Donation temporaire d'usufruit de parts de SCI : mode d'emploi (2026)
Vous avez un enfant qui entre dans ses années d'études, ou un parent dont la retraite est maigre. En face, vos parts de SCI produisent des loyers que vous touchez déjà à plein tarif, tranche marginale à 41 %, et qui gonflent votre IFI chaque printemps. La donation temporaire d'usufruit répond exactement à ce décalage : vous confiez les revenus de vos parts, pour trois, cinq ou dix ans, à celui qui en a besoin et qui paiera moins d'impôt dessus — puis vous récupérez tout au terme, sans un euro de fiscalité. C'est l'une des rares stratégies qui joue sur trois tableaux à la fois : moins d'impôt sur le revenu, sortie d'IFI, et un vrai coup de pouce à un proche, le tout de façon réversible. Le revers : elle ne survit à un contrôle que si le cadre anti-abus est tenu à la lettre. Voici comment ça marche, ce que ça coûte, un cas chiffré de bout en bout, et les fautes qui font tout tomber.
Rédigé par Quentin Hagnéré, fondateur de sci-ai.app, et vérifié contre les sources officielles (Code civil, CGI, BOFiP, LPF). Mis à jour le 23 juillet 2026.
À ne pas confondre. La donation temporaire d'usufruit décrite ici est réversible : elle transfère les revenus pour une durée fixe, puis tout revient au donateur. Si votre objectif est de transmettre définitivement votre patrimoine à vos enfants en préparant la succession, c'est le démembrement définitif de parts de SCI qu'il faut étudier — une opération différente, à usufruit viager.
Sommaire
- Le mécanisme : donner l'usufruit, garder la nue-propriété
- La valeur fiscale de l'usufruit temporaire (art. 669 II CGI)
- Les droits de donation et l'abattement de 100 000 €
- Les deux effets : impôt sur le revenu et IFI
- Cas chiffré complet
- Le cadre anti-abus de droit à respecter
- Les bons cas d'usage
- Formalisme, retour de l'usufruit et erreurs à éviter
- FAQ
1. Le mécanisme : donner l'usufruit, garder la nue-propriété
La propriété d'une part de SCI peut se scinder en deux droits distincts (articles 578 et suivants du Code civil) :
- L'usufruit : le droit de percevoir les fruits — c'est-à-dire les revenus que la SCI remonte (loyers pour une SCI à l'IR, dividendes votés pour une SCI à l'IS) — et de voter l'affectation des bénéfices.
- La nue-propriété : le droit de disposer de la part, sans en percevoir les revenus tant que dure l'usufruit.
L'idée tient en une phrase : vous gardez la nue-propriété de vos parts et vous ne cédez que l'usufruit, pour une durée arrêtée d'avance — trois, cinq, dix ans le plus souvent. Pendant ce laps de temps, le bénéficiaire (« l'usufruitier ») encaisse les revenus des parts démembrées. Le jour où le terme tombe, l'usufruit s'éteint tout seul et vous retrouvez la pleine propriété, sans avoir à signer quoi que ce soit ni à payer un droit de mutation. Rien ne « revient » : l'usufruit disparaît, simplement.
Ce qui distingue le « temporaire » du « viager »
Attention à ne pas mélanger les deux opérations, elles n'ont rien à voir. Le démembrement classique donne la nue-propriété aux enfants et garde un usufruit viager, jusqu'au décès : on prépare une succession, c'est irrévocable. Ici, on fait l'inverse et pour un temps : on donne l'usufruit quelques années, on garde la nue-propriété, et tout se remet en place au terme. On ne transmet pas un patrimoine, on prête un flux de revenus — puis on le reprend.
| Critère | Donation temporaire d'usufruit | Démembrement définitif |
|---|---|---|
| Ce que l'on donne | L'usufruit, pour une durée fixe | La nue-propriété |
| Ce que l'on garde | La nue-propriété | L'usufruit viager |
| Objectif | Déplacer des revenus + alléger l'IFI | Transmettre le patrimoine |
| Réversibilité | Oui, retour au terme | Non, irrévocable |
| Valeur de l'usufruit | 23 % par tranche de 10 ans (669 II) | Selon l'âge (barème 669 I) |
2. La valeur fiscale de l'usufruit temporaire (art. 669 II CGI)
Ici, pas de barème par âge à consulter. L'usufruit à durée fixe se chiffre avec une seule règle, posée par l'article 669 II du CGI : 23 % de la valeur de la pleine propriété par tranche de dix ans entamée. Pas de proratisation à l'année, pas de dépassement possible de la valeur qu'aurait l'usufruit viager. C'est mécanique.
Concrètement, retenez deux choses :
- Une durée de 1 à 10 ans vaut toujours 23 % : la première tranche de dix ans est réputée entamée dès le premier jour. Un usufruit de 3 ans et un usufruit de 10 ans se valorisent donc à l'identique — d'où l'intérêt de bien caler la durée sur le besoin réel plutôt que de la raccourcir.
- Chaque nouvelle tranche de dix ans entamée rajoute 23 % : 11 à 20 ans → 46 %, 21 à 30 ans → 69 %.
| Durée de l'usufruit temporaire | Valeur de l'usufruit | Valeur de la nue-propriété conservée |
|---|---|---|
| 3 ans | 23 % | 77 % |
| 5 ans | 23 % | 77 % |
| 10 ans | 23 % | 77 % |
| 15 ans | 46 % | 54 % |
| 20 ans | 46 % | 54 % |
Attention à l'assiette. La valeur de départ (la « pleine propriété ») est celle des parts de SCI, pas de l'immeuble brut. On part de l'actif net de la SCI — valeur des biens diminuée de l'emprunt restant dû et des autres dettes — auquel on peut appliquer, sous conditions et de façon justifiée, une décote d'illiquidité pour les parts non cotées. C'est cette valeur des parts qui sert de base au calcul des 23 %.
3. Les droits de donation et l'abattement de 100 000 €
Le mot « donation » n'est pas décoratif : l'opération relève des droits de mutation à titre gratuit. Bonne nouvelle, on ne les calcule pas sur la valeur des parts entières mais sur la seule valeur de l'usufruit — les fameux 23 % — et après l'abattement de l'article 779 du CGI.
| Lien avec le bénéficiaire | Abattement | Renouvellement |
|---|---|---|
| Enfant | 100 000 € (art. 779 CGI) | Tous les 15 ans |
| Petit-enfant | 31 865 € (art. 790 B CGI) | Tous les 15 ans |
| Parent (ascendant) | 100 000 € (art. 779 CGI) | Tous les 15 ans |
| Personne sans lien de parenté | Aucun abattement | Taxation à 60 % de la valeur transmise |
Faites le calcul : la base n'étant que de 23 % de la valeur des parts, l'abattement de 100 000 € par parent et par enfant l'absorbe très souvent en entier. Résultat courant : 0 € de droits à payer. Un bémol à ne pas oublier, en revanche. Cet abattement n'est pas gratuit : la part que vous consommez ici réduit d'autant ce qui vous restera pour vos autres libéralités pendant quinze ans. Si vous envisagez plus tard une donation de parts de SCI en pleine propriété ou en nue-propriété, tenez-en compte dans votre planning de transmission.
4. Les deux effets : impôt sur le revenu et IFI
Effet n° 1 : les revenus sortent de votre imposition
Rappel du principe dans une SCI à l'IR : chaque associé est imposé sur sa quote-part de revenus fonciers, distribués ou non — la transparence fiscale ne demande pas l'avis de personne. Or, en démembrant temporairement les parts, c'est l'usufruitier qui hérite de ces revenus fonciers. C'est lui qui les porte sur sa 2044, puis sur sa 2042. De votre côté, ces loyers disparaissent de votre revenu imposable et vont se faire taxer à la tranche du bénéficiaire.
Tout l'intérêt tient dans cet écart de tranche. Un enfant étudiant à 0 % ou 11 %, un parent retraité à 11 %, face à un donateur qui plafonne à 30, 41 ou 45 % : à chaque euro de loyer, la différence tombe dans votre poche collective. Les prélèvements sociaux (17,2 % sur les revenus fonciers) restent dus dans tous les cas, ils ne bougent pas — mais l'économie d'impôt sur le revenu, elle, peut se chiffrer en dizaines de milliers d'euros sur la durée.
Effet n° 2 : le bien sort de votre assiette IFI
Pour beaucoup de familles, c'est même la vraie raison de faire l'opération. La règle IFI est nette (article 968 du CGI) : sur un bien démembré, c'est l'usufruitier qui déclare et paie l'IFI, sur la valeur en pleine propriété. Le nu-propriétaire, lui, n'inscrit rien du tout.
Traduisez : en donnant l'usufruit, vous refilez aussi l'étiquette IFI au bénéficiaire. Et si ce bénéficiaire n'est pas lui-même assujetti — patrimoine immobilier net sous 1,3 million d'euros, ce qui est le cas de la plupart des étudiants et des retraités modestes — alors l'immeuble sort purement et simplement de l'IFI pendant toute la durée du démembrement. Zéro d'un côté, zéro de l'autre. Quand la SCI pèse une part sérieuse de votre assiette taxable, l'économie se rejoue à chaque printemps fiscal. Le détail du calcul de l'assiette est dans notre guide de la SCI face à l'IFI.
Le tempérament à connaître. Le report de l'IFI sur l'usufruitier ne joue pleinement que pour un démembrement « voulu » comme la donation temporaire. L'article 968 prévoit des cas où l'IFI est réparti entre usufruitier et nu-propriétaire selon le barème de l'article 669 (notamment certains usufruits d'origine légale). Une donation temporaire d'usufruit consentie à un enfant relève bien du principe général : imposition de l'usufruitier sur la valeur en pleine propriété.
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5. Cas chiffré complet
Les principes, c'est bien ; les chiffres parlent mieux. Déroulons un dossier réaliste, étape par étape.
Le contexte
- M. et Mme Martin détiennent une SCI à l'IR dont l'actif net (immeuble locatif financé, dettes déduites) vaut 600 000 €.
- La SCI génère 24 000 € de loyers nets par an.
- TMI des parents : 41 %. Patrimoine immobilier taxable à l'IFI.
- Leur fille Camille, 21 ans, étudiante détachée du foyer fiscal, TMI 0 %.
- Objectif : financer les études de Camille pendant 5 ans.
Étape 1 — Valeur de l'usufruit temporaire de 5 ans. 23 % de 600 000 € = 138 000 €.
Étape 2 — Droits de donation. Chaque parent donne l'usufruit de la moitié des parts, soit 69 000 € par parent. Après l'abattement de 100 000 € par parent et par enfant (art. 779 CGI), la base taxable est nulle : 0 € de droits de donation.
Étape 3 — Économie d'impôt sur le revenu (sur 5 ans). Les 24 000 € de loyers annuels ne sont plus imposés à 41 % chez les parents, mais bien plus légèrement chez Camille : personne seule d'une part, sans autre revenu, elle n'est taxée qu'à 11 % sur la fraction au-dessus de 11 600 € (barème des revenus 2025). Soit environ 1 360 € au barème, ramenés à près de 1 080 € après la décote — contre 9 840 € chez les parents. L'attention se porte souvent, à tort, sur un « 0 % » : ici le flux transféré dépasse la première tranche, il reste donc un impôt résiduel, modeste.
| Poste | Sans donation | Avec donation temporaire |
|---|---|---|
| Impôt sur le revenu / an | 9 840 € (41 % de 24 000 €) | ≈ 1 080 € (après décote) |
| Prélèvements sociaux 17,2 % / an | 4 128 € (parents) | 4 128 € (Camille) |
| Économie IR sur 5 ans | — | ≈ 43 800 € |
| IFI sur la valeur de l'immeuble | Dû chaque année | 0 € (5 ans) |
Étape 4 — L'IFI. Pendant les 5 ans, l'immeuble sort de l'assiette IFI des parents (art. 968 CGI). Camille, dont le patrimoine reste très en deçà de 1,3 million d'euros, n'est pas redevable : le bien échappe totalement à l'IFI.
Étape 5 — Le retour. Au bout de 5 ans, l'usufruit s'éteint. Les parents redeviennent pleins propriétaires, retrouvent les loyers et les droits de vote — sans aucun droit de mutation (art. 1133 CGI).
Bilan. Environ 43 800 € d'économie d'impôt sur le revenu, plusieurs milliers d'euros d'IFI évités, 5 années d'études financées par des revenus déjà logés dans la famille — pour 0 € de droits de donation et un retour intégral au terme. Chiffres illustratifs ; le calcul exact dépend de votre situation.
6. Le cadre anti-abus de droit à respecter
Soyons clairs : le montage est légal, et il l'est depuis toujours. Mais il ne vaut que par sa substance. L'administration le connaît par cœur, elle l'attend au tournant, et elle dispose de deux leviers pour le démonter s'il sonne creux : l'abus de droit classique quand le but est exclusivement fiscal (art. L64 du LPF), et depuis 2020 le « mini-abus de droit » quand le but est simplement principalement fiscal (art. L64 A du LPF, créé fin 2018 mais applicable aux actes passés à compter du 1er janvier 2020). Au bout, ce n'est pas anodin, mais les sanctions ne sont pas les mêmes selon le levier. Sur le terrain de l'abus de droit de l'article L64, la majoration de 80 % des droits éludés est automatique (art. 1729 b CGI), ramenée à 40 % si le contribuable n'a pas eu l'initiative principale de l'acte. Sur le terrain du mini-abus de l'article L64 A, en revanche, le 1729 b ne s'applique pas : ce sont les sanctions de droit commun de l'article 1729 (40 % pour manquement délibéré, 80 % en cas de manœuvres frauduleuses) qui jouent, et elles ne sont pas automatiques — l'administration doit les justifier au regard des faits. Dans tous les cas, le rappel des droits s'ajoute. Autant faire les choses proprement dès le départ.
La feuille de route, c'est la doctrine BOI-CF-IOR-30-20, § 120. Elle a été bâtie à l'origine pour les donations d'usufruit au profit d'associations, mais ses cinq critères sont devenus la référence de bonne pratique, y compris entre parents et enfants :
| Condition | En pratique |
|---|---|
| Acte notarié | Donation par acte authentique, enregistré (art. 931 C. civ.) |
| Durée d'au moins 3 ans | Une durée trop courte trahit l'intention purement fiscale |
| Profit effectif de l'usufruitier | Le bénéficiaire perçoit réellement les revenus et en dispose |
| Droits réels préservés | L'usufruitier exerce son droit de vote et ses prérogatives |
| Substance patrimoniale | Parts d'une SCI qui a une activité réelle, pas une coquille |
Le critère qui fait tomber le plus de dossiers, c'est le profit effectif. Le test est simple, et l'administration se le pose sans détour : qui touche vraiment l'argent ? Si les loyers atterrissent sur le compte de l'enfant mais servent en réalité à payer les vacances des parents, c'est fini, le montage est requalifié. L'usufruitier doit encaisser et dépenser les revenus pour son propre compte — ce qui, au fond, est exactement le but de l'opération : payer un loyer étudiant, un semestre à l'étranger, le quotidien d'un parent. Une SCI familiale qui tient sa compta, réunit ses assemblées et sépare proprement les flux part avec une longueur d'avance en cas de contrôle.
Vigilance montage « holding ». La donation temporaire d'usufruit de parts de SCI à une société soumise à l'IS (pour y loger les revenus au taux de l'IS) est un schéma très surveillé et régulièrement requalifié. Il ne relève pas du cas d'usage familial décrit ici et suppose un accompagnement spécialisé. Ne l'improvisez jamais.
7. Les bons cas d'usage
Financer les études d'un enfant majeur
C'est le grand classique, et de loin. Un enfant majeur, détaché du foyer fiscal, faible tranche, encaisse les loyers de la SCI le temps de ses études. Les revenus glissent de votre tranche haute vers sa tranche basse et payent, pour de vrai, son école, son studio, ses factures. Cinq ans plus tard, il termine son cursus, l'usufruit s'éteint, vous récupérez tout. Détachez bien l'enfant de votre foyer fiscal au préalable : sans cela, tout le gain s'évapore.
Soutenir un parent âgé aux revenus modestes
On l'oublie souvent, mais l'usufruit peut aussi remonter d'une génération. Un parent retraité aux ressources justes touche, quelques années durant, un complément de revenus imposé à sa propre tranche — modeste, par définition. Et l'abattement de 100 000 € joue exactement pareil en ligne ascendante qu'en ligne descendante. C'est une façon discrète d'aider ses parents sans leur faire de chèque tous les mois.
Donner du sens à un patrimoine : l'usufruit au profit d'une association
Historiquement, le dispositif a été pensé pour les donations temporaires d'usufruit au profit d'organismes d'intérêt général. L'association perçoit les revenus pendant 3 ans minimum, le donateur sort le bien de son IFI et cesse d'être imposé sur ces revenus. C'est le cadre le plus balisé par la doctrine (BOI-CF-IOR-30-20).
À l'inverse, le dispositif est inadapté pour un enfant mineur rattaché au foyer fiscal (le gain IR et IFI est neutralisé par le rattachement), et son intérêt est limité pour une SCI à l'IS, où les revenus ne remontent pas automatiquement à l'usufruitier mais sous forme de dividendes votés en assemblée.
8. Formalisme, retour de l'usufruit et erreurs à éviter
Le formalisme obligatoire
- Acte notarié : toute donation de parts sociales exige un acte authentique, à peine de nullité (art. 931 C. civ.). Un acte sous seing privé serait sans valeur.
- Durée précise : l'acte fixe une durée déterminée (ou un terme lié à un événement, comme la fin des études), le périmètre des parts démembrées et les modalités de vote.
- Enregistrement : l'acte est enregistré ; les droits éventuels sont liquidés sur la valeur de l'usufruit (23 %).
- Opposabilité à la SCI : le démembrement est mentionné dans les registres de la société et pris en compte dans la répartition des revenus.
Le retour de l'usufruit au terme
Au terme, rien à signer, rien à déclarer, rien à payer. L'usufruit s'éteint de lui-même et la pleine propriété se reforme sur la tête du nu-propriétaire sans le moindre droit de mutation (art. 1133 CGI). C'est la nature même de l'usufruit : au bout, il ne transmet rien puisqu'il ne fait que s'effacer. Vous récupérez d'un coup l'intégralité des revenus et des droits de vote. C'est ce retour « gratuit » qui fait toute l'élégance du dispositif.
Les erreurs fréquentes
- Durée trop courte. En dessous de 3 ans, le risque d'abus de droit devient sérieux.
- Confondre revenus et compte courant. Le compte courant d'associé n'est pas démembré : il reste au donateur. Seuls les fruits des parts reviennent à l'usufruitier.
- Bénéficiaire fictif. Si les revenus continuent en réalité à profiter au donateur, l'opération est disqualifiée.
- Enfant mineur rattaché. Aucun gain fiscal réel : la donation temporaire vise un bénéficiaire fiscalement autonome.
- Négliger la vie sociale de la SCI. Sans comptabilité tenue ni assemblées, la substance patrimoniale — condition anti-abus — fait défaut.
Un montage solide commence par une SCI bien tenue
La donation temporaire d'usufruit ne tient que si la SCI a une vie réelle : comptabilité à jour, assemblées, flux de revenus clairs entre usufruitier et nu-propriétaire. sci-ai.app automatise tout cela et garde la trace dont vous aurez besoin en cas de contrôle.
Cet article est informatif et ne remplace pas un conseil personnalisé. Une donation temporaire d'usufruit doit être calibrée avec votre notaire et, le cas échéant, votre conseil fiscal, en fonction de votre situation propre.
FAQ — Donation temporaire d'usufruit de parts de SCI
Qu'est-ce qu'une donation temporaire d'usufruit de parts de SCI ?
C'est le transfert, pour une durée fixe (le plus souvent 3 à 10 ans), du seul usufruit de tout ou partie de vos parts de SCI à un bénéficiaire (enfant majeur, parent, association). Pendant cette période, le bénéficiaire perçoit les revenus remontés par la SCI (article 578 du Code civil) ; au terme, l'usufruit s'éteint et vous récupérez automatiquement la pleine propriété, sans fiscalité supplémentaire.
Comment se calcule la valeur fiscale d'un usufruit temporaire ?
L'article 669 II du CGI fixe la valeur de l'usufruit temporaire à 23 % de la valeur de la pleine propriété par période de dix ans entamée, sans pouvoir dépasser la valeur de l'usufruit viager. Un usufruit de 10 ans vaut donc 23 % ; un usufruit de 3 ans vaut aussi 23 % (première période entamée) ; un usufruit de 15 ans vaut 46 % (deux périodes de dix ans).
La donation temporaire d'usufruit fait-elle sortir le bien de mon IFI ?
Oui. L'article 968 du CGI rend l'usufruitier redevable de l'IFI sur la valeur en pleine propriété. En donnant temporairement l'usufruit à votre enfant, vous transférez la charge IFI vers lui — et s'il n'est pas lui-même redevable (patrimoine sous 1,3 million d'euros), l'immeuble échappe complètement à l'IFI pendant la durée du démembrement.
Quelle différence avec le démembrement définitif de parts de SCI ?
Le démembrement définitif (donation de la nue-propriété, usufruit viager conservé) est une opération de transmission : il prépare la succession. La donation temporaire d'usufruit est réversible : elle transfère seulement les revenus pendant quelques années, puis tout revient au donateur. Ce sont deux stratégies distinctes que l'on ne doit pas confondre.
Quelle durée choisir pour une donation temporaire d'usufruit ?
La durée minimale prudente est de 3 ans : c'est le seuil retenu par la doctrine administrative (BOI-CF-IOR-30-20) pour écarter le soupçon d'abus de droit. En pratique, on retient souvent une durée calée sur le besoin réel : la durée des études d'un enfant, par exemple. La donation peut être consentie pour une durée fixe ou tant que dure une situation déterminée.
Quels droits de donation vais-je payer ?
Les droits se calculent sur la valeur de l'usufruit temporaire (23 % de la pleine propriété par tranche de dix ans), après application de l'abattement de l'article 779 du CGI : 100 000 € par parent et par enfant, renouvelable tous les 15 ans. Tant que la valeur de l'usufruit reste sous l'abattement disponible, les droits de donation sont nuls.
Qui déclare les loyers pendant la donation temporaire d'usufruit ?
L'usufruitier. Pour une SCI à l'IR, il déclare la quote-part de revenus fonciers correspondant aux parts démembrées sur sa propre déclaration (2044 puis 2042). Les loyers sortent donc de votre revenu imposable et sont taxés au taux marginal — souvent plus faible — du bénéficiaire.
Peut-on faire une donation temporaire d'usufruit à un enfant mineur ?
C'est possible mais délicat. L'intérêt IFI et l'intérêt « impôt sur le revenu » sont neutralisés par le rattachement de l'enfant mineur au foyer fiscal des parents. La donation temporaire d'usufruit vise donc plutôt un enfant majeur détaché du foyer fiscal, ou un parent âgé aux revenus modestes.
Faut-il un notaire pour une donation temporaire d'usufruit de parts de SCI ?
Oui. Toute donation de parts sociales doit être établie par acte notarié à peine de nullité (article 931 du Code civil). Le notaire rédige l'acte, procède à son enregistrement et le rend opposable à la SCI et aux tiers. Un acte sous seing privé serait nul.
Que se passe-t-il au terme de la donation temporaire d'usufruit ?
L'usufruit s'éteint de plein droit à l'échéance et la pleine propriété se reconstitue automatiquement sur votre tête (article 1133 du CGI). Il n'y a aucun droit de mutation à payer à ce retour : c'est l'un des grands atouts du dispositif. Vous retrouvez la totalité des revenus et des droits attachés aux parts.
La donation temporaire d'usufruit constitue-t-elle un abus de droit ?
Elle est parfaitement légale lorsqu'elle repose sur une substance réelle. L'administration peut invoquer l'abus de droit (article L64 du LPF) si l'opération est purement artificielle : durée trop courte, bénéficiaire qui ne profite pas réellement des revenus, droits de l'usufruitier fictifs. La sécurité repose sur une durée d'au moins 3 ans et un usufruitier qui perçoit et utilise effectivement les revenus.
Peut-on donner temporairement l'usufruit d'une partie seulement de ses parts ?
Oui. Rien n'oblige à démembrer la totalité. On peut ne transférer l'usufruit temporaire que d'une fraction des parts, calibrée pour rester sous l'abattement de 100 000 € et pour ne transférer que le montant de revenus souhaité au bénéficiaire.
Qui vote en assemblée générale pendant la donation temporaire d'usufruit ?
Selon l'article 1844 du Code civil, l'usufruitier vote sur l'affectation des bénéfices et le nu-propriétaire (le donateur) vote sur les autres décisions ; les deux ont le droit de participer à toutes les assemblées. Les statuts peuvent aménager cette répartition sans jamais priver totalement le nu-propriétaire de son droit de vote.
La donation temporaire d'usufruit fonctionne-t-elle avec une SCI à l'IS ?
Le mécanisme juridique existe, mais l'intérêt fiscal est très différent. À l'IS, il n'y a pas de transparence : les loyers ne remontent pas automatiquement, l'usufruitier ne perçoit que les dividendes votés en assemblée. L'outil est surtout pertinent pour les SCI à l'IR, où les revenus fonciers sont directement imposés chez l'usufruitier.
Le compte courant d'associé est-il transféré avec l'usufruit ?
Non. Le compte courant d'associé est une créance distincte des parts sociales : il n'est pas concerné par la donation temporaire d'usufruit et reste la propriété du donateur. Seuls les fruits (loyers, dividendes) attachés aux parts démembrées reviennent à l'usufruitier.
Peut-on donner temporairement l'usufruit de parts de SCI à une association ?
Oui, et c'est même le cas d'usage historique du dispositif. La donation temporaire d'usufruit au profit d'un organisme d'intérêt général bénéficie d'un cadre doctrinal précis (BOI-CF-IOR-30-20) : acte notarié, durée d'au moins 3 ans, actifs contribuant à l'objet de l'organisme, préservation des droits de l'usufruitier. L'association perçoit les revenus, et le donateur sort le bien de son IFI.