CFE et SCI 2026 : votre société est-elle redevable ?
La plupart des SCI ne paient pas un centime de CFE ; d'autres la doivent et le découvrent trop tard, sur l'avis de décembre. Un seul critère fait la différence : la nature de l'activité. Louez des logements nus, et la SCI reste hors du champ de la cotisation foncière des entreprises. Passez au meublé, exploitez en para-hôtellerie, ou franchissez 100 000 € de recettes en location nue professionnelle, et elle devient redevable. Ce guide pose la frontière, puis détaille le calcul, la base minimum, l'exonération de la première année et les déclarations 1447-C et 1447-M.
Rédigé par Quentin Hagnéré, fondateur de sci-ai.app, et vérifié contre les sources officielles (CGI, LPF, BOFiP, service-public.fr). Mis à jour le 7 juillet 2026.
Sommaire
- Le principe : la CFE frappe l'activité professionnelle
- Location nue d'habitation : hors champ de la CFE
- Location nue professionnelle : le seuil de 100 000 €
- Meublé et para-hôtellerie : redevable de plein droit
- Récapitulatif : votre SCI est-elle redevable ?
- Comment se calcule la CFE
- La cotisation minimum et son barème
- L'exonération de la première année
- Déclarations 1447-C et 1447-M
- Paiement et calendrier 2026
- Les erreurs fréquentes
- FAQ
1. Le principe : la CFE frappe l'activité professionnelle
La CFE (cotisation foncière des entreprises) forme, avec la CVAE, l'une des deux composantes de la contribution économique territoriale (CET). Cet impôt local revient aux communes et à leurs groupements. Son assiette : la valeur locative des biens immobiliers affectés à une activité.
L'article 1447 du CGI en fixe le champ : la CFE frappe chaque année les personnes physiques ou morales qui « exercent à titre habituel une activité professionnelle non salariée ». Pour une SCI, tout se ramène à une seule question : votre société exerce-t-elle une activité professionnelle, ou une simple gestion patrimoniale ?
Pour l'immobilier locatif, l'article 1447 I tranche : la location ou sous-location d'immeubles nus est réputée activité professionnelle — sauf pour les immeubles nus à usage d'habitation. Concrètement :
- Louer des logements nus : jamais professionnel → hors champ de la CFE.
- Louer des locaux nus non résidentiels (bureaux, commerces) : réputé professionnel → CFE due à partir de 100 000 € de recettes.
- Louer en meublé ou exploiter en para-hôtellerie : activité commerciale → redevable dès le premier euro.
Ce n'est jamais le sigle « SCI » qui déclenche la CFE, mais l'usage réel des biens loués. Une même société peut rester hors champ pour ses appartements nus et devenir redevable pour un local commercial loué au-delà du seuil.
2. Location nue d'habitation : hors champ de la CFE
C'est le cas de l'immense majorité des SCI familiales et patrimoniales. Achetez un ou plusieurs logements, louez-les nus à des particuliers qui y installent leur résidence : vous exercez une activité civile de gestion de patrimoine. L'article 1447 I du CGI l'écarte expressément du champ professionnel.
Les conséquences sont nettes :
- Aucune CFE n'est due, quel que soit le nombre de logements détenus.
- Le montant des loyers n'a aucune importance : le seuil de 100 000 € ne s'applique pas à l'habitation. Une SCI encaissant 300 000 € de loyers d'habitation nue reste hors champ.
- Aucune déclaration 1447-C n'est à déposer pour cette activité.
Attention au vocabulaire : il s'agit d'une exclusion du champ de l'impôt (« hors champ »), pas d'une exonération soumise à condition. La nuance est juridique, mais elle compte. Hors champ, aucune imposition, aucune obligation déclarative, aucun risque de requalification tant que la SCI se limite à la location nue d'habitation.
Les accessoires suivent le logement. Cave, grenier ou place de parking loués au même locataire, en accessoire du logement : tout reste hors champ. Seul le parking loué isolément à un tiers peut poser question (voir plus bas).
3. Location nue professionnelle : le seuil de 100 000 €
Dès qu'une SCI loue des locaux nus à usage autre que d'habitation — bureaux, murs commerciaux, entrepôts, cabinets professionnels, locaux d'activité — l'article 1447 I du CGI répute cette location exercée à titre professionnel. La loi pose aussitôt une soupape : la CFE n'est pas due tant que les recettes brutes hors taxes de cette activité restent inférieures à 100 000 € par an.
| Recettes annuelles HT (location nue non habitation) | CFE |
|---|---|
| Moins de 100 000 € | Non due |
| 100 000 € ou plus | Due (activité professionnelle) |
Trois précisions utiles :
- Le seuil s'apprécie sur les seules recettes de location nue non résidentielle, hors TVA. Les loyers d'habitation nue ne s'y ajoutent pas.
- Le franchissement de 100 000 € rend la SCI redevable pour l'ensemble de cette activité, pas seulement pour la fraction dépassant le seuil.
- Une SCI louant un local commercial et ayant opté pour la TVA (article 260 2° du CGI) reste soumise aux mêmes règles de CFE : l'option TVA ne change rien à l'assujettissement CFE, qui dépend du seuil de recettes. Voir notre guide SCI et TVA.
Un exemple : une SCI qui loue un seul local commercial 24 000 € par an reste très loin du seuil et ne paie aucune CFE. Ce sont les sociétés détenant plusieurs surfaces tertiaires, ou de gros baux commerciaux, qui basculent.
4. Meublé et para-hôtellerie : redevable de plein droit
Ici, la logique bascule. L'article 35 du CGI range la location meublée parmi les activités commerciales. On sort de la gestion patrimoniale passive pour entrer dans l'exploitation. Résultat : la SCI qui loue en meublé tombe dans le champ de la CFE dès le premier euro, sans le seuil de 100 000 € réservé à la location nue.
Deux conséquences pèsent lourd pour une SCI :
- Le meublé fait basculer la SCI à l'IS. Les revenus commerciaux sont incompatibles avec la transparence de la SCI à l'IR : au-delà d'une tolérance de 10 % de recettes accessoires, l'activité meublée entraîne l'assujettissement de la SCI à l'impôt sur les sociétés (article 206, 2 du CGI). La CFE s'ajoute alors aux obligations comptables d'une SCI à l'IS. Détails dans notre guide SCI et location meublée.
- La para-hôtellerie (meublé assorti d'au moins trois des quatre services : petit-déjeuner, nettoyage régulier, fourniture du linge, accueil de la clientèle) est également commerciale de plein droit. Elle rend la SCI redevable de la CFE et déclenche la TVA (article 261 D 4° b du CGI).
Dans les deux cas, le local loué constitue l'établissement imposable et sa valeur locative sert d'assiette. Quand cette valeur est faible, la base minimum prend le relais (voir section 7). Une SCI qui exploite un unique studio meublé acquitte donc, le plus souvent, la CFE minimum de sa commune.
À ne pas confondre. Le meublé n'est pas la vocation d'une SCI : on lui préfère souvent une SARL de famille ou le nom propre en LMNP. Mais dès qu'une SCI s'y met, la CFE devient due — beaucoup de gérants la découvrent avec leur premier avis de décembre.
5. Récapitulatif : votre SCI est-elle redevable ?
| Activité de la SCI | CFE | Condition / base légale |
|---|---|---|
| Location nue d'habitation | Hors champ | Quel que soit le montant — art. 1447 I CGI |
| Parking / cave, accessoire d'un logement | Hors champ | Même locataire que le logement |
| Location nue de locaux pros < 100 000 € | Non due | Recettes HT sous le seuil — art. 1447 I |
| Location nue de locaux pros ≥ 100 000 € | Due | Activité réputée professionnelle |
| Location meublée | Due (dès 1 €) | Activité commerciale — art. 35 CGI |
| Para-hôtellerie (≥ 3 services) | Due (dès 1 €) | Activité commerciale de plein droit |
| Recettes ≤ 5 000 € / an | Exonérée | Cotisation minimum — art. 1647 D I CGI |
En clair : une SCI qui se limite aux logements nus n'a pas à se soucier de la CFE. Dès qu'elle passe au meublé, à la para-hôtellerie ou au tertiaire nu en volume, elle est concernée — et vous devez déposer une 1447-C.
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6. Comment se calcule la CFE
Pour une SCI redevable, le calcul tient en une ligne :
CFE = base d'imposition × taux voté par la commune (+ frais de gestion de la fiscalité locale perçus par l'État).
La base d'imposition correspond à la valeur locative foncière des biens passibles de taxe foncière que la SCI a utilisés pour son activité professionnelle (article 1467 du CGI). Deux points structurent ce calcul :
- Période de référence N-2. On retient les biens et les recettes de l'avant-dernière année (article 1467 A du CGI). Pour la CFE 2026, ce sont les éléments de l'année 2024 qui servent de référence.
- Le taux est local. Chaque commune (et EPCI) vote son taux de CFE. Deux SCI identiques peuvent payer du simple au double selon la commune de rattachement.
En meublé ou en para-hôtellerie, le bien loué est l'établissement imposable et sa valeur locative fournit la base. Souvent, la SCI n'a pas de local d'exploitation distinct et cette valeur ressort nulle ou faible : la base minimum prend alors le relais.
La CVAE, seconde composante de la CET, ne touche quasiment jamais les SCI : elle vise les entreprises au-delà de 500 000 € de chiffre d'affaires, et elle disparaît progressivement. Quant à la taxe additionnelle des chambres de commerce, les SCI civiles, non inscrites au registre du commerce, y échappent également.
7. La cotisation minimum et son barème
Lorsque la valeur locative des biens de la SCI est nulle ou très faible, la loi bascule sur une cotisation minimum : la CFE se calcule alors sur une base minimum fixée par la commune, dans les limites d'un barème national (article 1647 D du CGI). Ce barème compte six tranches, indexées sur le chiffre d'affaires ou les recettes de la période de référence (N-2).
| Chiffre d'affaires / recettes HT (N-2) | Fourchette de base minimum |
|---|---|
| ≤ 10 000 € | 243 € à 579 € |
| 10 001 € à 32 600 € | 243 € à 1 158 € |
| 32 601 € à 100 000 € | 243 € à 2 433 € |
| 100 001 € à 250 000 € | 243 € à 4 056 € |
| 250 001 € à 500 000 € | 243 € à 5 793 € |
| > 500 000 € | 243 € à 7 533 € |
Barème 2025 donné à titre indicatif (article 1647 D du CGI). Les montants planchers et plafonds sont revalorisés chaque année par la loi de finances, et le montant applicable est voté par chaque commune dans cette fourchette. Consultez votre avis de CFE ou votre commune pour le montant exact 2026.
Deux garde-fous méritent d'être connus :
- Exonération des très faibles recettes. Lorsque le chiffre d'affaires ou les recettes de la période de référence n'excèdent pas 5 000 €, la SCI est exonérée de la cotisation minimum (article 1647 D I du CGI). Une micro-SCI en meublé sous ce seuil ne paie donc rien.
- La base minimum n'est pas un « minimum de taxe ». C'est une base d'imposition à laquelle on applique ensuite le taux communal, plus les frais de gestion. La cotisation finale varie donc selon la commune.
8. L'exonération de la première année
Une SCI qui lance une activité imposable ne paie aucune CFE au titre de l'année de création de l'établissement (article 1478 II du CGI). L'exonération est de droit, à une condition : déposer la déclaration initiale 1447-C-SD dans les délais (voir section 9).
L'avantage se prolonge l'année d'après : pour la première année d'imposition (N+1 après la création), la base est réduite de 50 %. La CFE n'atteint son plein montant qu'à partir de la troisième année civile d'activité.
| Année | CFE due | Formalité |
|---|---|---|
| Année de création (N) | 0 € (exonérée) | Déposer la 1447-C avant le 31/12 |
| Année N+1 | Base réduite de 50 % | Rien (imposition automatique) |
| Année N+2 et suivantes | CFE pleine | Rien, sauf changement (1447-M) |
D'autres exonérations sectorielles existent — certaines zones aménagées, jeunes entreprises innovantes — mais elles touchent rarement une SCI immobilière classique.
9. Déclarations 1447-C et 1447-M
La CFE ne réclame aucune déclaration annuelle systématique. Deux formulaires couvrent toute la vie de la SCI :
| Formulaire | Quand | Objet |
|---|---|---|
| 1447-C-SD | Avant le 31 décembre de l'année de création / reprise | Déclaration initiale : premier établissement de la CFE |
| 1447-M-SD | Au plus tard le 2e jour ouvré suivant le 1er mai | Déclaration modificative : changement de surface, d'activité, demande d'exonération, cessation |
La 1447-C est l'acte fondateur. En la déposant, la SCI signale qu'elle démarre une activité imposable et déclenche l'exonération de première année. Sans elle, gare à la taxation d'office et à la perte de l'avantage.
La 1447-M ne s'impose que si un élément bouge : agrandissement d'un local, acquisition d'un nouvel établissement, demande d'exonération, cessation partielle d'activité. Rien ne change ? Rien à faire : l'administration reconduit automatiquement l'imposition d'une année sur l'autre.
Les deux formulaires se déposent auprès du service des impôts des entreprises (SIE) dont relève la SCI, en principe depuis l'espace professionnel sur impots.gouv.fr.
10. Paiement et calendrier 2026
La CFE est un impôt dématérialisé de bout en bout : pas d'avis papier. La SCI consulte son avis dans son espace professionnel sur impots.gouv.fr, en principe disponible début novembre, puis règle en ligne.
| Échéance | Concerne | Date 2026 |
|---|---|---|
| Acompte (50 %) | SCI dont la CFE 2025 > 3 000 € | 15 juin 2026 |
| Solde de CFE | Toutes les SCI redevables | 15 décembre 2026 |
| Mise à disposition de l'avis | Espace professionnel | Début novembre 2026 |
Acompte du 15 juin : il n'est exigé que si la CFE de l'année précédente a dépassé 3 000 € (article 1679 quinquies du CGI). La plupart des SCI, taxées sur la base minimum, restent sous ce seuil et n'ont donc qu'un seul règlement, le 15 décembre.
Modes de paiement : prélèvement mensuel, prélèvement à l'échéance ou télérèglement dans l'espace professionnel. Le paiement dématérialisé s'impose quel que soit le montant (article 1681 sexies du CGI). Un retard coûte une majoration de 10 % (article 1730 du CGI).
La CFE est déductible. Quand la SCI est redevable (meublé, para-hôtellerie, tertiaire nu au-delà du seuil), la CFE s'impute sur son résultat comme les autres impôts professionnels. La liste complète figure dans notre guide des charges déductibles en SCI.
11. Les erreurs fréquentes
Erreur 1 : croire qu'une SCI ne paie jamais de CFE
Vrai pour la location nue d'habitation, faux pour le meublé et la para-hôtellerie. Faute d'avoir anticipé l'assujettissement, bien des gérants de SCI en meublé découvrent la CFE le jour de l'avis de décembre.
Erreur 2 : oublier de déposer la 1447-C l'année de création
L'exonération de première année dépend de ce dépôt avant le 31 décembre. L'oublier, c'est risquer une taxation d'office et perdre l'avantage. Au démarrage d'une activité meublée, c'est la formalité la plus souvent négligée.
Erreur 3 : appliquer le seuil de 100 000 € à l'habitation
Le seuil de 100 000 € ne concerne que la location nue non résidentielle. En habitation nue, la SCI reste hors champ, peu importe le montant des loyers. En meublé, à l'inverse, aucun seuil : la CFE tombe dès le premier euro.
Erreur 4 : attendre un avis papier
La CFE est 100 % dématérialisée : aucun courrier n'arrive. Une SCI qui néglige son espace professionnel en novembre risque de manquer l'échéance du 15 décembre, et sa majoration de 10 %.
Erreur 5 : confondre parking accessoire et parking isolé
Un parking loué avec le logement, au même locataire, suit le régime de l'habitation : hors champ. Loué isolément à un tiers, il relève d'une autre logique, plus proche d'une location soumise à la TVA. Tout se joue sur le caractère accessoire, pas sur le bien lui-même.
12. FAQ — CFE et SCI
Ma SCI loue uniquement des appartements nus : dois-je faire quelque chose pour la CFE ?
Non. La location nue d'habitation échappe au champ de la CFE (article 1447 I du CGI). Ni déclaration 1447-C, ni paiement, quel que soit le montant des loyers. Tant que l'activité se limite à louer des logements nus, vous n'avez rien à faire.
Ma SCI vient de démarrer une location meublée : quand paierai-je la CFE ?
Pas la première année : l'année de création est exonérée (article 1478 II du CGI), à condition de déposer la 1447-C avant le 31 décembre. L'année suivante, la base tombe de 50 %. La CFE pleine arrive à partir de la troisième année. Le règlement se fait chaque 15 décembre, en ligne.
Combien vais-je payer si je suis sur la base minimum ?
La commune vote la base minimum dans une fourchette allant d'environ 243 € à plus de 7 500 € selon le chiffre d'affaires (barème 2025 indicatif, article 1647 D du CGI), puis y applique son taux. En pratique, une petite SCI en meublé débourse le plus souvent entre 200 € et 800 € par an. Le montant exact figure sur votre avis dématérialisé.
Ma SCI loue un local commercial nu : suis-je redevable ?
Uniquement si les recettes brutes HT de cette location atteignent 100 000 € par an (article 1447 I du CGI). En deçà, aucune CFE, même si la location est réputée professionnelle. Au-delà, la SCI devient redevable et doit déposer une 1447-C. L'option pour la TVA ne change rien à ce raisonnement.
La CFE est-elle liée à la taxe foncière de la SCI ?
Non, ce sont deux impôts distincts. La taxe foncière pèse sur le propriétaire de tout bien bâti, y compris une SCI de location nue d'habitation. La CFE, elle, ne vise que l'exercice d'une activité professionnelle. Une SCI patrimoniale paie la taxe foncière mais pas la CFE ; une SCI en meublé acquitte les deux.
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Pour aller plus loin
Contenu informatif à jour au 7 juillet 2026, rédigé à partir des sources officielles (CGI, LPF, BOFiP, service-public.fr). Il ne remplace pas un conseil personnalisé tenant compte de la situation propre à votre SCI. Les montants du barème de la base minimum sont revalorisés chaque année et votés par les communes : vérifiez toujours votre avis de CFE.