Modèle de tableau de suivi des parts et des associés d'une SCI
Demandez à un gérant de SCI qui détenait quoi le 12 mars 2021. Dans neuf cas sur dix, la réponse arrive une demi-journée et trois classeurs plus tard. Pourtant, on lui pose la question sans arrêt : la banque avant un prêt, le notaire avant une cession, le vérificateur pendant un contrôle, les héritiers après un décès. Et lui-même, chaque année, au moment de répartir le résultat. Un tableau de suivi bien tenu répond en trente secondes. Aucun texte ne l'impose — c'est sans doute pour cela que si peu de SCI en tiennent un, et qu'on m'appelle généralement quand il est déjà trop tard pour le reconstituer tranquillement.
Vous trouverez ici le modèle complet : les colonnes du tableau des associés, celles du journal des mouvements, la manière de tracer un démembrement sans faire exploser les totaux, le suivi des comptes courants, les contrôles à faire tourner à chaque clôture. Et, pour finir, un tableau entièrement rempli sur une SCI familiale de quatre associés qui a connu une cession entre époux et une donation-partage avec réserve d'usufruit.
Rédigé par Quentin Hagnéré, fondateur de sci-ai.app, et vérifié contre les sources officielles (Code civil, CGI, BOFiP, décret n° 78-704, loi n° 2026-534 du 25 juin 2026). Mis à jour le 27 juillet 2026.
Sommaire
- Pourquoi tenir un tableau de suivi des parts en SCI
- Statuts, registre, tableau de suivi : trois objets distincts
- Le tableau des associés d'une SCI : les colonnes qui comptent
- Le journal des mouvements de parts sociales
- Suivre le démembrement des parts sans double compte
- Le suivi des comptes courants d'associés
- Les contrôles de cohérence à chaque clôture
- Le modèle de tableau rempli : SCI Les Tilleuls, 4 associés
- Mise à jour, diffusion et archivage du tableau de suivi
- Les erreurs classiques du suivi des parts de SCI
- FAQ — Tableau de suivi des parts de SCI
1. Pourquoi tenir un tableau de suivi des parts en SCI
Personne ne vous réclamera jamais ce tableau en tant que tel. Sa valeur se mesure autrement : au nombre de fois où il vous évite de rouvrir un carton d'archives. Six situations reviennent en boucle, dans cet ordre de fréquence.
Répondre à une banque en vingt minutes
Aucun dossier de financement bancaire au nom d'une SCI ne passe sans un état de la répartition du capital : qui détient quoi, qui décide, qui se porte caution. L'analyste ajoute presque toujours trois questions — un associé personne morale ? des parts démembrées ? un pacte d'associés ? Avec le tableau, c'est une pièce jointe. Sans, il faut ressortir les actes un par un, demander une copie au notaire, attendre. J'ai vu un dossier glisser de trois semaines pour cette seule raison. Un compromis de vente, lui, ne glisse pas.
Calculer une quote-part de résultat sans se tromper
À l'IR, chaque associé est imposé sur sa quote-part du résultat, à proportion de ses droits (art. 8 du CGI), et la déclaration 2072 comporte un cadre nominatif de répartition. À l'IS, la composition du capital social est déclarée dans la liasse — tableau 2033-F au régime simplifié, 2059-F au régime réel normal — et les distributions suivent la même clé. Tant que la répartition ne bouge pas, l'exercice est trivial. Il suffit d'un mouvement en cours d'année, d'un lot démembré ou d'une clé statutaire dérogatoire pour que la quote-part devienne un calcul à part entière — et celui-là, on le rate une année sur deux quand on le refait de tête.
Savoir exactement ce que chaque associé risque
La responsabilité des associés de SCI est indéfinie mais conjointe et proportionnelle aux parts (art. 1857 du Code civil), et subsidiaire : le créancier doit d'abord poursuivre vainement la société (art. 1858). Elle n'est pas solidaire : chaque associé ne répond que de sa quote-part de dette, à proportion de sa part dans le capital social. Une solidarité ne peut résulter que d'un engagement contractuel distinct souscrit envers un créancier — un cautionnement personnel donné à la banque, typiquement. Prenez une dette de 120 000 € que la société ne peut plus honorer : l'associé à 15 % doit 18 000 €. Pas un euro de plus, pas la totalité au motif qu'il serait le plus solvable du groupe. Le pourcentage inscrit dans votre tableau chiffre donc, très concrètement, l'exposition de chacun. S'il est faux, ce chiffre-là l'est aussi.
Le piège du démembrement. L'article 1857 fait peser la contribution aux dettes sur les associés, à proportion de leur part dans le capital. Or la Cour de cassation juge que l'usufruitier de parts sociales n'a pas la qualité d'associé, laquelle n'appartient qu'au nu-propriétaire (Cass. 3e civ., 16 février 2022, n° 20-15.164, publié, à la suite de l'avis de la chambre commerciale du 1er décembre 2021 rendu dans la même affaire). Conséquence directe pour votre tableau : les parts démembrées doivent être imputées, pour le calcul de l'exposition aux dettes sociales, au nu-propriétaire et non à l'usufruitier. Un tableau qui range l'usufruit du côté du parent donateur affiche exactement l'inverse du risque qu'il prétend mesurer.
Préparer une cession ou une sortie
Une cession de parts suppose de connaître le nombre exact de parts, leurs numéros, leur prix de revient (pour la plus-value), la nature de la détention et le régime d'agrément applicable. La même information sert lorsqu'un associé veut sortir de la SCI ou lorsque la société envisage un rachat de ses propres parts.
Traverser une succession
Au décès d'un associé, la société continue en principe avec ses héritiers, sauf clause statutaire contraire (art. 1870 du Code civil). Le notaire aura besoin, dans les semaines qui suivent, du nombre de parts du défunt, de leur valorisation, de l'état du démembrement éventuel et du solde de son compte courant. C'est le moment où l'absence de tableau coûte le plus cher, parce que la personne qui savait n'est plus là pour expliquer.
Sécuriser un contrôle fiscal
Lors d'un contrôle, le premier recoupement est mécanique : la répartition déclarée colle-t-elle aux actes ? Une quote-part portée à 50 % sur la 2072 alors que l'acte de cession et les statuts disent 45 %, et vous venez d'ouvrir une discussion qui ne portera pas que sur ce point. À l'inverse, un tableau adossé aux actes, avec les dates, referme le sujet en une pièce.
Suivi automatique des parts et des associés dans SCI-AI
sci-ai.app tient la répartition du capital, l'historique des mouvements et les comptes courants d'associés au même endroit, et reporte automatiquement les quotes-parts dans vos déclarations. Plus de tableur perdu dans une boîte mail.
2. Statuts, registre, tableau de suivi : trois objets distincts
On me demande régulièrement où se trouve « le registre des parts » d'une SCI, par analogie avec le registre de mouvements de titres d'une SAS. Réponse : il n'existe pas. Ce n'est pas une subtilité de juriste, c'est le point qui commande toute la méthode qui suit.
| Document | Statut juridique | Ce qu'il contient |
|---|---|---|
| Les statuts | Obligatoires. Doivent mentionner les apports de chaque associé (art. 1835 C. civ.) | La répartition initiale et, si la clause est mise à jour, la répartition en vigueur |
| Les actes de mouvement | Obligatoires par écrit pour une cession (art. 1865 C. civ.) ; depuis le 27 juin 2026, acte authentique, d'avocat ou d'expert-comptable à peine de nullité (art. 1865-1 C. civ.) | Chaque transfert pris isolément, avec son prix, ses parties et ses formalités |
| Registre de mouvements de titres | Non imposé en société civile — seulement si les statuts le stipulent (art. 1865) | Le transfert, comme mode d'opposabilité alternatif à la signification |
| Registre des décisions collectives | Toute délibération des associés doit être constatée par un procès-verbal (art. 44 du décret n° 78-704 du 3 juillet 1978) | Agréments, approbations, modifications statutaires |
| Tableau de suivi des parts | Libre, aucune valeur légale propre | La synthèse consolidée : qui détient quoi, depuis quand, à quelle valeur, avec quels droits |
Tirons-en la conséquence pratique. Aucun registre ne faisant autorité en société civile, la répartition réelle des parts ne se lit nulle part d'un seul coup d'œil : elle se reconstitue. On part des statuts d'origine, puis on applique chaque acte postérieur, dans l'ordre. Le tableau de suivi n'est rien d'autre que cette reconstitution — faite une bonne fois, puis entretenue, au lieu d'être refaite en catastrophe tous les trois ans.
Le tableau ne remplace jamais l'acte
Un point de méthode sur lequel je ne transige pas : le tableau renvoie aux actes, il ne s'y substitue pas. Chaque ligne du journal porte la référence de l'acte correspondant — nature, date, notaire et numéro de minute le cas échéant — et, tant qu'à faire, un lien vers le PDF numérisé. Un tableau qui affirme sans pouvoir montrer la pièce ne pèsera rien face à un notaire ou à un vérificateur.
Frontière avec les registres obligatoires. Ce guide traite de l'outil de pilotage. Pour la liste des registres et livres que votre SCI doit réellement tenir selon son régime, consultez le guide dédié aux registres comptables obligatoires en SCI.
L'articulation avec le registre des bénéficiaires effectifs
Le tableau alimente une obligation bien réelle, elle : la déclaration des bénéficiaires effectifs. Sont concernées les personnes physiques détenant, directement ou indirectement, plus de 25 % du capital ou plus de 25 % des droits de vote, ou exerçant un contrôle sur la société par d'autres moyens (art. R. 561-1 du code monétaire et financier) ; à défaut de personne répondant à ces critères, c'est le gérant qui est déclaré. Toute modification doit donner lieu à une inscription modificative dans les trente jours de l'événement (art. R. 561-55 et suivants du même code). Deux difficultés reviennent sans arrêt : le démembrement — la détention du capital s'apprécie chez le nu-propriétaire, seul associé (Cass. 3e civ., 16 février 2022, n° 20-15.164), mais l'usufruitier peut détenir des droits de vote et entrer à ce titre dans le champ de la déclaration — et les mouvements qui modifient les pourcentages sans que personne ne recalcule quoi que ce soit, le franchissement du seuil de 25 % n'étant pas la seule hypothèse d'inscription modificative. Deux colonnes dans le tableau, « bénéficiaire effectif : oui/non » et « RBE mis à jour le », et le sujet cesse d'être un angle mort.
3. Le tableau des associés d'une SCI : les colonnes qui comptent
C'est l'onglet principal : la photographie de la détention à une date donnée. Une ligne par associé — deux au minimum, puisqu'une société civile ne peut pas en compter moins (art. 1832 du Code civil), sans plafond à l'autre bout, comme le détaille notre guide sur le nombre d'associés dans une SCI. La tentation, à ce stade, est de s'en tenir à trois colonnes : nom, parts, pourcentage. Ce sont pourtant les colonnes qu'on trouve superflues qui sauvent la mise le jour où il faut répondre vite.
| Colonne | Contenu | À quoi ça sert |
|---|---|---|
| Identifiant | A01, A02… stable dans le temps | Relier l'associé à ses mouvements et à son compte courant |
| Identité complète | Nom, nom d'usage, prénoms — ou dénomination, forme et SIREN pour une personne morale | Actes, RBE, déclarations |
| Naissance / nationalité | Date et lieu de naissance, nationalité, résidence fiscale | RBE, succession, question des associés non-résidents |
| Coordonnées | Adresse postale, e-mail, téléphone | Convocations aux assemblées, notifications d'agrément |
| Situation matrimoniale | Régime matrimonial, parts propres ou communes, date du contrat | Article 1832-2 C. civ. : le conjoint peut revendiquer la qualité d'associé pour la moitié des parts souscrites avec des biens communs |
| Date d'entrée | Constitution, ou date du premier mouvement d'entrée | Antériorité, durée de détention, prescription |
| Qualité | Gérant statutaire, cogérant, associé simple, associé mineur | Pouvoirs, signatures, autorisations spécifiques |
| Nombre de parts | Détenues en pleine propriété | Base de tous les calculs |
| Numéros de parts | Plages continues : 1 à 400, 451 à 900… | Identifier précisément les lots cédés ou démembrés |
| Parts en usufruit | Nombre + numéros | Droits sur le résultat, vote sur l'affectation |
| Parts en nue-propriété | Nombre + numéros | Vote de principe, valeur patrimoniale |
| Valeur nominale | Unitaire et totale | Contrôle avec le capital social |
| Valeur d'apport / prix de revient | Montant réellement apporté ou payé, par lot et par date | Calcul de la plus-value de cession de parts |
| % du capital | Avec deux décimales ; les parts démembrées s'imputent au nu-propriétaire, seul associé | Responsabilité (art. 1857), RBE, quote-part |
| % des droits de vote | Peut différer du capital en cas de démembrement ou de clause statutaire | Majorités en assemblée |
| % du résultat | Clé statutaire, potentiellement dérogatoire | Déclarations 2072 / distributions |
| Compte courant | Solde à la clôture (renvoi à l'onglet dédié) | Sortie, succession, trésorerie |
| Bénéficiaire effectif | Oui / non + date de mise à jour du RBE | Obligation déclarative |
| Dernière mise à jour | Date + auteur de la saisie | Fiabilité du tableau |
Trois colonnes que presque personne ne tient — et qui servent le plus
Le prix de revient par lot. Imaginez : 300 parts souscrites à 100 € en 2014, 200 autres rachetées à 240 € en 2021, et une cession de 150 parts en 2026. Quel prix d'acquisition retenez-vous ? Sans le détail par lot, la réponse relève de la reconstitution approximative, et une approximation en matière de plus-value finit par se payer. Notez pour chaque plage de numéros la date d'entrée et le montant réellement payé ou apporté. C'est la base du calcul de la plus-value le jour venu : plus-value immobilière des particuliers pour les parts d'une SCI à l'IR à prépondérance immobilière (art. 150 UB du CGI, qui renvoie au régime de l'article 150 U), plus-value sur valeurs mobilières pour les parts d'une SCI à l'IS (art. 150-0 A du CGI).
Le régime matrimonial. L'article 1832-2 du Code civil permet au conjoint d'un associé marié sous un régime communautaire, lorsque les parts ont été souscrites ou acquises avec des fonds communs, de revendiquer la qualité d'associé pour la moitié de ces parts — à condition d'avoir notifié à la société son intention d'être personnellement associé, et sous réserve de l'agrément prévu par les statuts le cas échéant. Ignorer cette colonne, c'est prendre le risque de découvrir un associé supplémentaire au plus mauvais moment de l'histoire de la SCI. Tout est expliqué dans notre guide sur la SCI et le régime matrimonial.
La distinction capital / vote / résultat. La plupart des tableaux que je vois n'ont qu'une colonne de pourcentage. Ça tient tant qu'il n'y a ni démembrement ni clause dérogatoire, c'est-à-dire rarement plus de quelques années. Les statuts peuvent dissocier la participation aux bénéfices de la part de capital, dans les limites de la prohibition des clauses léonines (art. 1844-1 du Code civil). Trois colonnes séparées, dès le premier jour : les créer après coup suppose de rejouer tout l'historique.
4. Le journal des mouvements de parts sociales
Le tableau des associés est une photo. Le journal des mouvements est le film. C'est lui qui permet de répondre à « qui détenait quoi le 12 mars 2021 ». Une ligne par opération, jamais écrasée, jamais supprimée : on corrige par une ligne d'annulation, pas par une gomme.
Les types de mouvements à prévoir
| Type | Effet sur le nombre total de parts | Point de vigilance |
|---|---|---|
| Souscription initiale | Création du stock | Libération effective des apports, dépôt du capital |
| Augmentation de capital | Augmente | Décision collective, mise à jour des statuts, formalités au guichet unique |
| Apport en nature | Augmente | Évaluation du bien, fiscalité de l'apport, publicité foncière |
| Cession à titre onéreux | Inchangé | Agrément, acte qualifié depuis le 27/06/2026 (art. 1865-1 C. civ.), enregistrement, opposabilité |
| Donation / donation-partage | Inchangé | Acte notarié, valorisation, abattements, démembrement fréquent |
| Transmission par décès | Inchangé | Art. 1870 C. civ. et clause d'agrément des héritiers |
| Retrait d'associé | Peut diminuer | Conditions prévues par les statuts ; à défaut, décision unanime des autres associés ; le retrait peut en outre être autorisé pour justes motifs par décision de justice (art. 1869 C. civ.) |
| Rachat par la société | Diminue après annulation | Réduction de capital, décision collective |
| Démembrement | Inchangé | Ne jamais dédoubler la part : une seule ligne, deux titulaires |
| Remembrement | Inchangé | Extinction de l'usufruit : décès de l'usufruitier ou arrivée du terme (art. 617 C. civ.) — sans imposition à ce titre (art. 1133 du CGI) |
Les colonnes du journal
| Colonne | Précision attendue |
|---|---|
| N° d'ordre | Séquentiel depuis la constitution, jamais réutilisé |
| Date de l'acte | Date de signature |
| Date d'effet | Peut différer de la date de l'acte (jouissance différée, condition suspensive) |
| Type d'opération | Liste fermée : voir le tableau ci-dessus |
| Cédant / apporteur | Identifiant associé, ou « SCI » pour une souscription ou un rachat |
| Cessionnaire / bénéficiaire | Identifiant associé (créer la fiche avant de saisir le mouvement) |
| Nombre de parts | Nombre entier |
| Numéros transférés | Plage explicite : « 401 à 450 » |
| Nature transférée | Pleine propriété / usufruit seul / nue-propriété seule |
| Prix ou valeur retenue | Total et unitaire ; pour une donation, la valeur déclarée |
| Référence de l'acte | Nature (authentique / contresigné par avocat / rédigé par un expert-comptable — art. 1865-1 C. civ. pour les cessions conclues depuis le 27/06/2026), professionnel rédacteur, n° de minute, lien vers le PDF |
| Agrément | Requis ou non, organe, date de la décision, majorité obtenue |
| Enregistrement | Date, service, montant des droits acquittés |
| Opposabilité à la société | Mode retenu (signification art. 1690, acceptation en acte authentique, transfert sur registre si statuts) et date |
| Opposabilité aux tiers | Dépôt au greffe / publicité, date |
| Statuts mis à jour | Date de la décision collective, ou « non » si non fait |
| RBE mis à jour | Date de l'inscription modificative, due dans les 30 jours dès lors que le mouvement rend inexactes les informations déclarées — pas seulement en cas de franchissement du seuil de 25 % |
| Total parts après | Colonne de contrôle : doit toujours égaler le capital divisé par la valeur nominale |
La chaîne juridique d'un transfert : ce que le journal doit tracer
Signer un acte de cession ne suffit pas à transférer des parts de SCI. Il y a cinq étapes, elles s'enchaînent, et le journal sert d'abord à vérifier qu'aucune n'a été sautée en route.
- L'agrément. L'article 1861 alinéa 1 du Code civil pose le principe : les parts ne peuvent être cédées qu'avec l'agrément de tous les associés. Les statuts peuvent assouplir ce principe : abaisser la majorité, confier l'agrément au gérant, dispenser d'agrément les cessions consenties à un associé ou au conjoint. L'article 1861 prévoit par ailleurs que les cessions consenties à des ascendants ou descendants du cédant ne sont pas soumises à agrément, sauf dispositions contraires des statuts. Lorsqu'un agrément est requis, le projet de cession doit être notifié, avec demande d'agrément, à la société et à chacun des associés (art. 1861 al. 3) — il n'est notifié qu'à la société si les statuts confient l'agrément aux gérants. Donc : relisez votre clause d'agrément avant toute opération, y compris entre parents et enfants. C'est elle qui commande, dans un sens comme dans l'autre, et elle réserve régulièrement des surprises à ceux qui n'ont pas rouvert leurs statuts depuis la constitution. Tout le déroulé figure dans notre guide sur la cession de parts de SCI.
- L'écrit — et, depuis le 27 juin 2026, l'écrit qualifié. L'article 1865 impose que la cession soit constatée par écrit. Mais l'article 68 de la loi n° 2026-534 du 25 juin 2026 relative à la lutte contre les fraudes sociales et fiscales (JO du 26 juin 2026) a créé un article 1865-1 du Code civil qui exige, à peine de nullité, que la cession de parts d'une personne morale à prépondérance immobilière — au sens du 2° du I de l'article 726 du CGI, ce qui vise la quasi-totalité des SCI — soit constatée par acte authentique, par acte contresigné par avocat, ou par acte rédigé par un expert-comptable dans les conditions prévues par le texte. Le simple acte sous seing privé rédigé entre associés ne suffit plus. Cas particulier à ne pas manquer en SCI familiale : lorsque deux époux sont simultanément associés, la cession de l'un à l'autre n'est valable que si elle résulte d'un acte notarié ou d'un acte sous seing privé ayant acquis date certaine autrement que par le décès du cédant (art. 1861, dernier alinéa) — l'enregistrement confère cette date certaine. Depuis le 27 juin 2026, cette exigence se cumule avec celle de l'article 1865-1 : en pratique, l'acte authentique est devenu la voie la plus simple.
- L'enregistrement fiscal. L'acte doit être enregistré dans le mois de sa date (art. 635, 2, 7° du CGI) ; en l'absence d'acte, la cession doit être déclarée dans le mois (art. 639 du CGI). La formalité s'accomplit au moyen du formulaire n° 2759-SD ou du téléservice « e-Enregistrement » sur impots.gouv.fr. La même loi du 25 juin 2026 a créé un article 635-0 A du CGI qui subordonne l'enregistrement à la présentation d'un acte conforme au nouvel article 1865-1 : sans acte qualifié, l'administration refuse la formalité, et la chaîne de la cession se bloque dès cette étape. Pour une SCI à prépondérance immobilière, le droit est de 5 % (art. 726, I, 2° du CGI), assis sur le prix augmenté des charges ou sur la valeur vénale réelle des parts si elle est supérieure.
- L'opposabilité à la société. L'article 1865 renvoie aux formes de l'article 1690 du Code civil : signification à la société par commissaire de justice, ou acceptation de la cession par la société dans un acte authentique ; les statuts peuvent en outre prévoir un transfert sur les registres de la société. Tant que cette formalité n'est pas accomplie, la SCI peut légitimement continuer à traiter le cédant comme associé — convocations, distributions comprises.
- L'opposabilité aux tiers. Elle suppose en outre, une fois les formalités précédentes accomplies, une publicité au registre du commerce et des sociétés (art. 1865 du Code civil), par dépôt de l'acte de cession — formalité accomplie depuis 2023 via le guichet unique des formalités des entreprises tenu par l'INPI, le dépôt pouvant être effectué par voie électronique.
Nouveauté — cessions conclues depuis le 27 juin 2026
L'acte sous seing privé « fait maison », sans professionnel rédacteur, ne vaut plus rien pour une cession de parts de SCI. L'article 1865-1 du Code civil, créé par l'article 68 de la loi n° 2026-534 du 25 juin 2026 (JO du 26 juin 2026, entrée en vigueur le 27 juin 2026), impose à peine de nullité que la cession de parts d'une personne morale à prépondérance immobilière soit constatée par acte authentique, par acte contresigné par avocat ou par acte rédigé par un expert-comptable dans les cas où il y est légalement habilité. Attention à la terminologie : l'acte d'avocat comme l'acte d'expert-comptable restent des actes sous signature privée ; ce que le texte proscrit, c'est l'acte sans professionnel rédacteur ou contresignataire. L'article 635-0 A du CGI verrouille le dispositif côté fiscal en conditionnant l'enregistrement à la production d'un acte conforme.
Champ d'application. Le dispositif ne vise que les personnes morales à prépondérance immobilière au sens du 2° du I de l'article 726 du CGI, c'est-à-dire dont l'actif est, ou a été au cours de l'année précédant la cession, principalement constitué d'immeubles ou de droits immobiliers situés en France. La quasi-totalité des SCI y entre, mais pas toutes : une SCI dont l'actif est principalement composé de trésorerie, de titres ou d'immeubles situés à l'étranger échappe au texte. Le tableau doit donc porter, à côté de la nature de l'acte, une ligne « prépondérance immobilière : oui / non » appréciée à la date de la cession.
Conséquence pour votre journal des mouvements. La colonne « nature de l'acte » n'est plus une simple information d'archivage : c'est un contrôle de validité. Pour toute cession conclue à compter du 27 juin 2026, la mention « sous seing privé » sans professionnel rédacteur doit être traitée comme une alerte, pas comme une ligne normale. Les mouvements antérieurs restent régis par le droit applicable au jour de leur conclusion.
À noter : les donations de parts étaient déjà soumises à la forme notariée (art. 931 du Code civil). Le changement concerne les cessions, en particulier les cessions familiales qui se réglaient jusqu'ici entre soi.
En cas de refus d'agrément, les associés peuvent acquérir les parts, faire désigner un tiers acquéreur à l'unanimité des autres associés, ou la société peut les racheter en vue de leur annulation ; le nom des acquéreurs et le prix offert sont notifiés au cédant (art. 1862 du Code civil). Si aucune offre d'achat n'est faite au cédant dans les six mois de la dernière des notifications du projet de cession, l'agrément est réputé acquis, à moins que les associés ne décident dans le même délai la dissolution anticipée de la société (art. 1863) — le cédant pouvant alors renoncer à sa cession dans le mois. Le prix, en cas de contestation, est fixé à dire d'expert dans les conditions de l'article 1843-4. Le journal doit tracer la date de la dernière notification, car c'est elle qui fait courir le délai de six mois.
5. Suivre le démembrement des parts sans double compte
C'est ici que la plupart des tableaux maison déraillent. Le réflexe est d'ajouter une ligne pour l'usufruitier, une autre pour le nu-propriétaire — et la SCI se retrouve avec 1 200 parts pour un capital qui en compte 1 000. Une part démembrée reste une seule part. Elle compte une fois dans le capital, avec deux titulaires de droits différents. Toute la mécanique qui suit découle de cette phrase.
La règle de comptage
Règle de comptage
Total des parts = parts détenues en pleine propriété + parts démembrées, chaque part démembrée n'étant comptée qu'une fois.
Dans le tableau des associés, un même associé peut donc apparaître sur une seule ligne avec trois compteurs : parts en pleine propriété, parts sur lesquelles il détient l'usufruit, parts sur lesquelles il détient la nue-propriété. La somme des colonnes « pleine propriété » + « parts démembrées listées une fois » doit égaler le capital divisé par la valeur nominale.
L'onglet démembrement
Ajoutez un onglet dédié, une ligne par lot démembré, avec les colonnes suivantes :
| Colonne | Contenu |
|---|---|
| Numéros de parts | Plage précise du lot démembré |
| Usufruitier | Identifiant + date de naissance |
| Nu-propriétaire | Identifiant |
| Origine | Donation, donation-partage, succession, apport de la nue-propriété, réserve d'usufruit |
| Type d'usufruit | Viager ou temporaire (avec durée et date de terme) |
| Âge à la date de l'acte | Déterminant pour le barème de l'article 669 du CGI |
| Quotités retenues | % usufruit / % nue-propriété appliqués dans l'acte |
| Valeurs | Valeur pleine propriété, valeur usufruit, valeur nue-propriété |
| Droit de vote | Ce que disent les statuts ; à défaut, art. 1844 al. 3 C. civ. |
| Droit au résultat | Clé statutaire d'attribution du bénéfice distribuable |
| Extinction prévue | Décès de l'usufruitier ou terme ; conséquence : remembrement automatique |
Le barème de l'article 669 du CGI
Pour les besoins fiscaux — donation, succession, droits d'enregistrement et taxe de publicité foncière — la valeur de l'usufruit et de la nue-propriété est déterminée forfaitairement selon l'âge de l'usufruitier au jour de la transmission (art. 669 I du CGI). Ce barème est obligatoire pour la liquidation des droits ; il ne s'impose pas pour la valorisation économique d'un usufruit entre les parties.
| Âge de l'usufruitier | Valeur de l'usufruit | Valeur de la nue-propriété |
|---|---|---|
| Moins de 21 ans révolus | 90 % | 10 % |
| Moins de 31 ans révolus | 80 % | 20 % |
| Moins de 41 ans révolus | 70 % | 30 % |
| Moins de 51 ans révolus | 60 % | 40 % |
| Moins de 61 ans révolus | 50 % | 50 % |
| Moins de 71 ans révolus | 40 % | 60 % |
| Moins de 81 ans révolus | 30 % | 70 % |
| Moins de 91 ans révolus | 20 % | 80 % |
| Plus de 91 ans révolus | 10 % | 90 % |
Pour un usufruit à durée fixe, l'article 669 II retient 23 % de la valeur de la pleine propriété par période de dix ans de la durée de l'usufruit, sans fractionnement et sans égard à l'âge de l'usufruitier. La doctrine administrative précise que cette valorisation ne peut jamais aboutir à une valeur supérieure à celle de l'usufruit viager du même usufruitier (BOI-ENR-DMTG-10-40-10-50). Le tableau doit donc distinguer clairement les usufruits viagers des usufruits temporaires : la mécanique de valorisation et la date d'extinction n'ont rien à voir.
Qui vote, qui perçoit
À défaut de clause statutaire, l'article 1844 alinéa 3 du Code civil attribue le droit de vote au nu-propriétaire, sauf pour les décisions concernant l'affectation des bénéfices, réservées à l'usufruitier. L'alinéa 4 permet au nu-propriétaire et à l'usufruitier de convenir que le droit de vote sera exercé par l'usufruitier ; et c'est le dernier alinéa, non l'alinéa 4, qui autorise les statuts à déroger — étant précisé que cette faculté de dérogation ne vise que le deuxième alinéa et la seconde phrase du troisième alinéa, c'est-à-dire la seule répartition du droit de vote.
Un point qu'on lit rarement correctement : le droit de participer aux décisions collectives de l'usufruitier ne se fonde pas sur l'alinéa 1er (« tout associé »), puisque l'usufruitier n'a précisément pas la qualité d'associé (Cass. 3e civ., 16 février 2022, n° 20-15.164). Il se fonde sur la première phrase du troisième alinéa, qui vise expressément « le nu-propriétaire et l'usufruitier » — et c'est cette phrase-là que les statuts ne peuvent pas écarter. Autrement dit : usufruitier et nu-propriétaire doivent tous deux être convoqués et entendus, quoi que disent les statuts, ce droit de participation n'étant pas le droit de vote.
D'où deux colonnes de droits de vote dans le tableau : « décisions ordinaires » d'un côté, « affectation du résultat » de l'autre. Les majorités ne s'y calculent pas de la même manière, et c'est là que naissent la plupart des contestations d'assemblée en SCI familiale démembrée. Le mécanisme complet est détaillé dans notre guide sur le démembrement de parts de SCI.
Bon à savoir. À l'extinction de l'usufruit, la réunion de l'usufruit à la nue-propriété ne donne ouverture à aucun impôt ni taxe lorsqu'elle résulte du décès de l'usufruitier ou de l'expiration du temps fixé (art. 1133 du CGI). Votre tableau doit néanmoins enregistrer le remembrement comme un mouvement daté : le nu-propriétaire devient plein propriétaire, ses droits de vote et sa quote-part de résultat changent.
6. Le suivi des comptes courants d'associés
Le compte courant reste la grande zone d'ombre des SCI familiales. Il n'a rien à voir avec les parts : c'est une créance de l'associé sur la société, remboursable, qui n'ouvre aucun droit de vote et ne change rien à la quote-part de résultat. Un associé à 5 % du capital peut avoir financé 80 % de l'opération par ce biais. Tant que tout va bien, personne n'y pense. Le jour d'une sortie ou d'une succession, c'est le premier sujet sur la table.
Les colonnes de l'onglet comptes courants
| Colonne | Contenu |
|---|---|
| Associé | Identifiant, identique à l'onglet des associés |
| Solde à l'ouverture | Repris du dernier bilan approuvé |
| Apports de l'exercice | Versements en compte courant, détaillés par date |
| Dépenses avancées | Charges payées personnellement pour le compte de la SCI, avec justificatifs |
| Remboursements | Sorties de trésorerie au profit de l'associé |
| Intérêts | Taux appliqué, montant, versés ou capitalisés |
| Solde à la clôture | Doit se recouper avec le compte 455 au bilan |
| Convention | Existence, date, durée, clause de blocage, conditions de remboursement |
| Blocage bancaire | Compte bloqué au profit de la banque prêteuse, échéance de la levée |
| Sens du solde | Créditeur (normal) ou débiteur (l'associé doit de l'argent à la SCI) — alerte |
Trois points de vigilance
Le solde débiteur. Contrairement à la SARL, où l'article L. 223-21 du code de commerce interdit au gérant et aux associés personnes physiques de se faire consentir un découvert en compte courant, aucun texte n'interdit expressément à un associé de société civile d'être débiteur envers la société. Cela ne le rend pas anodin pour autant : un compte courant durablement débiteur ressemble à une avance sans contrepartie, s'analyse mal en cas de contrôle, et peut nourrir une contestation entre associés. Si la situation existe, elle doit être visible dans le tableau, datée, et régularisée.
Les intérêts. Rémunérer un compte courant est possible. Pour une SCI à l'IS, la déductibilité des intérêts servis aux associés suppose que le capital ait été entièrement libéré et reste plafonnée par l'article 39, 1, 3° du CGI, à hauteur de la moyenne annuelle des taux effectifs moyens pratiqués par les établissements de crédit pour des prêts à taux variable aux entreprises d'une durée initiale supérieure à deux ans — taux publié trimestriellement, à vérifier pour votre exercice avant de le retenir dans le tableau. À l'IR, l'imputation en charge suit la logique limitative de l'article 31 du CGI.
La convention écrite. Rien ne l'impose. Elle est pourtant ce qui sépare une avance structurée d'un virement inexpliqué sur le compte de la SCI. Sa date et ses conditions ont leur colonne dans le tableau ; pour le reste, direction notre guide sur le compte courant d'associé en SCI.
Le piège classique. Une donation de parts ne transfère pas le compte courant. Un parent qui donne la nue-propriété de ses parts à ses enfants reste créancier de la SCI pour l'intégralité de son compte courant. Beaucoup de familles le découvrent au moment de la succession, quand la créance de compte courant réapparaît à l'actif successoral. Deux colonnes distinctes, deux histoires distinctes.
7. Les contrôles de cohérence à chaque clôture
Un tableau qu'on ne contrôle jamais dérive lentement, et l'écart ne se remarque qu'au moment où il coûte cher. Huit vérifications suffisent. Idéalement après chaque saisie de mouvement ; au minimum à la clôture de l'exercice, avant d'établir quoi que ce soit de déclaratif.
| Contrôle | Formule / méthode | Ce qu'un écart révèle |
|---|---|---|
| 1. Capital | Nombre total de parts × valeur nominale = capital social | Mouvement oublié, part démembrée comptée deux fois |
| 2. Pourcentages | Somme des quotes-parts = 100,00 % | Arrondis mal gérés, ligne manquante |
| 3. Unicité des numéros | Chaque numéro de part attribué une et une seule fois | Chevauchement de plages après une cession partielle |
| 4. Conservation | Parts avant mouvement = parts après (sauf augmentation ou réduction de capital) | Saisie déséquilibrée |
| 5. Votes | Somme des droits de vote = 100 % pour chacune des deux clés (ordinaire / affectation) | Démembrement mal ventilé |
| 6. Déclaratif | Répartition du tableau = cadre de répartition entre associés de la 2072 (IR) ou tableau de composition du capital social 2033-F / 2059-F (IS) | Déclaration établie sur une répartition périmée |
| 7. Comptes courants | Somme des soldes individuels = solde du compte 455 au bilan | Mouvement bancaire mal affecté, avance non tracée |
| 8. RBE | Liste des détenteurs de plus de 25 % (capital ou droits de vote) = déclaration en vigueur, mise à jour dans les 30 jours | Franchissement de seuil ou changement de pourcentage non déclaré |
Si vous n'en gardez qu'un, gardez le n° 1. Nombre total de parts × valeur nominale doit reconstituer le capital social figurant dans les statuts en vigueur. Toujours. Quand ça ne tombe pas juste, la mauvaise réflexe consiste à ajuster une ligne « pour équilibrer » : reprenez plutôt la chaîne des actes depuis la constitution jusqu'à trouver le mouvement fautif. L'écart n'est pas un bug d'arrondi, c'est une information.
Le n° 6, lui, est celui qui vous sauve en contrôle. Une quote-part déclarée qui diverge des actes ouvre une discussion sur-le-champ, souvent en guise d'entrée en matière avant un examen plus large. Nos motifs de redressement en SCI détaillent ce que le vérificateur regarde ensuite.
8. Le modèle de tableau rempli : SCI Les Tilleuls, 4 associés
Passons au concret. Voici le modèle complet appliqué à une SCI familiale ordinaire — celle qu'on rencontre dix fois par mois. Recopiez la structure onglet par onglet et remplacez les données entre crochets par les vôtres.
Fiche société — en-tête du tableau
SCI LES TILLEULS — Société civile immobilière
Siège social : [adresse du siège]
SIREN : [n° SIREN] — Immatriculation : 12 mars 2019
Capital social : 100 000 €, divisé en 1 000 parts de 100 € de valeur nominale, numérotées de 1 à 1 000
Régime fiscal : impôt sur le revenu — Exercice social : 1er janvier au 31 décembre
Gérant : Marc Dupont (gérant statutaire)
Tableau arrêté au 30 juin 2026 — mis à jour par le gérant le 30 juin 2026
8.1 — Le journal des mouvements
Trois mouvements en sept ans, ce qui est déjà beaucoup pour une SCI familiale. Le journal se lit du plus ancien au plus récent, et une ligne passée ne se réécrit jamais.
| N° | Date | Type | De → vers | Parts / n° | Valeur |
|---|---|---|---|---|---|
| 001 | 12/03/2019 | Souscription initiale | SCI → Marc / Claire / Léa / Hugo | 1 000 parts n° 1 à 1 000 | 100 000 € 100 €/part |
| 002 | 30/06/2023 | Cession à titre onéreux | Marc → Claire | 50 parts n° 401 à 450 | 8 500 € 170 €/part |
| 003 | 15/04/2026 | Donation-partage de la nue-propriété | Marc → Léa (n° 1-100) et Hugo (n° 101-200) | 200 parts n° 1 à 200 | NP : 22 800 € PP retenue 190 €/part |
Le détail des formalités, colonne par colonne, pour le mouvement n° 002 :
Mouvement 002 — fiche détaillée
Type : cession de parts à titre onéreux, entre associés (les deux cédant et cessionnaire sont époux et tous deux associés)
Cédant : A01 Marc Dupont — Cessionnaire : A02 Claire Dupont
Objet : 50 parts en pleine propriété, n° 401 à 450
Prix : 8 500 €, soit 170 € par part
Prix de revient du cédant : 5 000 € (50 parts × 100 € souscrites le 12/03/2019)
Plus-value dégagée : 8 500 − 5 000 = 3 500 €. La SCI est à l'IR et à prépondérance immobilière : la cession relève du régime des plus-values immobilières des particuliers (art. 150 UB du CGI, qui renvoie à l'art. 150 U). Durée de détention 12/03/2019 → 30/06/2023 = 4 ans, donc aucun abattement, celui de l'article 150 VC ne courant qu'à compter de la sixième année. Imposition : 19 % d'impôt sur le revenu (665 €) + 17,2 % de prélèvements sociaux (602 €) = 1 267 €, sans surtaxe (art. 1609 nonies G, seuil de 50 000 € de plus-value). La cession entre époux n'ouvre droit à aucune exonération. C'est très exactement ce que la colonne « prix de revient » sert à produire.
Agrément : dispensé — clause statutaire de dispense pour les cessions entre associés (art. 8 des statuts, autorisé par l'art. 1861 al. 2 C. civ.)
Acte : sous seing privé du 30/06/2023 — fichier 2023-06-30_cession_MD_CD.pdf. Époux tous deux associés : la cession n'est valable que par acte notarié ou par acte sous seing privé ayant acquis date certaine autrement que par le décès du cédant (art. 1861, dernier alinéa, C. civ.) — ici, la date certaine résulte de l'enregistrement ci-dessous. Attention : cette cession date de 2023. La même opération conclue aujourd'hui devrait, à peine de nullité, être constatée par acte authentique, par acte contresigné par avocat ou par acte d'expert-comptable (art. 1865-1 C. civ., applicable aux cessions conclues depuis le 27 juin 2026).
Enregistrement : 18/07/2023, dans le mois de l'acte (art. 635, 2, 7° du CGI) — droit de 5 % sur 8 500 €, soit 425 € (art. 726, I, 2° du CGI)
Opposabilité à la société : signification à la SCI par commissaire de justice le 05/07/2023 (art. 1690 du Code civil, sur renvoi de l'art. 1865). Attention : l'article 1690 n'admet l'acceptation comme équivalent de la signification que si elle est donnée dans un acte authentique. L'intervention du gérant à un acte sous seing privé ne coche donc pas cette case — la jurisprudence admet certes une opposabilité lorsque la cession a été portée à la connaissance de la société et acceptée par elle sans équivoque, mais c'est une tolérance prétorienne, pas une formalité que l'on peut inscrire comme accomplie. En l'absence de signification et à défaut de clause statutaire de transfert sur les registres, la case « opposabilité à la société » doit rester une alerte, pas une ligne validée.
Opposabilité aux tiers : dépôt au greffe le 20/07/2023
Statuts mis à jour : AG du 30/06/2023, clause de répartition modifiée
RBE : mis à jour le 24/07/2023, dans les trente jours de l'acte — aucun franchissement du seuil de 25 %, mais les pourcentages déclarés changent (Marc 45 % → 40 %, Claire 45 % → 50 %)
Total parts après : 1 000 — contrôle capital : 1 000 × 100 € = 100 000 € ✔
8.2 — Le tableau des associés au 30 juin 2026
Une fois les trois mouvements appliqués, voici la photographie. Regardez surtout le traitement des 200 parts démembrées : une seule apparition dans le décompte du capital, deux titulaires de droits.
| Associé | Entrée | Pleine propriété | Usufruit | Nue-propriété | Numéros |
|---|---|---|---|---|---|
| A01 Marc Dupont gérant, né en 1964 | 12/03/2019 | 200 | 200 | — | PP : 201-400 US : 1-200 |
| A02 Claire Dupont associée, née en 1966 | 12/03/2019 | 500 | — | — | 401-900 |
| A03 Léa Dupont associée, née en 1996 | 12/03/2019 | 50 | — | 100 | PP : 901-950 NP : 1-100 |
| A04 Hugo Dupont associé, né en 1999 | 12/03/2019 | 50 | — | 100 | PP : 951-1000 NP : 101-200 |
| TOTAL | — | 800 | 200 parts démembrées (comptées une fois) | 1 à 1 000 | |
Contrôle n° 1 : 800 parts en pleine propriété + 200 parts démembrées = 1 000 parts. 1 000 × 100 € = 100 000 € = capital social. ✔
8.3 — Les quatre clés de répartition
C'est le passage où le tableau rembourse le temps qu'on lui consacre. Quatre clés coexistent dans la même SCI, et elles ne donnent pas les mêmes chiffres. Attention, en particulier, à la première : les 200 parts démembrées sont portées au capital des nus-propriétaires, Léa et Hugo, et non de l'usufruitier — parce que la qualité d'associé, à laquelle l'article 1857 rattache l'obligation aux dettes, appartient au nu-propriétaire (Cass. 3e civ., 16 février 2022, n° 20-15.164).
| Associé | % du capital (obligation aux dettes, art. 1857 — parts démembrées imputées au NP) |
Vote — décisions ordinaires (NP vote, art. 1844 al. 3) |
Vote — affectation du résultat (US vote) |
% du résultat courant (cadre de répartition de la 2072) |
|---|---|---|---|---|
| Marc | 20,00 % 200 PP seulement : l'usufruit ne confère pas la qualité d'associé | 20,00 % | 40,00 % | 40,00 % |
| Claire | 50,00 % | 50,00 % | 50,00 % | 50,00 % |
| Léa | 15,00 % 50 PP + 100 NP | 15,00 % | 5,00 % | 5,00 % |
| Hugo | 15,00 % 50 PP + 100 NP | 15,00 % | 5,00 % | 5,00 % |
| TOTAL | 100,00 % | 100,00 % | 100,00 % | 100,00 % |
Lecture. On continue de dire, dans la famille, que Marc « a 40 % de la SCI ». C'est faux sur les deux clés qui engagent son patrimoine et son pouvoir : depuis la donation-partage, il ne pèse plus que 20 % du capital au sens de l'article 1857 — les 200 parts dont il n'a gardé que l'usufruit sont portées au capital de Léa et de Hugo — et 20 % des voix sur les décisions ordinaires. Chiffrons : sur une dette sociale de 120 000 €, Marc doit 24 000 € et chacun des enfants 18 000 €, là où le tableau « intuitif » aurait fait supporter 48 000 € au père et 6 000 € à chaque enfant. C'est sur l'affectation du résultat que Marc reprend la main, à 40 %, au titre de son usufruit — et c'est aussi sur cette clé-là qu'il est imposé, puisque l'usufruitier de parts d'une société de personnes est imposable sur la quote-part de bénéfice courant (BOI-RFPI-CHAMP-30-20). Aucun de ces chiffres n'est intuitif, et aucun ne se retrouve de tête un soir d'assemblée. Voilà à quoi sert le tableau.
Ne confondez pas capital juridique et capital économique. En valeur, l'usufruit viager de Marc sur 200 parts pèse 40 % de 38 000 €, soit 15 200 €, et c'est bien une richesse. Mais cette valeur économique n'est pas une part dans le capital social au sens de l'article 1857 : elle ne l'expose pas aux dettes sociales et ne lui donne pas la qualité d'associé. Si vous tenez à afficher la valeur, faites-en une colonne distincte, clairement intitulée « capital économique », et ne la mélangez jamais avec la clé de responsabilité.
Attention aux majorités. Si les statuts de la SCI Les Tilleuls exigent les trois quarts des voix pour vendre un immeuble, la donation-partage du 15 avril vient de faire basculer l'équilibre : Marc et Claire, qui réunissaient 90 % des voix ordinaires, ne pèsent plus que 70 % — en dessous du seuil de 75 % — tandis que Léa et Hugo, à 30 % à eux deux, disposent désormais d'une minorité de blocage. Avec une majorité statutaire des deux tiers (66,67 %), la décision passerait encore, mais la marge serait tombée de 23 points à 3 : un mouvement de plus et le seuil est perdu. Ces seuils se vérifient avant de signer chez le notaire, pas trois ans après devant une décision contestée. Voir l'assemblée générale de SCI et le pacte d'associés.
Mouvement 003 — RBE : inscription modificative au greffe le 12/05/2026, dans les trente jours de la donation-partage du 15 avril (art. R. 561-55 du code monétaire et financier). Le mouvement ne se contente pas de déplacer des parts : Marc passe de 40 % à 20 % du capital et des droits de vote ordinaires, donc sous le seuil de 25 % — il n'est plus bénéficiaire effectif au titre de la détention et sa déclaration doit être réexaminée au regard du contrôle qu'il exerce comme gérant. Léa et Hugo montent à 15 % chacun, sans atteindre le seuil. Claire reste déclarée à 50 %. Une modification de pourcentage suffit à déclencher l'obligation : le franchissement de seuil n'est pas la seule hypothèse.
8.4 — L'onglet démembrement
| Lot | Usufruitier | Nu-propriétaire | Origine / type | Quotités (art. 669) | Valeurs |
|---|---|---|---|---|---|
| n° 1 à 100 | A01 Marc 62 ans à l'acte | A03 Léa | Donation-partage 15/04/2026 usufruit viager réservé | US 40 % NP 60 % | PP 19 000 € NP 11 400 € |
| n° 101 à 200 | A01 Marc 62 ans à l'acte | A04 Hugo | Donation-partage 15/04/2026 usufruit viager réservé | US 40 % NP 60 % | PP 19 000 € NP 11 400 € |
Le calcul, ligne à ligne. L'acte de donation retient une valeur de 190 € par part. Pour 100 parts, la pleine propriété pèse donc 19 000 €. Marc a 62 ans à la signature : tranche « moins de 71 ans révolus », usufruit 40 %, nue-propriété 60 %. Chaque enfant reçoit donc une nue-propriété de 19 000 × 60 % = 11 400 €. L'abattement de 100 000 € par parent et par enfant, renouvelable tous les quinze ans (art. 779, I et 784 du CGI), absorbe cette valeur sans difficulté : aucun droit de donation à payer. Mais l'abattement est entamé de 11 400 €, et le compteur de quinze ans démarre le 15 avril 2026. Si le tableau ne conserve pas cette donnée, la donation suivante sera calibrée à l'aveugle — c'est très exactement le genre d'information qu'on croit retenir et qu'on a oubliée huit ans plus tard. Le détail dans notre guide sur la donation de parts de SCI.
8.5 — L'onglet comptes courants
| Associé | Solde 01/01/2026 | Apports | Remboursements | Solde 30/06/2026 |
|---|---|---|---|---|
| A01 Marc | 45 000 € | — | 6 000 € | 39 000 € |
| A02 Claire | 12 000 € | 3 000 € | — | 15 000 € |
| A03 Léa | 0 € | — | — | 0 € |
| A04 Hugo | 0 € | — | — | 0 € |
| TOTAL | 57 000 € | 3 000 € | 6 000 € | 54 000 € |
Lecture croisée. Marc ne pèse plus que 20 % du capital, mais 72 % des créances en compte courant. La donation-partage du 15 avril n'a strictement rien changé à cette ligne : elle portait sur des parts, pas sur une créance. Si Marc disparaissait demain, la succession comprendrait l'usufruit éteint côté enfants — qui deviennent pleins propriétaires sans droits à ce titre (art. 1133 du CGI) — et 39 000 € de créance sur la SCI à l'actif successoral, avec les droits correspondants. Ce sont deux logiques différentes, et personne ne les rapproche spontanément le jour J.
Ce tableau, tenu automatiquement
Dans sci-ai.app, la répartition des parts, l'historique des mouvements, le démembrement et les comptes courants sont tenus au fil de l'eau et alimentent directement vos déclarations. Les contrôles de cohérence tournent tout seuls.
9. Mise à jour, diffusion et archivage du tableau de suivi
Le plus beau modèle du monde ne sert à rien s'il dort dans un dossier. Trois questions suffisent à en faire une routine : quand met-on le tableau à jour, qui peut le consulter, et comment en garde-t-on une trace datée dans le temps.
Quand mettre à jour
- À chaque mouvement, le jour même. Le journal se saisit à la signature de l'acte, pas six mois plus tard. Les colonnes de formalités (enregistrement, opposabilité, statuts, RBE) se complètent ensuite, au fur et à mesure, ce qui donne au passage une liste de tâches parfaitement lisible.
- À l'arrêté des comptes. Le tableau alimente la répartition du résultat et les soldes de comptes courants. Il se contrôle avant l'établissement de la déclaration, pas après.
- Avant chaque assemblée. Pour établir la feuille de présence, calculer les majorités et vérifier qui doit être convoqué — y compris les usufruitiers et nus-propriétaires.
- À chaque événement familial. Mariage, divorce, décès, donation : ces événements modifient la détention ou les droits sans qu'aucun acte de cession n'ait été signé.
Qui y a accès
Le tableau est un document interne, mais il touche à des données personnelles (identités, dates de naissance, adresses, patrimoine). Réservez-en l'accès au gérant et aux associés. L'article 1855 du Code civil garantit à tout associé le droit d'obtenir, au moins une fois par an, communication des livres et documents sociaux et de poser par écrit des questions sur la gestion — droit précisé par l'article 48 du décret n° 78-704 du 3 juillet 1978. Glisser un extrait du tableau dans le dossier d'assemblée, c'est répondre à la question avant qu'elle ne soit posée — et, accessoirement, désamorcer l'associé minoritaire qui s'apprêtait à écrire au gérant. Notre guide sur le droit d'information de l'associé précise l'étendue exacte de ce droit.
Comment archiver
- Figez une version à chaque clôture. Un export daté, non modifiable (PDF), nommé selon une convention stable : 2026-12-31_suivi-parts_SCI-LES-TILLEULS.pdf.
- Conservez les pièces avec le tableau. Un dossier par mouvement, contenant l'acte, la preuve d'enregistrement, la signification ou l'acceptation, le dépôt au greffe et le PV d'assemblée.
- Durée : sans limite pratique. Ces pièces conditionnent le calcul des plus-values, les droits de succession et la preuve même de la qualité d'associé. Elles survivent à la SCI. Nos guides sur les documents à conserver et l'archivage numérique en SCI donnent les durées légales poste par poste.
- Prévoyez la transmission de la connaissance. Le gérant est mortel, et il est en général le seul à savoir comment le fichier est construit. Un deuxième associé doit connaître son emplacement et sa logique. Cette ligne-là est la plus souvent négligée, et c'est celle qui coûte le plus cher.
10. Les erreurs classiques du suivi des parts de SCI
Ces dix erreurs, je les retrouve dans la quasi-totalité des tableaux tenus à la main qui me passent entre les mains. Prise isolément, aucune n'est spectaculaire. Additionnées, elles rendent le document inutilisable le jour où il faudrait prouver quelque chose.
Erreur 1 : ne pas numéroter, ou ne pas renuméroter après une cession
Sans numéros, plus moyen de dire quel lot a été cédé, lequel est démembré, ni quand chacun est entré dans le patrimoine de son titulaire. Attribuez des plages continues dès la constitution, et rédigez toujours les transferts en numéros explicites : « les parts n° 401 à 450 », jamais « 50 parts » tout court. Un acte qui ne précise pas lesquelles laisse le travail à quelqu'un d'autre, dix ans plus tard, sans les éléments pour le faire.
Erreur 2 : compter deux fois les parts démembrées
Le total gonfle, les pourcentages ne bouclent plus, et le tableau perd toute crédibilité auprès de ceux à qui vous le montrez. Une part démembrée reste une part, avec deux titulaires de droits. Bonne nouvelle : le contrôle n° 1 (parts × nominal = capital) attrape cette erreur dès la première clôture.
Erreur 3 : ne pas tracer le démembrement du tout
C'est plus grave que la précédente. Si le tableau ignore le démembrement, les convocations partent aux mauvaises personnes, les majorités sont calculées sur la mauvaise clé et les décisions prises deviennent contestables. La réforme des nullités en droit des sociétés issue de l'ordonnance n° 2025-229 du 12 mars 2025, applicable depuis le 1er octobre 2025, a resserré les conditions d'annulation, mais elle n'a pas supprimé le risque : mieux vaut convoquer correctement.
Erreur 4 : des cessions jamais enregistrées ni signifiées
Le cas classique de la SCI familiale : un acte sous seing privé signé un dimanche, rangé dans un tiroir, jamais enregistré, jamais signifié. Pour les cessions antérieures au 27 juin 2026, la cession existe entre les parties, mais elle n'est opposable ni à la société ni aux tiers, et l'absence d'enregistrement expose à des pénalités. Pour celles conclues depuis cette date et portant sur les parts d'une société à prépondérance immobilière, c'est plus radical encore : sans acte authentique, sans acte contresigné par avocat et sans acte d'expert-comptable, la cession est nulle (art. 1865-1 du Code civil) et l'enregistrement est refusé (art. 635-0 A du CGI). Ajoutez trois colonnes de statut (« enregistré », « opposable à la société », « publié ») et traitez toute case vide comme une tâche en retard.
Erreur 5 : confondre parts et compte courant
« J'ai mis 80 000 € dans la SCI, donc j'ai 80 % du truc. » Non. Les parts découlent des apports au capital ; tout le reste est une créance remboursable, qui ne donne ni voix ni quote-part de résultat. Cette confusion-là déclenche plus de brouilles familiales que toutes les autres réunies, et elle se révèle toujours au moment où quelqu'un veut sortir. À lire ensuite : la mésentente entre associés et le compte courant d'associé.
Erreur 6 : ne jamais mettre à jour les statuts
Une cession qui n'est pas répercutée dans la clause de répartition laisse coexister deux vérités : celle des statuts déposés et celle des actes. Banque, notaire, acquéreur : tous ceux qui liront les statuts repartiront avec la mauvaise information, et personne ne les détrompera. La colonne « statuts mis à jour » du journal sert à rendre ce retard visible tant qu'il est encore rattrapable. Marche à suivre dans notre guide sur la modification des statuts.
Erreur 7 : oublier le registre des bénéficiaires effectifs
Tout mouvement qui rend inexactes les informations déclarées — franchissement du seuil de 25 % à la hausse comme à la baisse, mais aussi simple modification des pourcentages détenus par un bénéficiaire effectif déjà déclaré — impose une inscription modificative dans les trente jours (art. R. 561-55 et suivants du code monétaire et financier). C'est mécanique, et c'est systématiquement oublié parce que personne ne recalcule les pourcentages après coup. Une colonne dédiée dans le journal suffit à ne plus rater l'échéance.
Erreur 8 : le tableau qui vit dans une boîte mail
« La dernière version, c'est celle que je t'ai envoyée en janvier. Ou celle de mars, je ne sais plus. » Un fichier sans version de référence, sans historique et sans propriétaire identifié ne prouve rien du tout : il ouvre une discussion sur sa propre fiabilité. Un emplacement unique, une version datée à chaque clôture, un responsable nommé. Trois décisions, dix minutes.
Erreur 9 : ignorer le régime matrimonial des associés
Des parts souscrites avec des fonds communs par un associé marié sous un régime communautaire ouvrent au conjoint, sous conditions, la faculté de revendiquer la qualité d'associé pour la moitié d'entre elles (art. 1832-2 du Code civil). Ne pas tracer cette information, c'est se réserver la possibilité de découvrir un cinquième associé au milieu d'un divorce. Le scénario complet est décrit dans notre guide sur la SCI face au divorce.
Erreur 10 : arrondir les pourcentages
Trois associés à 33,33 % ne font pas 100 %. Tant que le calcul part du nombre de parts et non du pourcentage, tout va bien. Dès que quelqu'un saisit un pourcentage à la main, la dérive commence. Règle simple : le nombre de parts est la donnée source, le pourcentage est toujours calculé.
11. FAQ — Tableau de suivi des parts de SCI
Le tableau de suivi des parts est-il obligatoire ?
Non. Ce qui est contraignant, ce sont les statuts (qui doivent mentionner les apports de chaque associé, art. 1835 du Code civil), l'acte constatant chaque cession (art. 1865 et, depuis le 27 juin 2026, art. 1865-1) et les formalités d'opposabilité. Le tableau n'a pas de valeur légale propre : c'est un outil de pilotage, et c'est précisément parce qu'il n'est pas obligatoire que presque personne ne le tient.
Une SCI doit-elle tenir un registre de mouvements de titres ?
Non, ce registre est propre aux sociétés par actions. En société civile, l'article 1865 du Code civil ne prévoit un transfert sur les registres de la société que si les statuts le stipulent, comme mode d'opposabilité alternatif à la signification de l'article 1690. Vérifiez vos statuts : s'ils le prévoient, le registre devient un passage obligé de chaque cession. Le point complet sur les registres en SCI.
Faut-il numéroter les parts sociales ?
Ce n'est pas une obligation légale, mais c'est la pratique notariale et c'est indispensable dès qu'il y a plus d'un mouvement. Les numéros permettent d'identifier le lot cédé, d'isoler les parts démembrées et de retrouver la date et le prix d'acquisition de chaque lot pour le calcul de la plus-value.
Comment éviter le double comptage des parts démembrées ?
Une part démembrée reste une part unique : elle est comptée une fois dans le capital, avec deux titulaires. Structurez le tableau avec trois compteurs par associé (pleine propriété, usufruit, nue-propriété) et un onglet démembrement listant les numéros de parts concernés. Le contrôle « nombre total de parts × valeur nominale = capital social » détecte immédiatement l'erreur.
Qui vote sur des parts démembrées ?
À défaut de clause statutaire, l'article 1844 alinéa 3 du Code civil donne le droit de vote au nu-propriétaire, sauf pour les décisions concernant l'affectation des bénéfices, réservées à l'usufruitier. Les statuts peuvent en disposer autrement, mais uniquement sur la répartition du droit de vote : le droit de participer aux décisions collectives appartient en toute hypothèse à l'usufruitier comme au nu-propriétaire (première phrase du troisième alinéa, à laquelle les statuts ne peuvent pas déroger). Convoquez-les donc tous les deux. Détails dans notre guide sur le démembrement en SCI.
Comment valoriser l'usufruit dans le tableau ?
Fiscalement, l'article 669 du CGI fixe un barème par tranches de dix ans selon l'âge de l'usufruitier : 40 % pour l'usufruit et 60 % pour la nue-propriété entre 61 et 70 ans révolus, par exemple. Pour un usufruit à durée fixe, l'article 669 II retient 23 % par période de dix ans, sans fraction et sans égard à l'âge de l'usufruitier, la doctrine administrative interdisant d'aboutir à une valeur supérieure à celle de l'usufruit viager (BOI-ENR-DMTG-10-40-10-50). Conservez dans le tableau la quotité effectivement retenue dans l'acte et l'âge à cette date.
Une cession de parts entre membres d'une même famille nécessite-t-elle un agrément ?
Tout dépend des statuts. L'article 1861 alinéa 1 pose le principe de l'agrément unanime ; l'alinéa 2 permet aux statuts d'assouplir ce principe, notamment pour les cessions consenties à un associé ou au conjoint, et prévoit que les cessions consenties à un ascendant ou un descendant du cédant échappent à l'agrément sauf clause contraire des statuts. Autrement dit : lisez votre clause d'agrément avant toute opération, y compris familiale.
Que se passe-t-il si l'agrément est refusé ?
Les associés peuvent acquérir les parts, faire désigner un tiers acquéreur à l'unanimité, ou la société peut les racheter en vue de leur annulation ; le prix offert est notifié au cédant (art. 1862 du Code civil). Si aucune offre d'achat n'est faite dans les six mois de la dernière notification du projet de cession, l'agrément est réputé acquis, sauf décision de dissolution anticipée prise dans le même délai (art. 1863). En cas de contestation du prix, il est fixé à dire d'expert dans les conditions de l'article 1843-4. Le tableau doit dater la notification, car elle fait courir le délai.
Combien coûte l'enregistrement d'une cession de parts de SCI ?
Pour une société à prépondérance immobilière, le droit d'enregistrement est de 5 % (art. 726, I, 2° du CGI), assis sur le prix augmenté des charges ou sur la valeur vénale réelle des parts si elle est supérieure. L'acte doit être enregistré dans le mois de sa date (art. 635, 2, 7° du CGI) ; à défaut d'acte, la cession doit être déclarée dans le mois (art. 639 du CGI), via le formulaire n° 2759-SD ou le téléservice « e-Enregistrement ». Le tableau doit conserver la date d'enregistrement et le montant acquitté.
Peut-on encore céder des parts de SCI par acte sous seing privé ?
Plus par acte sous seing privé sans professionnel rédacteur, depuis le 27 juin 2026. L'article 1865-1 du Code civil, créé par l'article 68 de la loi n° 2026-534 du 25 juin 2026 relative à la lutte contre les fraudes sociales et fiscales, impose à peine de nullité un acte authentique, un acte contresigné par avocat ou un acte rédigé par un expert-comptable dans les cas où il y est habilité — étant précisé que l'acte d'avocat et l'acte d'expert-comptable sont eux-mêmes des actes sous signature privée. Le texte ne vise en outre que les personnes morales à prépondérance immobilière au sens du 2° du I de l'article 726 du CGI : la quasi-totalité des SCI, mais pas une SCI dont l'actif serait principalement composé de trésorerie, de titres ou d'immeubles situés à l'étranger. L'article 635-0 A du CGI complète le dispositif en refusant l'enregistrement d'un acte non conforme, et les cessions conclues avant le 27 juin 2026 restent régies par le droit antérieur.
Comment rendre une cession opposable à la SCI et aux tiers ?
À la société : signification dans les formes de l'article 1690 du Code civil, acceptation par la société dans un acte authentique, ou transfert sur les registres si les statuts le prévoient (art. 1865). Aux tiers : ces formalités plus une publicité au registre du commerce et des sociétés. Tant que rien n'est fait, la SCI peut légitimement continuer à convoquer et à payer le cédant.
Le compte courant d'associé suit-il les parts en cas de donation ?
Non, et c'est le piège le plus fréquent. Le compte courant est une créance personnelle sur la société : donner ses parts ne transmet pas la créance. Un parent qui donne la nue-propriété de ses parts reste créancier pour l'intégralité de son compte courant, lequel réapparaîtra à l'actif de sa succession. Si l'intention est de transmettre aussi la créance, il faut un acte distinct.
Le tableau doit-il être communiqué aux associés ?
Aucune obligation ne porte sur ce document en particulier, mais l'article 1855 du Code civil ouvre à tout associé, au moins une fois par an, un droit de communication des livres et documents sociaux et un droit de poser par écrit des questions sur la gestion, précisé par l'article 48 du décret n° 78-704 du 3 juillet 1978. Joindre un extrait au dossier d'assemblée annuelle désamorce la plupart des contestations sur la répartition.
En quoi ce tableau aide-t-il en cas de contrôle fiscal ?
Il permet de justifier immédiatement la répartition des quotes-parts déclarées, de dater les mouvements avec leurs actes, de prouver le prix de revient des parts et de rapprocher les comptes courants du compte 455 au bilan. Une répartition déclarée qui diverge des actes est l'un des points d'entrée les plus fréquents d'un examen approfondi. Voir notre guide sur le contrôle fiscal d'une SCI.
Que faire si la somme des parts ne correspond plus au capital ?
Ne corrigez jamais le tableau pour faire tomber juste. Reprenez la chaîne des actes depuis la constitution, mouvement par mouvement, en vérifiant à chaque étape que le total est conservé. L'écart signale presque toujours un mouvement oublié, une part démembrée comptée deux fois, ou une augmentation de capital jamais répercutée. Nos explications sur le capital social d'une SCI aident à retrouver le fil.
Combien de temps conserver ces tableaux et les actes associés ?
Sans limite pratique. La chaîne de propriété des parts conditionne le calcul des plus-values, les droits de succession et la preuve même de la qualité d'associé : elle doit survivre à la SCI. Archivez une version figée et datée à chaque clôture, avec les pièces justificatives de chaque mouvement.
Un tableur suffit-il, ou faut-il un logiciel ?
Pour une SCI à deux associés sans démembrement, un tableur bien tenu suffit. Dès qu'apparaissent le démembrement, plusieurs générations d'associés, des comptes courants actifs et des mouvements réguliers, le tableur devient fragile : pas d'historisation fiable, pas de contrôle automatique, un fichier qui circule par mail. Un logiciel dédié comme sci-ai.app tient répartition, mouvements et comptes courants au même endroit et les reporte dans les déclarations.
Cet article est informatif et ne remplace pas un conseil personnalisé. Les montages impliquant démembrement, donation-partage ou clauses statutaires dérogatoires méritent une analyse au cas par cas.
Suivi automatique des parts et des associés dans SCI-AI
Répartition du capital, historique des mouvements, démembrement, comptes courants d'associés et quotes-parts reportées dans vos déclarations : tout est tenu au même endroit, contrôlé automatiquement, et disponible à la demande.
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