.
Attention : la SCI qui exerce une activité commerciale, comme la location meublée ou la revente d'électricité, bascule à l'IS pour l'ensemble de ses résultats. Il ne suffit pas de « cloisonner » l'activité solaire dans un coin du bilan : c'est la nature de l'activité, pas son poids comptable, qui compte — sous la seule réserve de la tolérance des 10 % examinée ci-dessous.
3. La tolérance des 10 %, lissée sur 4 ans
Heureusement, la doctrine administrative ouvre une soupape. Le BOFiP (BOI-IS-CHAMP-10-30) admet qu'une société civile échappe à l'IS tant que ses recettes de nature commerciale ne dépassent pas 10 % de ses recettes totales hors taxes. En clair : un peu de commercial accessoire ne condamne pas la SCI, à condition de rester dans ce couloir.
Un seuil apprécié chaque année, lissé sur 4 ans
Attention à ne pas se méprendre : le seuil de 10 % s'apprécie en principe chaque exercice. Une année où les recettes commerciales dépassent 10 % des recettes totales suffit, par principe, à caractériser le changement d'activité. Mais l'administration admet, pour ne pas pénaliser une pointe ponctuelle, de retenir la moyenne des recettes commerciales de l'année examinée et des trois précédentes, rapportée à la moyenne des recettes totales de la même période. Autrement dit, une année où un ensoleillement exceptionnel gonfle la revente ne fait pas nécessairement tomber la SCI dans l'IS à elle seule — mais ne comptez pas sur ce lissage pour couvrir un dépassement franc et durable.
| Situation | Nature | Conséquence |
|---|---|---|
| Autoconsommation totale, aucune vente | Civile | Aucun risque, SCI reste à l'IR |
| Revente ≤ 10 % des recettes totales (moyenne 4 ans) | Commerciale tolérée | SCI reste à l'IR, à surveiller chaque année |
| Revente > 10 % des recettes totales (moyenne 4 ans) | Commerciale | Bascule à l'IS de toute la SCI |
| Revente totale de la production | Commerciale | Activité commerciale caractérisée, IS très probable |
Les recettes totales, ce sont toutes les entrées de la SCI : loyers encaissés, produits divers et recettes commerciales confondus. On rapporte donc la vente d'électricité à ce total pour obtenir le ratio. Prenons une SCI qui encaisse 40 000 € de loyers par an : comme le ratio se calcule sur les recettes totales (loyers + électricité), elle peut vendre pour environ 4 400 € d'électricité avant de toucher le plafond de 10 % (4 400 / 44 400 = 10 %). Un chiffre à garder en tête, parce qu'un contrat de rachat un peu généreux le franchit vite.
Attention au cumul : la revente d'électricité s'ajoute aux autres recettes commerciales éventuelles de la SCI. Si votre SCI pratique déjà de la location meublée, la marge restante avant le seuil de 10 % est d'autant plus réduite. C'est le total des recettes commerciales qui compte.
4. Qui installe et qui exploite ? Le rôle du bail
Au-delà du sort de l'électricité, une autre question pèse tout aussi lourd : dans quelle poche tombe l'argent de la vente ? Selon la réponse, le risque fiscal change complètement de camp. Deux montages, deux issues.
Schéma 1 : la SCI installe et exploite (elle porte le risque)
La SCI paie l'installation, signe le contrat de rachat avec EDF OA, encaisse les chèques. C'est donc elle qui exerce l'activité commerciale et qui prend le risque de l'article 206-2 du CGI en pleine figure. Ce montage ne tient la route qu'à une condition : que la SCI reste durablement en autoconsommation totale, ou nettement sous la barre des 10 %. Sinon, on joue avec le feu.
Schéma 2 : le locataire (ou un tiers) exploite (l'objet civil est préservé)
Ici, la SCI se contente de louer son toit — par un bail, une convention d'occupation de toiture ou un droit réel. C'est le locataire ou un exploitant tiers qui pose les panneaux, gère l'installation et vend le courant. La SCI, elle, ne touche qu'un loyer ou une redevance : un revenu strictement civil, pas un produit de vente d'énergie. Résultat, l'objet civil tient bon et l'IS reste à la porte.
| Critère | La SCI exploite | Le locataire exploite |
|---|---|---|
| Qui vend l'électricité | La SCI | Le locataire / exploitant |
| Ce que perçoit la SCI | Un produit commercial | Un loyer civil |
| Risque de bascule IS | Élevé | Écarté |
| Qui amortit / entretient | La SCI | Le locataire / exploitant |
Le bail qui encadre l'installation, ne le bâclez pas : durée calée sur le contrat de rachat, propriété des panneaux clairement fixée, sort de l'installation à l'échéance, qui paie l'entretien, qui assure. Chaque ligne compte. Si votre locataire est une entreprise, un bail commercial en SCI fournit un cadre solide. Et si l'exploitant est lui-même associé de la SCI, redoublez de prudence : la mise à disposition doit se faire à prix de marché, exactement comme pour toute location à un associé, sous peine de contestation.
5. Cas chiffré : quand le seuil est franchi
Rien ne vaut des chiffres pour sentir où se situe la ligne rouge. Imaginons une SCI familiale à l'IR, un petit immeuble locatif, deux scénarios de production solaire.
| Poste | Scénario A — surplus modéré | Scénario B — grosse installation |
|---|---|---|
| Loyers annuels (civils) | 24 000 € | 24 000 € |
| Vente d'électricité (commerciale) | 1 800 € | 5 200 € |
| Recettes totales | 25 800 € | 29 200 € |
| Part commerciale | 7,0 % | 17,8 % |
| Régime | Reste à l'IR (sous 10 %) | Bascule à l'IS (au-delà de 10 %) |
Scénario A : la revente pèse 7 % des recettes. On est sous les 10 %, la SCI garde l'IR — tant que la moyenne sur quatre ans ne dérape pas. Scénario B : la centrale est trop grosse pour le bâtiment, le surplus part massivement à la revente, on grimpe à 17,8 %. La SCI bascule à l'IS pour l'intégralité de ses résultats, ses 24 000 € de loyers inclus, avec le cortège de conséquences du chapitre 2. Même immeuble, mêmes loyers : c'est la taille de l'installation qui a tout fait basculer.
La morale tient en une phrase : plus la centrale est grande face aux loyers, plus le risque de commercialité grimpe. Une petite SCI mono-bien qui installe une centrale calibrée pour vendre franchit la ligne en un ou deux exercices. À l'opposé, une installation dimensionnée pour l'autoconsommation, avec juste un filet de surplus, dort tranquille.
Vérifiez votre ratio de recettes commerciales dans sci-ai.app
Notre logiciel identifie vos recettes de nature commerciale (dont la vente d'électricité), calcule automatiquement le rapport aux recettes totales et vous alerte avant de franchir le seuil de 10 %. Vous pilotez votre régime au lieu de le subir.
6. TVA 5,5 %, prime et tarif d'achat en 2026
Une TVA réduite à 5,5 % depuis le 1er octobre 2025
Bonne nouvelle sur le front de la TVA. Depuis le 1er octobre 2025, les installations d'une puissance inférieure ou égale à 9 kWc passent au taux réduit de 5,5 % (article 278-0 bis du CGI, arrêté du 8 septembre 2025). La condition clé, sinon le taux saute : l'intégration d'un système de gestion de l'énergie (EMS) capable de piloter la consommation, l'arrêté imposant en outre des critères techniques sur les modules (bilan carbone, teneurs en plomb et cadmium). À noter : contrairement à d'autres dispositifs d'aide, la certification RGE de l'installateur n'a finalement pas été retenue comme condition. L'ancien taux de 10 % de l'article 279-0 bis, lui, est passé à la trappe pour ces installations.
Fin de la prime à l'autoconsommation
Là, en revanche, le vent a tourné. La prime à l'investissement en autoconsommation, versée pendant des années aux installations qui revendaient leur surplus, a été supprimée par l'arrêté tarifaire dit S21 (JO du 4 juin 2026) pour toute demande de raccordement déposée à compter du 5 juin 2026. Ceux qui ont demandé leur raccordement avant gardent l'ancien régime. Cette suppression rebat les cartes : la revente rapporte moins, donc l'autoconsommation redevient le choix le plus rationnel — et, heureux hasard, c'est aussi le plus sûr côté commercialité.
Le tarif d'achat du surplus (EDF OA)
Quand on vend son surplus, le courant est racheté à un tarif d'achat garanti pendant 20 ans par EDF Obligation d'Achat (ou un autre acheteur agréé). Ce tarif est fixé par arrêté et révisé chaque trimestre par la Commission de régulation de l'énergie (CRE), selon la puissance et la date de raccordement. Vérifiez toujours le barème en vigueur le jour de votre demande, il bouge sans arrêt. Et n'oubliez jamais la mécanique fiscale : chaque euro touché à ce titre est une recette commerciale qui vient nourrir le calcul de la tolérance des 10 %.
Bon à savoir : les certificats d'économie d'énergie (CEE) restent ouverts aux SCI (article L221-1 du Code de l'énergie) et l'éco-PTZ est accessible aux SCI non soumises à l'IS comptant au moins un associé personne physique (article 244 quater U du CGI). MaPrimeRénov', en revanche, demeure réservée aux personnes physiques et reste fermée aux SCI.
7. Amortissement de l'installation à l'IS
Si votre SCI est déjà à l'IS — ou vient d'y basculer —, l'installation solaire devient une immobilisation amortissable. Son coût se déduit du résultat, étalé sur sa durée d'usage, en général 20 à 30 ans, voire par composants (modules, onduleurs, structure porteuse). Cumulé aux intérêts d'emprunt et aux frais d'entretien, cet amortissement rabote le bénéfice imposable. C'est même l'une des rares contreparties qui rendent l'IS supportable.
À l'IR, en revanche, aucun amortissement n'est possible : la SCI ne déduit que ses charges réelles (entretien, assurance, intérêts) dans la catégorie des revenus fonciers. Pour comprendre le mécanisme d'amortissement propre aux sociétés à l'IS, consultez notre guide amortissement en SCI, et pour les modalités déclaratives, la déclaration 2065 de la SCI à l'IS.
Ne vous y trompez pas pour autant : l'amortissement ne rachète jamais les dégâts d'une bascule subie (plus-values latentes taxées d'un coup, rebasculement à l'IR lui-même coûteux, dividendes imposés deux fois). Choisir l'IS pour amortir peut se défendre — mais c'est une décision globale, mûrie, arbitrée. Pas un accident qu'on découvre en relisant, trop tard, la clause d'un contrat de revente d'électricité.
8. Solutions concrètes pour préserver l'objet civil
Passons au concret. Voici les quatre approches que je recommande pour mettre du solaire sur le toit sans réveiller l'IS. À vous de choisir celle qui colle à votre projet.
Solution 1 : rester en autoconsommation totale
Calibrez la centrale sur les seuls besoins de la SCI — parties communes, ascenseur, ventilation, équipements collectifs — sans un kilowattheure revendu. Zéro recette commerciale, zéro risque. C'est l'option la plus simple et la plus robuste, taillée pour les immeubles collectifs qui consomment beaucoup en commun.
Solution 2 : plafonner la revente sous les 10 %
Vous tenez à vendre le surplus ? Dimensionnez alors la centrale pour que les recettes de vente campent nettement sous les 10 %, marge de sécurité comprise — visez plutôt 6 ou 7 % que 9,5 %. Surveillez le ratio chaque année, sur la moyenne mobile de quatre ans, et corrigez le tir dès qu'il se rapproche du plafond. Sans suivi comptable sérieux, cette solution finit tôt ou tard par déraper.
Solution 3 : faire porter l'exploitation par le locataire
Confiez l'installation et son exploitation à votre locataire ou à un tiers, via un bail ou une convention d'occupation de toiture. La SCI encaisse un loyer civil, l'exploitant endosse le commerce et la vente d'électricité. C'est souvent la meilleure carte à jouer quand l'immeuble est déjà loué à une entreprise, qui a d'ailleurs tout intérêt à réduire sa propre facture d'énergie.
Solution 4 : loger l'activité dans une structure dédiée
Pour un vrai projet de revente, montez une société commerciale à part — une SAS, typiquement — qui exploite la centrale, pendant que la SCI garde les murs et son objet civil intact. Ce cloisonnement isole proprement le commerce et met la translucidité fiscale de la SCI à l'abri. Reste à vérifier que le bail entre les deux structures tient debout et à relire l'objet social de la SCI pour éviter toute contradiction.
Le vérificateur, lui, peut remonter plusieurs exercices en arrière et requalifier une SCI qui a dépassé le seuil sans jamais s'en rendre compte. La régularisation, avec intérêts de retard, fait mal. Autant prendre les devants : voyez comment se déroule un contrôle fiscal de SCI et pourquoi tenir vos ratios à jour, année après année, reste votre meilleure ligne de défense.
Ne subissez pas la bascule à l'IS
sci-ai.app suit vos recettes commerciales, calcule votre ratio de commercialité et vous alerte avant que la revente d'électricité ne fasse passer votre SCI à l'IS. Comptabilité, déclarations et FEC inclus, IR ou IS.
FAQ — SCI et panneaux photovoltaïques
Poser des panneaux photovoltaïques fait-il basculer ma SCI à l'IS ?
Pas la pose en elle-même. Ce qui déclenche le risque, c'est la revente de l'électricité produite. L'autoconsommation totale reste une opération civile. Dès que la SCI vend son électricité (totalité ou surplus) à EDF OA ou à un tiers, elle exerce une activité commerciale au sens de l'article 206-2 du CGI, qui peut faire basculer toute la SCI à l'impôt sur les sociétés.
Quelle est la différence entre autoconsommation et revente ?
En autoconsommation totale, la SCI produit de l'électricité qu'elle consomme elle-même (parties communes, pompe, éclairage) sans jamais la vendre : l'opération est civile. En revente (totale ou de surplus), la SCI commercialise sa production, ce qui constitue un acte de commerce répété et donc une activité commerciale au regard de l'article 34 du CGI, avec le risque d'assujettissement à l'IS.
Qu'est-ce que la tolérance des 10 % ?
La doctrine administrative (BOI-IS-CHAMP-10-30) admet qu'une société civile ne bascule pas à l'IS tant que ses recettes commerciales restent au plus égales à 10 % de ses recettes totales hors taxes. Ce seuil s'apprécie en principe chaque exercice, mais l'administration admet, pour lisser une année ponctuellement forte, de retenir la moyenne des recettes commerciales de l'année en cause et des trois années antérieures rapportée à la moyenne des recettes totales de ces mêmes années.
Les recettes de revente d'électricité comptent-elles dans les 10 % ?
Oui. Le produit de la vente d'électricité (contrat EDF OA ou vente à un tiers) est une recette commerciale. Il s'ajoute aux autres recettes commerciales éventuelles (location meublée, para-hôtellerie) pour apprécier le seuil de 10 % des recettes totales de la SCI. C'est le cumul qui compte, pas la revente d'électricité isolément.
Comment garder mon installation en autoconsommation totale ?
Il faut dimensionner l'installation pour qu'elle couvre les besoins propres de la SCI (parties communes, ascenseur, ventilation) sans surplus injecté et vendu. Techniquement, on peut brider l'injection ou stocker le surplus. Tant qu'aucune électricité n'est vendue, il n'y a pas de recette commerciale, donc pas de risque de commercialité.
La bascule à l'IS concerne-t-elle tout ou partie de la SCI ?
La totalité. L'assujettissement à l'IS pour activité commerciale au titre de l'article 206-2 du CGI frappe l'ensemble des résultats de la SCI, y compris les revenus fonciers issus de la location nue. Une petite activité de revente d'électricité peut donc entraîner l'imposition à l'IS de l'intégralité des loyers de la SCI : c'est là que se situe le vrai danger.
Le passage à l'IS est-il réversible ?
En théorie oui, mais à un coût élevé. L'assujettissement à l'IS fondé sur l'activité commerciale (article 206-2 du CGI) n'est pas définitif : le seuil de 10 % s'apprécie exercice par exercice et, si les recettes commerciales repassent durablement sous ce seuil, la société civile redevient translucide (IR). C'est en réalité l'option volontaire pour l'IS (article 239 du CGI) qui devient irrévocable au-delà du cinquième exercice. Ce qui est vraiment irréversible, ce n'est pas le régime mais l'imposition immédiate des plus-values latentes et du résultat déclenchée à chaque changement de régime (article 202 ter du CGI) : rebasculer à l'IR déclenche à nouveau ces conséquences.
Vaut-il mieux que le locataire exploite les panneaux ?
C'est souvent la solution la plus sûre pour préserver l'objet civil. Si c'est le locataire (ou un tiers exploitant) qui installe, exploite et revend l'électricité dans le cadre d'un bail ou d'une convention d'occupation de toiture, la SCI ne perçoit qu'un loyer ou une redevance de nature civile, et non un produit commercial de vente d'énergie.
Quel est le taux de TVA sur une installation photovoltaïque en 2026 ?
Depuis le 1er octobre 2025, les installations d'une puissance inférieure ou égale à 9 kWc bénéficient du taux réduit de 5,5 % (article 278-0 bis du CGI, arrêté du 8 septembre 2025), sous condition de mise en place d'un système de gestion de l'énergie et de respect de critères techniques sur les modules (la certification RGE de l'installateur n'ayant pas été retenue comme condition). L'ancien taux de 10 % de l'article 279-0 bis a été abrogé.
La prime à l'autoconsommation existe-t-elle encore en 2026 ?
Non pour les nouveaux projets. La prime à l'investissement en autoconsommation a été supprimée par l'arrêté tarifaire dit S21 (JO du 4 juin 2026) pour toute demande de raccordement présentée à compter du 5 juin 2026. Les installations dont le raccordement a été demandé avant cette date conservent le bénéfice des conditions antérieures.
À quel prix EDF OA rachète-t-il le surplus ?
Le tarif d'achat du surplus est fixé par arrêté tarifaire et révisé trimestriellement par la CRE. Il varie selon la puissance de l'installation et la date de la demande de raccordement, le tarif étant garanti par contrat sur 20 ans avec EDF Obligation d'Achat (ou un autre acheteur agréé). Consultez le tarif en vigueur au moment de votre demande, car il évolue régulièrement.
Peut-on amortir une installation photovoltaïque en SCI à l'IS ?
Oui. À l'IS, l'installation photovoltaïque est une immobilisation amortissable sur sa durée d'usage (généralement 20 à 30 ans, parfois par composants). L'amortissement, comme les intérêts d'emprunt et les frais d'entretien, vient réduire le résultat imposable. À l'IR en revanche, la SCI ne pratique pas d'amortissement.
Une SCI à l'IR peut-elle revendre de l'électricité sans risque ?
Marginalement, oui, tant que les recettes de revente restent dans la tolérance des 10 % des recettes totales appréciée sur quatre ans. Mais c'est un équilibre fragile : une hausse des tarifs, une baisse des loyers ou une extension de l'installation peuvent faire franchir le seuil. Il faut surveiller ce ratio chaque année.
La SCI doit-elle modifier son objet social pour poser des panneaux ?
Pour de l'autoconsommation, un objet civil classique suffit généralement. Pour de la revente d'électricité, l'activité devient commerciale : elle est incompatible avec un objet purement civil et suppose, en pratique, de faire porter l'exploitation par une autre structure (locataire, société commerciale dédiée). Modifier l'objet social pour y inclure la vente d'énergie reviendrait à assumer la commercialité et l'IS.
Les CEE et l'éco-PTZ sont-ils accessibles à une SCI pour du photovoltaïque ?
Les certificats d'économie d'énergie (CEE) sont ouverts aux SCI (article L221-1 du Code de l'énergie). L'éco-PTZ est accessible aux SCI non soumises à l'IS comptant au moins un associé personne physique (article 244 quater U du CGI). MaPrimeRénov', en revanche, reste fermée aux SCI. Le photovoltaïque relève surtout des dispositifs propres à l'électricité (tarif d'achat, prime le cas échéant).
Comment vérifier concrètement si ma SCI risque la bascule à l'IS ?
Il faut calculer chaque année le rapport entre vos recettes commerciales (dont la revente d'électricité) et vos recettes totales, puis suivre la moyenne sur quatre ans. Un logiciel comme sci-ai.app identifie vos recettes de nature commerciale, calcule le ratio et vous alerte avant de franchir le seuil de 10 %. C'est le meilleur moyen d'éviter une requalification subie.
Cet article est informatif et ne remplace pas un conseil personnalisé. Les tarifs d'achat, taux de TVA et dispositifs d'aide évoluent régulièrement : vérifiez les données en vigueur à la date de votre projet.
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