Décès du locataire en SCI : transfert du bail, reprise des lieux et loyers impayés
Le décès de votre locataire ne vous rend pas les clés. Le bail ne s'éteint pas avec son titulaire : il passe à l'un des six proches que désigne l'article 14 de la loi du 6 juillet 1989, et n'est résilié que si aucun ne se présente. Même alors, le logement reste occupé : meubles, héritiers indécis, parfois personne. Trois réponses tout de suite. Non, vous ne pouvez pas reprendre les lieux. Oui, quelqu'un doit les loyers, mais rarement celui qu'on croit. Non, le dépôt ne se remet pas aux occupants. Voici les cinq voies ouvertes à une société civile immobilière (SCI) ; le cadre du contrat reste celui de notre guide sur le bail d'habitation en SCI.
Rédigé par Quentin Hagnéré, fondateur de sci-ai.app, et vérifié texte par texte contre les sources officielles listées en fin d'article. Dernière mise à jour : 1er septembre 2026.
Sommaire
- Décès, disparition, squat : trois situations, deux fondements de compétence
- Le décès ne libère pas le logement : ce que dit l'article 14
- Qui reprend le bail : les six bénéficiaires et la condition d'un an
- Transfert du bail : les pièces à réclamer dans les quinze jours
- Personne ne se présente : bail résilié, logement occupé, 5 820 € de trou
- Disparu sans être mort : la procédure du logement abandonné
- Ne changez pas la serrure, n'entrez pas, ne touchez à rien
- Héritiers silencieux ou introuvables : les deux actes qui débloquent
- Loyers du locataire décédé et dépôt de garantie : qui paie, à qui rendre
- Que faire selon votre cas : le tableau de décision en cinq voies
- Six erreurs de propriétaire dans les quinze premiers jours
- Questions fréquentes
1. Décès, disparition, squat : trois situations, deux fondements de compétence
Un gérant qui découvre un logement silencieux ne sait pas encore laquelle des trois situations il vit. La distinction ne change pas le juge : elle change le texte sur lequel on le saisit.
Le squatteur est entré sans titre — sans bail, sans autorisation, sans avoir jamais payé. Son juge est celui des contentieux de la protection, le magistrat du tribunal judiciaire qui connaît des litiges de bail. Fondement : l'article L213-4-3 du code de l'organisation judiciaire, qui vise les occupants « sans droit ni titre ». Il s'expose aussi à l'évacuation administrative accélérée, qui se joue devant le préfet : c'est l'objet de notre guide sur le squat.
Le locataire décédé ou disparu, lui, a un titre. Il a signé un bail, et sa disparition ne le fait pas disparaître juridiquement. Le juge reste le même ; c'est le fondement qui change : l'article L213-4-4 du même code, qui vise les actions dont un bail d'habitation est « l'objet, la cause ou l'occasion ». Un seul magistrat, deux chefs de compétence, deux procédures.
Et une homonymie à lever : il ne s'agit pas ici du décès d'un associé. Quand c'est le locataire qui meurt, la SCI ne bouge pas d'un iota. Si votre sujet est l'agrément des héritiers ou l'évaluation des parts, voyez notre guide sur le décès d'un associé de SCI.
2. Le décès ne libère pas le logement : ce que dit l'article 14
L'article 14 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 traite deux événements avec deux verbes. En cas d'abandon du domicile, le contrat « continue » au profit de certains proches. En cas de décès, il « est transféré ». À défaut de bénéficiaire, le bail est résilié de plein droit — sans congé, sans formalité, sans juge. Lisez la règle à l'envers : tant qu'un bénéficiaire existe et se manifeste, le bail vit et le loyer court. « Se manifeste » n'est pas décoratif : voyez la réserve du chapitre 3. Le décès n'est pas un congé.
La contradiction avec l'article 1742 du Code civil
Le droit commun du louage dit l'inverse. L'article 1742 du Code civil, inchangé depuis 1804, pose que le louage n'est pas résolu par la mort du preneur. L'article 14 pose une résiliation de plein droit. Les deux textes se contredisent.
Nous ne trancherons pas. Quand le législateur a voulu écarter l'article 1742, il l'a écrit : l'article 5, I bis, de la loi n° 48-1360 s'ouvre par « nonobstant les dispositions de l'article 1742 ». L'article 14 ne comporte rien de tel, et nous n'avons trouvé aucune décision qui règle expressément ce raccord. La Cour de cassation a en revanche tranché la conséquence pratique : le bail est résilié de plein droit par le décès du locataire s'il ne peut être transféré aux personnes limitativement énumérées par l'article 14 (Cass. 3e civ., 10 décembre 2008, n° 07-19.320, publié au Bulletin). Retenez donc la résiliation de plein droit, et non la survie du bail au profit des héritiers.
Ce que cela change pour vous : cherchez un bénéficiaire de l'article 14. À défaut, votre problème devient un problème de meubles et de succession.
3. Qui reprend le bail : les six bénéficiaires et la condition d'un an
Le texte désigne six catégories. La faute la plus répandue est de leur appliquer à toutes la condition d'un an de vie commune. C'est faux. Le conjoint et le partenaire de PACS (pacte civil de solidarité) ont leur propre tiret, sans condition de durée.
| Bénéficiaire | Un an de vie commune ? | Pièces à exiger |
|---|---|---|
| Conjoint survivant | Non | Acte de décès, livret de famille — vérification préalable de la cotitularité (voir ci-dessous) et, s'il n'habite pas les lieux, sa demande écrite de transfert |
| Partenaire de PACS | Non | Acte de décès, attestation d'enregistrement du PACS |
| Descendants (enfants, petits-enfants) | Oui | Filiation, plus douze mois de justificatifs de domicile à l'adresse |
| Ascendants (parents, grands-parents) | Oui | Filiation, plus douze mois de justificatifs de domicile |
| Concubin notoire | Oui | Douze mois de justificatifs, plus deux attestations de témoins |
| Personnes à charge | Oui | Douze mois de justificatifs, plus la preuve de la charge (avis d'imposition du défunt) |
Le conjoint survivant : le transfert ne joue que par défaut
Deuxième subtilité, et presque tout ce qui circule sur elle est faux. Le texte ne vise le conjoint survivant que « qui ne peut se prévaloir des dispositions de l'article 1751 du code civil ». Cet article organise la cotitularité : le bail appartient aux deux membres du couple, même si un seul nom figure au contrat. Mais à ses propres conditions — un local sans caractère professionnel ou commercial, qui sert effectivement à l'habitation des deux —, différentes selon qu'ils sont mariés ou pacsés.
- Époux : cotitularité de plein droit, dès lors que le logement sert effectivement à l'habitation des deux. Le texte l'impose « quel que soit leur régime matrimonial ». Rien à demander.
- Partenaires de PACS : cotitularité sur demande. Le bail ne leur appartient que « dès lors que les partenaires en font la demande conjointement ». Sans elle, le survivant n'est pas cotitulaire.
Au décès, le survivant cotitulaire a un droit exclusif sur le bail, sauf renonciation expresse (article 1751, alinéa 3). D'où la conséquence souvent manquée : cotitulaire, le conjoint ou le partenaire n'a besoin d'aucun transfert. Lui réclamer un dossier vous met en tort. À l'inverse, le conjoint dont le logement n'a jamais servi à l'habitation commune du couple n'est pas cotitulaire : il relève du premier tiret de l'article 14, qui ne lui impose aucune durée de vie commune.
Attention en revanche à la séparation de fait. Dès lors que le logement a effectivement servi à l'habitation des deux époux, ni la séparation de fait ni l'autorisation de résider séparément ne défont la cotitularité (Cass. 3e civ., 4 juillet 2024, n° 22-24.856, publié au Bulletin). Le conjoint séparé reste alors titulaire du bail — et débiteur du loyer.
Et une réserve qui vaut de l'argent. Ce transfert-là n'est pas automatique : le conjoint survivant qui n'habite pas les lieux n'en bénéficie qu'à condition d'en faire la demande, et une intention non équivoque de ne pas occuper vaut résiliation du bail par le décès (Cass. 3e civ., 10 avril 2013, n° 12-13.225, publié au Bulletin). L'arrêt a été rendu contre une SCI qui réclamait à la veuve les loyers postérieurs au décès : elle a perdu. On n'impose pas un bail à un conjoint absent pour se donner un débiteur. Écrivez-lui, exigez une réponse écrite, et datez-la.
Quand le partenaire de PACS n'est pas cotitulaire — cas fréquent —, il n'est pas démuni : son tiret de l'article 14 ne pose aucune condition de durée. Son attestation d'enregistrement du PACS suffit.
Aucun ordre de priorité, aucun droit de refus
Le texte ne hiérarchise pas les bénéficiaires. S'ils sont plusieurs à demander, le juge tranche selon les intérêts en présence. Et dans le parc privé, la SCI n'a ni droit d'agrément, ni droit d'opposition, ni congé spécifique. Ce n'est pas une lecture d'auteur : le transfert au bénéficiaire qui remplit les conditions opère par l'effet même de la loi, à la date du décès (Cass. 3e civ., 28 septembre 2022, n° 21-11.533, arrêt inédit). Comprenez « sans accord du bailleur ni jugement » — pas « sans demande du bénéficiaire ». Le congé pour reprise, à ses conditions propres (notre guide sur le congé en SCI), ne sert pas de contournement. Sur le dossier chiffré plus loin — 850 € de loyer, 120 € de charges —, un bénéficiaire vaut 970 € encaissés chaque mois au lieu de rien.
4. Transfert du bail : les pièces à réclamer dans les quinze jours
Tout se joue là. La preuve de la vie commune se fabrique dans les semaines qui suivent le décès : six mois plus tard, le compteur est résilié et le compte clôturé. Retrouvez d'abord le bail et l'identité exacte des titulaires : notre modèle de bail pour SCI dit où regarder.
Écrivez au candidat, en recommandé, dans les quinze jours. Demandez :
- L'acte de décès, dans tous les cas. Il fixe la date à laquelle s'apprécie la condition d'un an. Toutes les conditions du transfert s'apprécient au jour du décès, et non au jour où le juge statue (Cass. 3e civ., 10 octobre 2024, n° 23-18.933, arrêt inédit).
- Le lien de droit : livret de famille, attestation de PACS, ou acte de naissance pour les descendants et ascendants.
- Douze mois de justificatifs de domicile au nom du candidat, à l'adresse du logement : quittances, factures d'énergie, avis d'imposition, assurance habitation, relevés bancaires. Un document ne prouve rien ; douze mois concordants prouvent tout.
- Deux attestations de témoins pour le concubinage notoire, sur le formulaire officiel, pièce d'identité jointe.
- La preuve de la charge : la mention au foyer fiscal du défunt est la pièce la plus solide.
Fixez un délai et tenez-le. Un mois suffit. Passé ce délai, écrivez que vous constatez l'absence de dossier complet : ce courrier ne décide rien, mais il date votre diligence. Ces cinq pièces, réunies en quinze jours, valent 5 820 € sur le dossier de la section suivante.
5. Personne ne se présente : bail résilié, logement occupé, 5 820 € de trou
Le scénario qui coûte, et que personne ne chiffre. Le dossier fil rouge :
Le dossier : SCI Les Charmilles
Un T3 loué 850 € hors charges, plus 120 € de provisions mensuelles — soit 970 € par mois. Locataire seul, sans conjoint ni partenaire de PACS, décédé le 12 mars 2026. Il devait trois mois de loyer et de charges. Dépôt de garantie détenu : 850 €.
Aucun proche ne remplit les conditions de l'article 14 : le bail est résilié de plein droit au 12 mars. Mais le logement n'est pas vide : les meubles y sont, et deux héritiers connus n'ont pas dit s'ils acceptaient.
Attention à l'idée reçue : ils ne sont enfermés dans aucun délai de six mois. La faculté d'option ne se prescrit qu'à dix ans (article 780 du Code civil). Les six mois de l'article 809, 3° sont la date à partir de laquelle la succession peut être déclarée vacante : une échéance pour la SCI, pas pour lui. Retenons six mois d'inertie — clés le 12 septembre.
| Poste | Calcul | Montant |
|---|---|---|
| Loyer non encaissé, 12 mars → 12 septembre | 850 × 6 | 5 100 € |
| Charges non couvertes sur la période | 120 × 6 | 720 € |
| Trou total sur six mois | 970 × 6 | 5 820 € |
| Dépôt de garantie disponible pour ce trou | Les 850 € détenus sont déjà gagés sur les 2 910 € d'arriérés | 0 € |
Le dépôt de garantie ne couvre rien de ce trou. Les 850 € détenus sont déjà absorbés par l'arriéré compté à la section 9 : on ne les affecte pas deux fois.
Le scénario voisin, à 0 €
Même dossier, une variable changée : le fils du défunt vivait là depuis quatorze mois et produit ses quittances, ses factures d'énergie et son avis d'imposition à cette adresse. Le bail lui est transféré. Perte pour la SCI : 0 €.
Les deux scénarios sont séparés par 5 820 €. Le meilleur rendement horaire de la gestion locative.
Une précision honnête : ces 5 820 € ne sont pas du loyer. Le bail éteint, il n'y a plus de loyer à réclamer — mais le manque à gagner n'est pas perdu d'avance : il est réclamable en justice, sans être certain. L'indemnité d'occupation que la pratique fait payer a un fondement, hors de la loi de 1989 : l'article 1240 du Code civil. Elle est due en raison de la faute quasi délictuelle de celui qui se maintient sans droit dans les lieux, y compris quand ce maintien ne tient qu'au mobilier laissé sur place (Cass. 3e civ., 8 avril 2021, n° 20-15.010, inédit, rendu au profit d'une SCI contre les héritiers). Trois réserves. Le débiteur est l'héritier qui se maintient, pas la succession. Le juge fixe le montant, qui n'égale pas de plein droit le loyer. Et l'arrêt est inédit : à lui seul, il ne fait pas une jurisprudence constante.
Les charges de la période restent déductibles ; voyez notre guide sur la vacance locative en SCI. Ce n'est pourtant pas une vacance ordinaire : le bien est occupé par des meubles et par un droit.
6. Disparu sans être mort : la procédure du logement abandonné
Autre dossier. Le locataire ne répond plus, la boîte aux lettres déborde, les voisins ne l'ont pas vu depuis des semaines. Mort, hospitalisé, incarcéré, parti ? Vous n'en savez rien. L'article 14-1 ouvre une voie propre, confiée au commissaire de justice — l'officier public qui signifie les actes et dresse les constats, l'ancien huissier.
Elle est réservée à la location nue, et cela se lit dans la loi. Les articles 25-3 (meublé) et 25-12 (bail mobilité) énumèrent limitativement les articles applicables. Ni l'un ni l'autre ne cite l'article 14-1 (versions en vigueur depuis le 24 août 2022). Pour ces baux, retour à la voie ordinaire — ce que confirme la fiche du service public.
| Échéance | Acte | Coût indicatif TTC |
|---|---|---|
| J0 | Mise en demeure de justifier de l'occupation, par acte de commissaire de justice | 150 à 250 € |
| J+31 | Sans réponse un mois après signification : constat de l'état d'abandon, procès-verbal avec inventaire des biens | 300 à 450 € |
| J+35 | Requête au juge des contentieux de la protection, avec le procès-verbal — et la demande de condamnation au paiement | 0 € |
| J+90 | Ordonnance constatant la résiliation, ordonnant la reprise des lieux et réglant le sort des meubles | — |
| J+95 | Signification de l'ordonnance, puis sommation de retirer les meubles dans le mois | 100 à 200 € |
| J+150 | Reprise effective des lieux — cinq mois | 700 à 1 000 € au total |
Comment lire ce total. Les trois actes font 550 à 900 € TTC, TVA de 20 % comprise ; avec les déplacements, comptez 700 à 1 000 € TTC. Ce ne sont pas des lignes de barème. Le tarif réglementé existe : articles A444-10 et suivants du code de commerce, période prorogée jusqu'au 29 février 2028 par l'arrêté du 25 février 2026. Ses émoluments sont très inférieurs à ce que vous paierez : signifier l'ordonnance y vaut 25,79 € hors taxes (article A444-11, arrêté du 4 mars 2025). L'écart tient au droit d'engagement de poursuites et aux déplacements. Exigez un devis écrit.
Deux économies à ne pas rater. La mise en demeure de J0 peut être glissée dans un commandement de payer, l'acte qui somme le locataire de régler son arriéré (notre guide sur les impayés). Et la même requête peut demander la condamnation au paiement : gratuit, et cela évite une seconde procédure.
Ce que cette voie fait gagner
Le droit commun — commandement, assignation, jugement, force publique — représente 2 000 à 5 900 € et douze à dix-huit mois ; notre guide sur l'expulsion le chiffre poste par poste. Au point médian : 850 € contre 3 950 €, cinq mois contre quinze.
Les deux délais qui font tout perdre
Le décret n° 2011-945 du 10 août 2011, qui organise la procédure, contient deux pièges d'agenda.
Premier piège, le plus brutal : l'ordonnance est non avenue si elle n'a pas été signifiée dans les deux mois de sa date. Non avenue : réputée n'avoir jamais existé. Ni prorogation, ni rattrapage. Cinq mois de procédure et 850 € d'actes disparaissent parce qu'un courrier est resté sur un bureau.
Second piège : l'opposition. Le locataire a un mois à compter de la signification pour la former , le recours de qui a été jugé sans être entendu. L'exécution est suspendue pendant tout ce délai. Ce mois est au calendrier : voilà pourquoi la reprise se situe vers J+150.
Le revers, à connaître avant de se lancer : si le juge rejette la requête, sa décision est sans recours pour le bailleur. Ni appel, ni opposition : il ne reste que le droit commun, donc tout reprendre à zéro. Ne saisissez sur ce fondement que si le faisceau est écrasant. Sur un dossier moyen, ce n'est pas la bonne réponse.
Détail de lecture, et non coquille. La loi dit « commissaire de justice » depuis 2023 ; le décret de 2011 et la section tarifaire du code de commerce disent encore « huissier de justice ». Même profession, textes non alignés.
7. Ne changez pas la serrure, n'entrez pas, ne touchez à rien
C'est le réflexe de presque tous les bailleurs, et celui qui détruit le dossier. Dans ce cas, ne faites pas ça. Trois raisons.
Première raison : vous détruisez la preuve. Tout repose sur un procès-verbal du commissaire de justice, qui constate l'abandon et inventorie les biens. C'est la pièce que le juge lit, et la seule. Qui a vidé l'appartement n'a plus rien à produire — ni retenue pour dégradations, sujet de notre guide dédié.
Deuxième raison : le sort des meubles ne vous appartient pas. Le juge seul autorise la vente aux enchères et déclare abandonnés les biens invendables. Les papiers personnels y échappent même : enveloppe scellée, conservation deux ans. Une boîte de photos ne devient pas la vôtre parce que son propriétaire est parti — le régime après expulsion est dans notre guide dédié.
Troisième raison, chiffrée : vous basculez sur la voie longue. La procédure faite dans l'ordre coûte 700 à 1 000 € et prend cinq mois ; le droit commun, seul chemin restant, 2 000 à 5 900 € et douze à dix-huit mois. Soit 1 000 à 5 200 € et sept à treize mois de plus, achetés en vidant l'appartement un dimanche matin.
Et le scénario plus fréquent qu'on ne croit : le locataire n'était pas mort, il était hospitalisé quatre mois. Il rentre, son bail court toujours, ses affaires ont disparu. La SCI doit la valeur des biens et n'a plus aucune retenue.
8. Héritiers silencieux ou introuvables : les deux actes qui débloquent
Deux leviers existent, et presque personne ne les emploie. Le premier vise des héritiers connus qui ne répondent pas, le second le cas où il n'y en a aucun.
Premier levier, dès le quatrième mois : la sommation d'opter
C'est l'acte le plus court, et le moins connu. L'article 771 pose la règle en deux temps. Pendant quatre mois, l'héritier ne peut être contraint de choisir. Passé ce délai, il peut être sommé de prendre parti par acte extrajudiciaire, à l'initiative d'un créancier de la succession. Vous êtes ce créancier. L'article 772 enferme la réponse dans deux mois, et à défaut il est réputé acceptant pur et simple.
Le calendrier, sur le dossier fil rouge. Décès le 12 mars. La sommation devient possible le 12 juillet, la réponse est due au 12 septembre — sauf délai obtenu du juge : option écrite, ou héritier réputé acceptant.
Une réserve, puis le calcul. L'héritier peut demander au juge une prorogation s'il justifie de motifs sérieux, et sa demande suspend le compteur. Elle ne garantit donc pas une réponse à date fixe, mais qu'il ne peut plus se taire sans conséquence. Reste l'arbitrage. L'acte coûte 150 à 250 €, soit 200 € au point médian. Il transforme un silence en héritier réputé acceptant, donc en débiteur identifié pour les 2 910 € d'arriérés — ce que la déclaration de vacance ne donne pas. Face à 970 € par mois d'inertie, il est remboursé en six jours (200 / 970 × 30 = 6,2).
Second levier : faire désigner vous-même le curateur de la succession vacante
Une succession est vacante quand personne n'est là pour l'administrer. L'article 809 du Code civil en donne trois cas. Aucun héritier connu. Tous ont renoncé. Ou, six mois après l'ouverture, ils n'ont pas opté.
L'article 809-1 permet au juge, saisi sur requête — une demande écrite, sans adversaire à convoquer —, de confier la curatelle à l'autorité administrative chargée du domaine. Or la liste de ceux qui peuvent le saisir commence par « tout créancier ». Un bailleur impayé en est un : il a qualité pour provoquer la désignation.
Le curateur désigné, la machine repart. Il dresse un inventaire estimatif de l'actif et du passif (article 809-2), les créances se déclarent entre ses mains (article 809-3), et vous avez un interlocuteur pour libérer les lieux. La curatelle prend fin par la réalisation de l'actif, la restitution à des héritiers reconnus, ou l'envoi en possession de l'État — la décision qui lui permet d'appréhender une succession sans héritier : la déshérence.
Le Code civil écrit « l'autorité administrative chargée du domaine », et rien d'autre. Le nom de service qui circule est une appellation d'usage : ne le citez pas comme référence légale.
L'arbitrage, chiffré sur le dossier fil rouge
Reprenons la SCI Les Charmilles. Chaque mois d'inertie lui coûte 970 € ; six mois d'attente passive, 5 820 €. En face, la requête de l'article 809-1 se dépose sans droit de greffe : le coût réel est celui du conseil, dont les honoraires sont libres — la fourchette de 500 à 1 500 € est un ordre de grandeur.
Au prix haut, la requête coûte 1 500 €, soit un mois et demi d'inertie (1 500 / 970 = 1,55). Si elle fait gagner deux mois, elle rapporte 440 € (2 × 970 − 1 500). Quatre mois, et le gain monte à 2 380 €. L'arbitrage n'a rien d'ambigu.
9. Loyers du locataire décédé et dépôt de garantie : qui paie, à qui rendre
Le locataire des Charmilles devait trois mois : 2 550 € de loyer (3 × 850) et 360 € de charges (3 × 120), soit 2 910 €. Le coût fiscal dépend du régime.
À l'impôt sur le revenu : impact nul, et rien à déduire
Une SCI à l'impôt sur le revenu (IR) déclare des revenus fonciers, imposés sur les sommes effectivement encaissées. Ces 2 910 € ne l'ont jamais été : ils ne se déclarent pas. Impôt dû : 0 €.
Reste la seconde moitié, que presque personne n'écrit. Ces 2 910 € ne se déduisent pas non plus : 0 € de déduction. La ligne « perte de loyer » que beaucoup cherchent n'existe pas, faute d'avoir jamais déclaré quoi que ce soit.
À l'impôt sur les sociétés : la facture existe, et elle est évitable
Une SCI à l'impôt sur les sociétés (IS) tient une comptabilité d'engagement : la créance est acquise à l'échéance, enregistrée en produit, payée ou non. Ces 2 910 € entrent au résultat imposable. Sans écriture correctrice :
- 436 € si la SCI relève du taux réduit de 15 %, applicable à la fraction de bénéfice n'excédant pas 42 500 € (2 910 × 15 % = 436,50 €) ;
- 727 € au taux normal de 25 %, celui de droit commun (2 910 × 25 % = 727,50 €).
Ne présumez pas le taux réduit : il se mérite. L'article 219 du code général des impôts, version en vigueur depuis le 21 février 2026, pose trois conditions cumulatives. Chiffre d'affaires hors taxes inférieur à 10 millions d'euros. Capital entièrement libéré. Capital détenu en continu à 75 % au moins par des personnes physiques, ou par une société remplissant elle-même ces conditions.
La deuxième piège les SCI. Le versement du capital n'étant pas obligatoire à la constitution, beaucoup de sociétés civiles ont un capital souscrit mais jamais versé — donc non libéré, donc hors du taux de 15 %.
La parade est la provision pour créance douteuse : l'écriture qui passe en charge la créance devenue improbable, et neutralise l'impôt. Ses conditions sont dans notre guide sur les impayés ; l'enregistrement courant, dans notre guide sur les loyers.
Ce qui est propre au décès : votre débiteur n'est plus quelqu'un qu'on relance, c'est une succession. Sans notaire ni curateur, vous n'avez ni interlocuteur ni réponse — et la créance ne peut pas passer en perte, faute de savoir si elle est irrécouvrable.
Le dépôt de garantie : le texte ne dit rien du décès
Le régime ordinaire est balisé. Deux mois pour restituer à compter de la remise des clés, un mois si l'état des lieux de sortie est conforme. Une provision plafonnée à 20 % en immeuble collectif. Et une majoration de retard de 10 % du loyer mensuel en principal, par période mensuelle commencée. Le tout est dans notre guide sur le dépôt de garantie.
Mais sur le décès, le texte est muet : l'article 22 vise « le locataire », sans un mot sur la succession. On lit couramment que le dépôt « se restitue à la succession » : ce n'est pas dans le texte. Ce qui suit est une pratique prudente.
- Ne remettez jamais le dépôt aux occupants. Payer la mauvaise personne, c'est payer deux fois.
- Restituez-le au notaire, ou au curateur s'il y en a un, contre décharge écrite.
- Conservez-le au compte 165 — « dépôts et cautionnements reçus », celui où dorment les sommes qui ne vous appartiennent pas — tant que le destinataire n'est pas identifié.
- Faites d'abord le solde de tout compte — le décompte qui oppose ce que le locataire doit et ce que vous détenez.
Le solde de tout compte du dossier fil rouge
SCI Les Charmilles — décompte final
Arriérés dus par la succession : 2 910 €. Dépôt de garantie détenu : 850 €.
Le dépôt est intégralement absorbé : 0 € à restituer. Reste une créance de 2 060 € (2 910 − 850) à déclarer entre les mains du curateur.
Exposition totale du dossier : 5 820 € de manque à gagner + 2 910 € d'arriérés = 8 730 €, dont 850 € couverts par le dépôt, soit 9,7 % (850 / 8 730).
Le cas inverse est plus fréquent qu'on ne l'imagine. Solde positif, et vous devez de l'argent à quelqu'un que vous ne connaissez pas encore. Le déclencheur, c'est la remise des clés : le compteur de l'article 22 démarre alors. Tant que personne ne les rend, le texte ne fixe aucun point de départ. Raison de plus pour chercher le destinataire et garder la somme au compte 165.
Cette majoration se calcule sur le loyer, jamais sur le dépôt. Dépôt de 400 €, loyer de 850 € : la majoration est de 85 € par période mensuelle commencée (10 % de 850 €), et non de 40 €. Trois mois de retard ajoutent 255 € à un dépôt de 400 €. Sur les charges du défunt, voyez notre guide dédié.
10. Que faire selon votre cas : le tableau de décision en cinq voies
Trouvez votre ligne : elle dit à qui écrire.
| Situation | Interlocuteur | Sort du bail | Dépôt de garantie (pratique prudente) | Délai réaliste | Première pièce à réclamer |
|---|---|---|---|---|---|
| Décès avec bénéficiaire de l'article 14 | Le bénéficiaire — mais pour l'avenir seulement : l'arriéré antérieur au décès ne peut pas lui être réclamé (Cass. 3e civ., 16 février 2000, n° 97-22.156, publié au Bulletin), il reste une dette de la succession | Transféré, il continue | Conservé, le bail n'est pas fini | 2 à 6 semaines | Acte de décès + 12 mois de justificatifs |
| Décès sans bénéficiaire, héritier acceptant | L'héritier, ou le notaire | Résilié de plein droit au décès | Au notaire, après solde de tout compte | 1 à 4 mois | Acte de décès + coordonnées du notaire |
| Héritier renonçant, ou succession vacante | Le curateur (article 809-1) | Résilié de plein droit | Au curateur, contre décharge | 4 à 8 mois | Décompte de créance pour la requête |
| Succession en déshérence | L'État, après envoi en possession | Résilié de plein droit | Au service saisi de la succession | 6 à 18 mois | Acte de décès + preuve d'absence d'héritier |
| Disparition sans décès | Le commissaire de justice, puis le juge | Résilié par ordonnance | Conservé au compte 165, imputé sur l'arriéré | 5 mois | Historique des impayés + éléments d'abandon |
La colonne « dépôt de garantie » n'est pas une règle légale — l'article 22 ne dit rien du décès —, mais les destinations prudentes de la section 9.
Le cas du logement social
Bailleur d'habitations à loyer modéré (HLM), ou logement conventionné : l'article 40 de la loi de 1989 subordonne l'application de l'article 14. Le bénéficiaire doit remplir les conditions d'attribution, et le logement être adapté à la taille du ménage. Mais les conditions de ressources et celle d'adaptation ne sont pas requises pour le conjoint, le partenaire de PACS et le concubin notoire. Ni pour les ascendants, les personnes en situation de handicap et les plus de soixante-cinq ans vivant là depuis plus d'un an.
Un loyer qui s'arrête ne doit pas casser votre comptabilité
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11. Six erreurs de propriétaire dans les quinze premiers jours
Chacune se commet dans la quinzaine qui suit la découverte, et se paie en mois.
| Erreur | Ce qu'elle coûte |
|---|---|
| Changer la serrure et vider l'appartement. Le geste réflexe, celui qui détruit la seule pièce que le juge lira. | 1 000 à 5 200 € et 7 à 13 mois de plus |
| Accepter un transfert sur parole. Sans les douze mois de justificatifs, vous ne pourrez plus rien prouver si un autre proche revendique le bail ou si le nouvel occupant cesse de payer. | Un contentieux entier, non provisionné |
| Exiger un an de vie commune du conjoint ou du partenaire de PACS. Le texte ne l'impose ni à l'un ni à l'autre, et le conjoint cotitulaire n'a même pas besoin d'un transfert. | Un refus illégal, et la SCI en tort |
| Remettre le dépôt de garantie aux occupants. Ils ne sont pas nécessairement les ayants droit. Payer la mauvaise personne, c'est payer deux fois. | 850 € perdus sur ce dossier |
| Attendre passivement l'option des héritiers. Ils n'ont aucun délai de six mois : leur option ne se prescrit qu'à dix ans. C'est à vous de servir la sommation d'opter dès le quatrième mois, ou de provoquer la désignation du curateur. | 970 € par mois d'attente |
| Laisser filer les deux mois de signification de l'ordonnance. Elle devient non avenue, sans rattrapage possible. | Cinq mois et 850 € annulés |
Dernière remarque. Si le bien est confié à une agence, vérifiez ce que le mandat lui permet de faire seule : constat, commissaire de justice, saisine du juge. Beaucoup s'arrêtent à l'amiable. Voyez notre guide sur le mandat de gestion.
12. Questions fréquentes
Un colocataire figurait au bail : le décès de l'autre change-t-il quelque chose ?
Non, et c'est le cas le plus simple. Le survivant est déjà titulaire du bail en son nom propre : il n'y a rien à transférer, l'article 14 ne s'applique pas. Le seul point à vérifier est la clause de solidarité : si elle liait les deux colocataires, le survivant reste tenu de la totalité du loyer, pas de sa moitié. Faites signer un avenant qui met à jour le nombre d'occupants et le destinataire des quittances.
Comment le concubin notoire prouve-t-il un an de vie commune, et que peut refuser la SCI ?
Il n'existe aucune pièce unique : le concubinage notoire se prouve par un faisceau. Demandez douze mois d'avis d'imposition, de quittances d'énergie, de relevés bancaires et d'attestations d'assurance habitation domiciliés à l'adresse, plus deux attestations de témoins sur le formulaire cerfa. La SCI peut refuser un dossier incomplet, tardif ou incohérent — des factures ouvertes le mois du décès, par exemple. Elle ne peut pas refuser un dossier complet parce que le candidat gagne peu : l'article 14 n'ouvre aucun droit d'agrément au bailleur.
Le bailleur peut-il s'opposer au transfert à un descendant sans ressources ?
Non. Dans le parc privé, l'article 14 dit que le contrat « est transféré », sans conditionner ce transfert à des ressources, à une caution ou à l'accord du bailleur. Si le bénéficiaire ne paie pas ensuite, la SCI retrouve les voies ordinaires : commandement de payer, puis résiliation. Une nuance, dans l'autre sens cette fois : le transfert n'est pas subi non plus. Le conjoint survivant qui n'habitait pas les lieux n'en bénéficie qu'à condition d'en faire la demande (Cass. 3e civ., 10 avril 2013, n° 12-13.225, publié au Bulletin, rendu contre une SCI bailleresse). Une SCI ne peut donc pas imposer le bail à un conjoint absent pour se donner un débiteur : sans demande de sa part, le bail est bien résilié de plein droit.
Que devient la caution solidaire quand le bail est transféré à un proche du défunt ?
C'est la question la plus mal traitée du sujet, et elle mérite un examen de votre acte plutôt qu'une règle générale. Le cautionnement est un engagement pris en considération d'une personne et d'une dette déterminées : rien ne garantit qu'il suive automatiquement un locataire que la caution n'a jamais accepté de garantir. Nous n'avons trouvé aucune décision publiée qui règle le sort du cautionnement après un transfert de l'article 14. Raison de plus de lire l'acte : s'il vise nommément le locataire décédé, tenez la garantie pour perdue et faites signer un nouvel acte au bénéficiaire plutôt que de parier sur l'ancien. Les dettes nées avant le décès, elles, restent dues par la caution.
Peut-on entrer dans le logement pour constater le décès ?
Non. Le bailleur n'a aucun droit d'entrée, et le décès ne lui en donne pas. C'est au commissaire de justice d'y aller, et deux articles du code des procédures civiles d'exécution disent comment. L'article L142-1 d'abord : en l'absence de l'occupant, ou s'il refuse l'accès, il ne peut entrer qu'accompagné. Le texte cite le maire, un conseiller ou un fonctionnaire municipal délégué, une autorité de police ou de gendarmerie. À défaut, deux témoins majeurs qui ne sont au service ni du créancier ni de lui-même. L'ouverture des meubles obéit aux mêmes conditions. L'article L142-2 ensuite, qui lui impose de refermer la porte par laquelle il est entré. Votre seule initiative utile est donc de faire dresser le constat.
Le bail transféré repart-il pour six ans, ou continue-t-il pour la durée restante ?
L'article 14 ne le dit pas. Il écrit que le contrat « est transféré », sans un mot sur la durée, le loyer ou les conditions. Nous n'avons trouvé aucune source primaire qui tranche : ne l'affirmez dans aucun sens. Le plus sûr est un avenant qui identifie le nouveau titulaire et rappelle la date d'échéance retenue, pour que le désaccord se règle à froid plutôt qu'au moment du congé.
Les héritiers doivent-ils les loyers postérieurs au décès, et à quel titre ?
Il faut distinguer. Si le bail a été transféré, c'est le bénéficiaire qui doit le loyer, en sa qualité de nouveau titulaire. S'il a été résilié faute de bénéficiaire, il n'y a plus de loyer, puisqu'il n'y a plus de contrat. Les loyers échus avant le décès, en revanche, sont une dette de la succession, à réclamer au notaire ou au curateur : le bénéficiaire du transfert n'en est pas débiteur, ni comme locataire ni comme héritier (Cass. 3e civ., 16 février 2000, n° 97-22.156, publié au Bulletin). Quant à la période où les meubles sont encore là, elle ne se réclame pas comme un loyer mais comme une indemnité d'occupation, sur le terrain de la faute quasi délictuelle de l'article 1240 du Code civil (Cass. 3e civ., 8 avril 2021, n° 20-15.010, inédit). Le débiteur est l'héritier qui se maintient et le montant est fixé par le juge : ne la portez pas au budget comme une créance certaine, mais ne l'abandonnez pas non plus.
La SCI doit-elle déclarer sa créance de loyers, et entre les mains de qui ?
Oui, et c'est la démarche la plus rentable des premières semaines. Tant qu'un notaire est saisi, écrivez-lui en recommandé avec le décompte détaillé. Si la succession est déclarée vacante, l'article 809-3 du Code civil est net : la déclaration des créances est faite au curateur. Une créance non déclarée n'est pas payée. Joignez le bail, l'historique des appels de loyer et le décompte du dépôt de garantie.
Le décès du locataire suspend-il le décompte de la trêve hivernale ?
Non. Les dates de la trêve sont fixées par le calendrier, pas par la situation du locataire. Et ce que la trêve arrête, c'est l'exécution forcée, pas l'instruction : rien n'empêche de faire signifier une mise en demeure, de faire dresser le procès-verbal d'abandon, de déposer la requête et d'obtenir l'ordonnance pendant l'hiver. Vous perdez la sortie, pas les mois d'instruction qui la précèdent.
Un enfant majeur occupe le logement mais n'y vivait pas depuis un an : que peut faire la SCI ?
Il ne remplit pas la condition de l'article 14 : le bail est résilié de plein droit et il occupe sans titre. La SCI ne peut pour autant ni changer la serrure ni le mettre dehors elle-même. Écrivez-lui en recommandé pour constater l'absence de transfert, proposez-lui un nouveau bail s'il est solvable, et à défaut engagez la voie judiciaire. Un nouveau bail signé vaut souvent mieux qu'une procédure de dix-huit mois contre quelqu'un qui ne partira pas.
Le transfert joue-t-il en logement social, et à quelles conditions ?
Oui, mais sous condition — l'encadré de la section 10 en donne le détail. La nuance que presque tout le monde manque tient en une phrase : l'article 40 ne dispense les proches les plus proches que des conditions de ressources et de celle d'adaptation du logement, jamais de toutes les conditions d'attribution. Une SCI de droit commun n'est pas concernée ; un logement conventionné peut l'être, et c'est le cas d'un lecteur sur cinq.
Faut-il faire signer un nouveau bail après un transfert, ou l'ancien suffit-il ?
Juridiquement, c'est le même contrat qui se poursuit : l'article 14 parle de transfert, pas de conclusion d'un nouveau bail. Un nouveau bail remettrait d'ailleurs les compteurs de durée à zéro, ce qui n'est pas neutre pour une SCI. La bonne pratique est l'avenant : il identifie le nouveau titulaire, vise les pièces produites, acte la date du transfert et met à jour le destinataire des quittances.
Le bail meublé et le bail mobilité obéissent-ils aux mêmes règles ?
Non, et la réponse se lit directement dans la loi. Les titres consacrés au meublé de résidence principale et au bail mobilité fonctionnent par renvoi : ils énumèrent limitativement les articles de la location nue qu'ils rendent applicables. L'article 25-3 dresse la liste pour le meublé, l'article 25-12 pour le bail mobilité, et ni l'un ni l'autre ne cite l'article 14 ni l'article 14-1 (versions en vigueur depuis le 24 août 2022). Ni le transfert au décès, ni la procédure du logement abandonné ne jouent donc pour ces deux contrats : vous restez sur le droit commun du louage et sur la voie judiciaire ordinaire, plus longue.
Que se passe-t-il si deux personnes revendiquent le transfert en même temps ?
L'article 14 ne fixe aucun ordre de priorité entre les bénéficiaires — ni entre le conjoint et les enfants, ni entre les enfants entre eux. Il prévoit une seule chose : en cas de demandes multiples, le juge se prononce en fonction des intérêts en présence. La SCI n'a donc pas à choisir, et elle a tort de le faire. Accusez réception des deux dossiers, informez les candidats que le juge tranchera, et continuez à appeler le loyer. Trancher soi-même, c'est se rendre responsable devant celui qu'on a écarté.
L'assurance habitation du défunt couvre-t-elle encore le logement ?
Ne comptez pas dessus, et ne vous fiez pas aux affirmations péremptoires qui circulent : nous n'avons pas vérifié à la source le sort du contrat du défunt, qui dépend en outre de ses conditions générales. La seule chose à faire dans les quarante-huit heures est de vérifier votre propre assurance de propriétaire non occupant, y compris pour un logement vide. Un dégât des eaux dans un appartement inoccupé et non assuré coûte plus cher que tout ce que cette page chiffre.
Que faire des animaux, des véhicules et des papiers personnels trouvés dans le logement ?
Les papiers et documents de nature personnelle sont les seuls réglés par le décret de 2011 : ils échappent à la déclaration d'abandon, sont placés sous enveloppe scellée et conservés deux ans. Les animaux et les véhicules ne sont réglés par aucun texte ouvert ici. N'y touchez pas. Signalez l'animal à la mairie, qui dispose de la fourrière animale. Et faites porter le véhicule à l'inventaire du commissaire de justice, avec sa plaque : le juge statuera sur son sort avec celui des meubles.
Textes consultés en vigueur au 1er septembre 2026. Loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 (articles 14, 14-1, 22, 25-3, 25-12, 40). Code civil (articles 771, 772, 780, 809 à 811-3, 1240, 1742, 1751). Code de l'organisation judiciaire (articles L213-4-3 et L213-4-4) et code des procédures civiles d'exécution (articles L142-1 et L142-2). Décret n° 2011-945 du 10 août 2011, loi n° 48-1360 (article 5), code général des impôts (article 219), code de commerce (A444-10, arrêté du 25 février 2026 ; A444-11, arrêté du 4 mars 2025). Cour de cassation, 3e chambre civile, datée à chaque citation — publiés au Bulletin : n° 97-22.156, n° 07-19.320, n° 12-13.225, n° 22-24.856 ; inédits : n° 20-15.010, n° 21-11.533, n° 23-18.933.
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