SCI et assurance dommages-ouvrage : l'obligation du maître d'ouvrage (2026)
Le jour où votre SCI signe le premier devis de construction, elle devient « maître d'ouvrage ». Et le maître d'ouvrage a une obligation d'assurance que la moitié des gérants découvre trop tard. L'article L242-1 du Code des assurances est net : il faut souscrire une assurance dommages-ouvrage avant l'ouverture du chantier. Pas après. Son intérêt ? Elle préfinance les réparations décennales en quelques semaines, sans attendre qu'un juge désigne le coupable. La zapper, c'est accepter deux risques : payer seul des désordres qui peuvent chiffrer en dizaines de milliers d'euros, et voir n'importe quelle revente dans les dix ans se gripper. Je vous explique le champ exact de l'obligation, ce qui est couvert, le coût, la comptabilisation, et surtout le piège de la revente que personne n'anticipe.
Rédigé par Quentin Hagnéré, fondateur de sci-ai.app, et vérifié contre les sources officielles (Code des assurances, Code civil, Code de la construction et de l'habitation). Mis à jour le 24 juillet 2026. Cet article est informatif et ne remplace pas un conseil personnalisé.
Sommaire
- La SCI, maître d'ouvrage : une obligation légale
- Quels travaux déclenchent l'obligation ?
- À quoi sert vraiment la dommages-ouvrage
- DO et décennale : deux assurances complémentaires
- Durée, point de départ et sinistre
- Coût et comptabilisation de la prime
- Absence de DO : quelles sanctions pour une SCI ?
- Le piège de la revente dans les 10 ans
- Les erreurs fréquentes
- FAQ
1. La SCI, maître d'ouvrage : une obligation légale
Un mot de vocabulaire d'abord, parce qu'il conditionne toute la suite. Le maître d'ouvrage, c'est celui qui commande les travaux et pour le compte de qui ils sont faits : le propriétaire donneur d'ordre. À ne pas confondre avec le maître d'œuvre (l'architecte qui conçoit) ni avec les entreprises qui posent les parpaings. Quand votre SCI fait bâtir un immeuble, ajoute un étage ou lance une rénovation qui touche à la structure, le maître d'ouvrage, c'est elle. Donc l'obligation d'assurance, c'est pour elle.
L'article L242-1 du Code des assurances est sans ambiguïté : « Toute personne physique ou morale qui, agissant en qualité de propriétaire de l'ouvrage, de vendeur ou de mandataire du propriétaire de l'ouvrage, fait réaliser des travaux de construction, doit souscrire avant l'ouverture du chantier, pour son compte ou pour celui des propriétaires successifs, une assurance garantissant, en dehors de toute recherche des responsabilités, le paiement de la totalité des travaux de réparation des dommages de la nature de ceux dont sont responsables les constructeurs […] »
Retenez les cinq premiers mots : « toute personne physique ou morale ». Une SCI est une personne morale. Il n'y a donc pas de porte de sortie liée à la forme sociale — ni pour la SCI familiale, ni pour la SCI à l'IS, ni pour la petite SCI à deux associés qui fait construire un pavillon locatif. L'obligation tombe dès que les travaux relèvent de la décennale.
L'essentiel en une phrase
Une SCI qui fait construire ou rénover lourdement doit souscrire la dommages-ouvrage avant l'ouverture du chantier — c'est une condition légale, pas une simple recommandation.
Tout ça remonte à la loi Spinetta du 4 janvier 1978, qui a bâti la double protection du bâtiment français : la responsabilité décennale du côté des constructeurs, la dommages-ouvrage du côté de celui qui fait construire. Les deux se répondent. Mon conseil : dès que vous montez le plan de financement d'un chantier, faites entrer la DO dans le budget au même rang que le prêt, les honoraires d'architecte et la taxe d'aménagement. Elle n'est pas une variable d'ajustement. Pour le cadre général des travaux, voyez notre guide sur les travaux en SCI.
2. Quels travaux déclenchent l'obligation ?
Non, vous n'avez pas besoin d'une DO pour repeindre un couloir. Toutes les interventions ne déclenchent pas l'obligation. Le curseur est calé sur celui de la garantie décennale : sont visés les travaux qui, s'ils tournent mal, compromettraient la solidité de l'ouvrage ou le rendraient impropre à sa destination (art. 1792 du Code civil). Tout est là, dans ces deux critères.
Travaux soumis à l'obligation
| Type de travaux | DO requise ? |
|---|---|
| Construction neuve d'un immeuble | Oui |
| Extension, surélévation, agrandissement | Oui |
| Reprise de structure, charpente, planchers | Oui |
| Réfection de toiture / étanchéité de terrasse | Oui |
| Création d'ouverture dans un mur porteur | Oui |
| Peinture, revêtements de sol souples, décoration | Non |
| Remplacement d'une cuisine, d'une salle de bain (sans structure) | Non |
La ligne de partage est technique, pas administrative : si le désordre possible touche à la solidité ou à la destination du bien, la DO s'impose. Un rafraîchissement ne relève ni de la décennale ni de la DO. En revanche, ne vous laissez pas piéger par la rénovation d'ancien : reprendre des planchers, changer une charpente, créer un niveau, c'est du « travaux de construction » au sens de la loi, et ça entre dans le champ pour cette partie-là.
Attention à la rénovation d'ancien
Le fait que l'immeuble soit ancien ne dispense pas de la DO. C'est la nature des travaux réalisés — et non l'âge du bâtiment — qui détermine si l'obligation s'applique. Une rénovation qui touche des éléments constitutifs de l'ouvrage relève de la décennale, donc de la dommages-ouvrage.
3. À quoi sert vraiment la dommages-ouvrage
Prenons un cas concret. Trois ans après la réception, des fissures structurelles apparaissent sur la façade de l'immeuble de votre SCI. Sans dommages-ouvrage, voici le parcours : identifier laquelle des entreprises est responsable, prouver sa faute, obtenir une expertise judiciaire, décrocher un jugement, encaisser l'indemnité. Entre le premier constat et le premier euro versé, il n'est pas rare de compter trois, quatre, cinq ans. Pendant tout ce temps, le bien se dégrade et c'est la SCI qui avance la trésorerie des réparations. Sur un budget de prêt déjà serré, ça peut suffire à mettre la société en difficulté.
La dommages-ouvrage inverse cette logique. Son objet, énoncé par l'article L242-1, est de garantir « en dehors de toute recherche des responsabilités » le paiement des réparations. Concrètement :
- La SCI déclare le sinistre à son assureur DO.
- L'assureur préfinance les travaux de réparation rapidement, sans attendre de savoir qui est fautif.
- Il se retourne ensuite contre les constructeurs et leurs assureurs de responsabilité décennale (action récursoire).
En clair, c'est une assurance de préfinancement. Elle fait l'avance, elle démêle la question des responsabilités après, et vous, vous ne subissez ni le trou de trésorerie ni l'aléa d'un procès. Pour une SCI qui rembourse un crédit chaque mois, cette rapidité vaut de l'or.
Les délais imposés à l'assureur
Et l'assureur n'a pas le loisir de traîner. Le Code des assurances lui met un chronomètre dans les mains (art. L242-1 et clauses types de l'annexe II à l'article A243-1) : 60 jours pour dire s'il prend en charge le sinistre, puis 90 jours pour faire une offre d'indemnité, versée dans les 15 jours suivant l'accord. S'il déborde ces délais, vous pouvez lancer les travaux vous-même et l'indemnité est majorée d'intérêts au double du taux légal. C'est exactement cette mécanique verrouillée qui sépare la DO d'un contentieux classique où l'on attend des années.
4. DO et décennale : deux assurances complémentaires
C'est la confusion numéro un dans les rendez-vous que je fais. « J'ai la décennale de mon maçon, je suis couvert. » Non. Ce sont deux contrats portés par deux personnes différentes, qui jouent à deux moments différents.
| Critère | Responsabilité décennale | Dommages-ouvrage |
|---|---|---|
| Qui souscrit ? | Le constructeur (entreprise, architecte) | Le maître d'ouvrage (la SCI) |
| Base légale | Art. 1792 C. civ. + art. L241-1 C. assur. | Art. L242-1 C. assur. |
| Logique | Recherche du responsable | Hors recherche de responsabilité |
| Objet | Indemniser après établissement de la faute | Préfinancer vite la réparation |
| Durée | 10 ans après réception | Jusqu'au terme de la décennale (10 ans après réception) |
Elles ne s'opposent pas, elles s'emboîtent. La décennale (art. 1792 C. civ.) fait peser sur les constructeurs une responsabilité de plein droit pendant dix ans pour tout ce qui compromet la solidité ou rend l'ouvrage impropre à sa destination. La dommages-ouvrage, elle, vous évite d'en subir la lenteur : elle paie tout de suite, puis va se rembourser sur la décennale des constructeurs. Aucune ne remplace l'autre. Il vous faut les deux : que vos entreprises soient bien assurées en décennale, et que votre SCI ait sa propre DO.
Réflexe à avoir avant le chantier
Exigez de chaque entreprise son attestation d'assurance décennale à jour, mentionnant l'activité exacte et la période. Une DO qui préfinance mais ne peut se retourner contre aucun décennal solvable perd une partie de son intérêt et peut renchérir vos primes futures.
5. Durée, point de départ et sinistre
Une garantie qui court jusqu'au terme de la décennale
La dommages-ouvrage a la même échéance que la décennale qu'elle préfinance : elle cesse dix ans après la réception des travaux. Attention en revanche à sa prise d'effet, souvent mal comprise : elle ne commence pas à la date de réception, mais à l'expiration de la garantie de parfait achèvement, c'est-à-dire un an après la réception. Autrement dit, elle couvre effectivement les années 2 à 10 — soit une durée d'environ neuf ans.
Pourquoi ce décalage d'un an au démarrage ? Parce que la première année a déjà son gardien. Pendant douze mois, tout désordre relève de la garantie de parfait achèvement (art. 1792-6 C. civ.) : c'est l'entreprise qui a fait les travaux qui doit revenir réparer, à ses frais. La DO n'intervient qu'ensuite, main dans la main avec la décennale des constructeurs, jusqu'à la dixième année après la réception.
| Période | Garantie applicable | Qui prend en charge |
|---|---|---|
| Année 1 (après réception) | Parfait achèvement (art. 1792-6) | L'entreprise réalisatrice |
| Années 2 à 10 | Décennale (art. 1792) + DO | DO préfinance, recours décennal |
| Équipements dissociables | Bon fonctionnement (art. 1792-3, 2 ans) | Constructeur / installateur |
Le déroulé d'un sinistre
Concrètement, quand un désordre décennal survient, la SCI envoie sa déclaration de sinistre à l'assureur DO, lettre recommandée à l'appui. La procédure encadrée démarre : décision sous 60 jours, offre sous 90 jours, versement, travaux. L'assureur se retourne ensuite contre les responsables — ça ne vous regarde plus. Le vrai piège, ici, c'est le calendrier. Réception, fin de parfait achèvement, échéance des dix ans : laissez filer une date et vous perdez votre droit. C'est bête, mais je l'ai vu arriver. Une comptabilité SCI bien tenue range ces dates au même endroit que les factures de travaux, et vous alerte avant l'échéance.
6. Coût et comptabilisation de la prime
Combien coûte la dommages-ouvrage ?
Comptez en général 2 % à 5 % du montant total des travaux, réglés en une seule fois avant ou au moment de l'ouverture du chantier. Oui, c'est une somme, et c'est là que beaucoup dérapent : ils l'oublient dans leur plan de financement et se retrouvent à courir après quelques milliers d'euros la veille du démarrage. Ce qui fait bouger le taux :
- La nature et la complexité de l'ouvrage (maison individuelle, immeuble collectif, ouvrage technique).
- La présence ou non d'un contrôleur technique (bureau de contrôle), qui fait baisser la prime.
- La solidité des constructeurs et la qualité de leurs assurances décennales.
- Le montant des travaux et la localisation.
Cas chiffré — construction par une SCI
Une SCI fait construire un petit immeuble locatif. Budget travaux : 350 000 €.
| Montant des travaux | 350 000 € |
| Prime DO (fourchette basse, 2 %) | 7 000 € |
| Prime DO (fourchette haute, 5 %) | 17 500 € |
| Budget à prévoir | 7 000 à 17 500 € |
Estimation indicative. La prime réelle dépend du devis de l'assureur et des caractéristiques du chantier.
Comment comptabiliser la prime
Ici, réflexe de comptable : la prime de DO est directement liée à la construction. Elle n'est donc pas une charge banale de l'année, mais le plus souvent un coût rattachable à l'immobilisation. Le traitement diffère selon le régime :
- En SCI à l'IS, la prime est en principe incorporée au coût de production de l'immobilisation (compte 21) et amortie avec l'ouvrage sur sa durée d'usage, plutôt que passée en charge immédiate en compte 616. C'est cohérent avec le fait qu'elle sécurise un actif de long terme. Voir notre guide des écritures de travaux en SCI.
- En SCI à l'IR, la question se pose différemment : les dépenses de construction, reconstruction et agrandissement ne sont pas déductibles des revenus fonciers (elles majorent le prix de revient pour le calcul de la future plus-value). La prime attachée à de tels travaux suit ce sort. Pour de simples travaux d'amélioration déductibles, l'analyse peut différer — d'où l'importance de qualifier précisément vos travaux.
Le bon réflexe tient en une ligne : rangez l'attestation DO, la police définitive et la quittance de prime dans le dossier de l'immeuble, et notez noir sur blanc le rattachement que vous avez retenu. Ce montant resservira le jour de la revente, dans le calcul de la plus-value de la SCI — autant ne pas avoir à le rechercher dix ans plus tard.
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7. Absence de DO : quelles sanctions pour une SCI ?
Sur le papier, il y a une sanction pénale. L'article L243-3 du Code des assurances punit d'une amende — et en théorie d'une peine de prison — celui qui ne respecte pas l'obligation d'assurance construction. Sauf qu'il y a un « mais », et il est de taille.
L'exception de l'article L243-3
Les sanctions pénales ne s'appliquent pas « à la personne physique construisant un logement pour l'occuper elle-même ou le faire occuper par son conjoint, ses ascendants, ses descendants ou ceux de son conjoint ». Cette exemption vise le particulier bâtisseur — elle ne couvre pas, en principe, la SCI qui construit pour louer.
Ne prenez surtout pas cette exemption pour un feu vert. Elle vise le particulier qui bâtit sa maison, pas la SCI qui construit pour louer. Et de toute façon, pour une SCI, le danger n'a jamais été l'amende. Il est civil et très concret :
- Aucun préfinancement : en cas de désordre décennal, la SCI devra avancer seule le coût des réparations et attendre l'issue d'une action contre les constructeurs — potentiellement plusieurs années.
- Charge de l'expertise et du procès : sans DO, il faut prouver la faute, financer l'expertise judiciaire, supporter l'aléa d'un jugement.
- Blocage de la revente : c'est la conséquence la plus concrète (voir chapitre suivant). Aucun acquéreur averti n'achète sereinement un bien de moins de dix ans sans dommages-ouvrage.
- Responsabilité personnelle du gérant possible s'il a négligé une obligation légale au préjudice de la SCI et des associés.
Bref, même sans risque pénal, ne pas prendre la DO revient à jouer votre trésorerie et la valeur de revente de votre immeuble contre l'économie d'une prime. Sur un chantier à 350 000 €, économiser 10 000 € de DO pour risquer 80 000 € de reprise de structure à financer seul, ce n'est pas de la gestion prudente. C'est un pari.
8. Le piège de la revente dans les 10 ans
Si vous ne devez retenir qu'un chapitre, c'est celui-ci. C'est le point que les gérants sous-estiment le plus, et c'est aussi celui qui coûte le plus cher. La DO n'est pas qu'un parachute en cas de sinistre : c'est un actif collé à l'immeuble, qui décide de sa liquidité pendant dix ans.
L'assurance suit l'ouvrage
L'article L242-1 le dit noir sur blanc : la garantie est souscrite « pour son compte ou pour celui des propriétaires successifs ». Traduisez : la DO est attachée à l'immeuble, pas à la SCI. Vous vendez pendant la décennie, l'acquéreur récupère automatiquement la police et pourra l'actionner s'il découvre un désordre après l'achat. Côté vendeur, c'est un vrai argument commercial : « immeuble sous dommages-ouvrage jusqu'en 2032 », ça rassure un acheteur et ça se négocie mieux.
La mention obligatoire dans l'acte de vente
Impossible, aussi, de cacher l'absence de DO sous le tapis. Quand une SCI revend un bien de moins de dix ans, le notaire est tenu d'écrire dans l'acte s'il existe ou non une dommages-ouvrage, avec ses références. C'est l'article L243-2 du Code des assurances. Une case « non » sur cette ligne, et l'acheteur sait immédiatement que rien ne le protégera — avec toutes les conséquences que ça entraîne.
Vendre sans DO : le vendeur reste exposé
Si la SCI a construit sans dommages-ouvrage et revend dans les dix ans, deux effets se cumulent :
- Effet commercial : l'acquéreur, informé de l'absence de DO, va négocier une forte décote, exiger des garanties, ou renoncer. Le bien devient nettement moins liquide.
- Effet juridique : le vendeur d'un ouvrage qu'il a fait construire est tenu, en tant que « vendeur après achèvement », de la garantie décennale envers l'acquéreur (art. 1792-1 C. civ.). Autrement dit, la SCI venderesse endosse elle-même une responsabilité de constructeur : en cas de désordre décennal, l'acheteur peut se retourner directement contre elle, sur ses propres deniers, faute d'assureur DO pour préfinancer.
À retenir
Sans dommages-ouvrage, la SCI qui a fait construire reste personnellement garante des désordres décennaux après la vente, sans assureur pour faire l'avance. La DO, à l'inverse, se transmet à l'acheteur et fait de la protection un atout de revente.
Alors non, pour une SCI patrimoniale qui envisage de tourner son bien à moyen terme — ou pour une SCI de construction-vente qui vend par définition — la DO n'est pas de l'argent jeté par les fenêtres. C'est ce qui garde l'immeuble vendable dans de bonnes conditions pendant les dix ans qui suivent la livraison. À intégrer dès le tour de table financier, aux côtés de l'assurance PNO et de la GLI, qui prendront le relais pour couvrir l'exploitation locative une fois le bien loué.
9. Les erreurs fréquentes
Erreur 1 : croire qu'une SCI en est dispensée
L'article L242-1 vise « toute personne physique ou morale ». Une SCI est pleinement soumise à l'obligation de dommages-ouvrage dès qu'elle fait réaliser des travaux relevant de la décennale. Il n'existe aucune exemption liée à la forme sociale.
Erreur 2 : souscrire après le début du chantier
La loi impose la souscription avant l'ouverture du chantier. Souscrire en cours ou en fin de travaux est plus coûteux, s'accompagne d'exclusions, et peut être purement refusé par les assureurs. Intégrez la DO au tout début du montage.
Erreur 3 : confondre décennale du constructeur et dommages-ouvrage
Ce sont deux polices distinctes. Exiger l'attestation décennale des entreprises ne dispense pas la SCI de souscrire sa propre DO. Les deux sont nécessaires et complémentaires.
Erreur 4 : sous-estimer l'impact sur la revente
« Il n'y aura pas de sinistre, donc c'est de l'argent perdu. » Le raisonnement paraît sensé, il est faux. Même sans le moindre désordre, un bien de moins de dix ans sans DO se vend mal, et le vendeur reste sur le crochet de la garantie décennale. La prime protège la liquidité de votre patrimoine autant que les murs.
Erreur 5 : ne pas conserver les documents et les dates
Attestation, police définitive, procès-verbal de réception, date de fin de parfait achèvement : ces éléments conditionnent la mise en jeu de la garantie et la mention à l'acte en cas de vente. Les égarer, c'est risquer de ne pas pouvoir actionner la DO au bon moment. Centralisez-les dans le dossier de la SCI.
10. FAQ — Dommages-ouvrage et SCI
Une SCI qui fait construire doit-elle souscrire une dommages-ouvrage ?
Oui. L'article L242-1 du Code des assurances impose à tout maître d'ouvrage — « toute personne physique ou morale » — de souscrire la DO avant l'ouverture du chantier, dès lors que les travaux relèvent de la garantie décennale. Une SCI, personne morale, n'y échappe pas.
À quel moment souscrire la dommages-ouvrage ?
Avant l'ouverture du chantier, c'est une condition légale. L'assureur émet une attestation avant le démarrage puis la convertit en police définitive à la réception. Souscrire après coup est plus cher, assorti d'exclusions, et parfois refusé.
Quels désordres la DO couvre-t-elle ?
Ceux qui relèvent de la décennale : atteinte à la solidité de l'ouvrage (fissures structurelles, effondrement) ou impropriété à sa destination (infiltrations généralisées rendant le bien inutilisable). Elle exclut l'usure, le défaut d'entretien et les désordres purement esthétiques.
Quelle différence avec la garantie décennale du constructeur ?
La décennale (art. 1792 C. civ.) engage la responsabilité des constructeurs sur 10 ans après identification du fautif. La DO, souscrite par le maître d'ouvrage, préfinance les réparations « hors recherche des responsabilités », puis se retourne contre le décennal. L'une paie vite, l'autre désigne le responsable.
Combien coûte la dommages-ouvrage pour une SCI ?
En général de 2 % à 5 % du montant des travaux, réglés en une fois avant le chantier. Pour 300 000 € de travaux, comptez de l'ordre de 6 000 à 15 000 €. Le taux baisse avec un contrôleur technique et des constructeurs solidement assurés.
La prime est-elle une charge déductible pour la SCI ?
Le plus souvent non en tant que charge immédiate : liée à la construction, la prime s'incorpore au coût de l'immobilisation (en SCI à l'IS, amortie avec le bien). En SCI à l'IR, elle suit le sort des dépenses de construction, non déductibles des revenus fonciers. À qualifier au cas par cas avec votre comptable.
Combien de temps dure la garantie ?
Elle cesse dix ans après la réception, comme la décennale. Sa prise d'effet est l'expiration de la garantie de parfait achèvement (un an après la réception), si bien qu'elle couvre effectivement les années 2 à 10, soit environ neuf ans. Pendant la première année, les désordres relèvent du parfait achèvement, à la charge de l'entreprise.
Que risque une SCI qui ne souscrit pas de DO ?
L'article L243-3 sanctionne pénalement le défaut d'assurance, tout en exemptant le particulier qui construit pour se loger — pas la SCI qui loue. Pour la SCI, le risque est surtout civil : financer seule les réparations décennales, avancer l'expertise, et voir sa revente bloquée pendant dix ans.
La DO se transmet-elle à l'acheteur en cas de revente ?
Oui. L'article L242-1 prévoit que la garantie bénéficie aux propriétaires successifs. Elle est attachée à l'immeuble : l'acquéreur d'un bien vendu par la SCI pendant la décennie hérite de la protection et peut actionner la DO en cas de sinistre.
Peut-on vendre un bien sans DO dans les 10 ans ?
Juridiquement oui, mais l'acte notarié doit mentionner l'absence de DO (art. L243-2). L'acquéreur informé négociera une décote ou renoncera, et le vendeur reste tenu de la garantie décennale comme « vendeur après achèvement ». C'est un handicap majeur à la revente.
Une simple rénovation déclenche-t-elle l'obligation de DO ?
Cela dépend de sa nature. Les travaux touchant à la structure, à l'étanchéité ou à la solidité (charpente, extension, ouverture porteuse, réfection de toiture) relèvent de la décennale et donc de la DO. Un simple rafraîchissement (peinture, sols, cuisine sans structure) n'y est pas soumis.
La DO est-elle obligatoire pour la rénovation d'un immeuble ancien ?
Oui dès que la rénovation constitue des travaux de construction au sens de l'article 1792 (reprise de structure, planchers, toiture). L'ancienneté du bâtiment ne dispense pas de la DO : c'est la nature des travaux réalisés qui compte.
Comment se déroule l'indemnisation d'un sinistre ?
La SCI déclare le sinistre à son assureur DO. Celui-ci dispose de 60 jours pour se prononcer sur la garantie, puis de 90 jours pour proposer une indemnité. Il préfinance les réparations sans attendre l'établissement des responsabilités, puis exerce son recours contre les constructeurs.
Le constructeur peut-il fournir la DO à la place de la SCI ?
Non, ce sont deux polices distinctes. Le constructeur porte sa décennale ; la DO doit être souscrite par le maître d'ouvrage, donc la SCI. En CCMI, le constructeur peut en faire l'avance, mais la souscription reste au nom du maître d'ouvrage.
Où enregistrer la DO dans la comptabilité de la SCI ?
La prime, réglée en une fois, s'incorpore le plus souvent au coût de l'immobilisation (compte 21) et s'amortit avec l'ouvrage en SCI à l'IS. Un logiciel comme SCI-AI permet de suivre l'attestation, la date de réception et les échéances de garantie dans le dossier du bien.
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